L'éthanol ne tient pas ses promesses
L'OCDE juge les biocarburants trop chers et inefficaces
Photo : Agence France-Presse
Coûteux et inefficaces. Les fonds publics investis dans le développement des biocarburants au Canada, aux États-Unis ainsi qu'en Europe sont loin de donner les résultats environnementaux escomptés.
Motif? Tout en faisant grimper les prix des matières premières, ces substituts au pétrole gaspilleraient l'argent des gouvernements pour, en définitive, ne pas réduire significativement la production de gaz à effet de serre (GES), indique un rapport de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) dévoilé hier. L'institution internationale plaide d'ailleurs en faveur d'un moratoire sur ce type de carburant, le temps de revoir en profondeur les politiques gouvernementales en la matière. «Il serait très sensé d'avoir un moratoire; les programmes actuels devraient tous être reconsidérés», a indiqué hier à l'Agence France-Presse (AFP) Stefan Tangermann, directeur pour l'agriculture et les échanges de l'OCDE.
Intitulé Évaluation économique des politiques de soutien aux biocarburants, le rapport de l'OCDE n'est pas tendre à l'endroit de ce que plusieurs États, dont le Canada, présentent pourtant depuis quelques années comme une de leurs solutions afin de lutter contre le réchauffement climatique.
Un exemple: au Canada, aux États-Unis et en Europe, les programmes de soutien aux biocarburants se sont chiffrés à 11 milliards de dollars en 2006 et devraient atteindre 25 milliards d'ici cinq ans. Or, malgré ces sommes importantes, «la réduction des émissions nettes de GES induite par le soutien budgétaire [...] représente moins de 1 % de l'ensemble des émissions associées au transport», peut-on lire dans ce document. Il en coûte aux contribuables de ces pays entre 960 et 1700 $ pour chaque tonne de GES que les biocarburants, dont l'éthanol fait partie, ont évité de produire. C'est aussi une facture qui varie de 80 ¢ à... 7 $ par litre d'essence conventionnelle soustrait ainsi de la circulation, indique le rapport.
Mauvaises cibles
Pour l'auteur de cette analyse, cette piètre performance des programmes d'aide aux biocarburants — aide qui passe principalement par des allégements fiscaux aux producteurs, distributeurs et consommateurs de ces nouvelles sources d'énergie — s'explique en partie par de mauvaises cibles: les matières premières entrant dans la fabrication de ces néocarburants au Canada, aux États-Unis et en Europe sont généralement celles «qui contribuent bien moins à réduire les émissions de GES», peut-on lire.
Le blé, la betterave sucrière et les huiles végétales sont ici montrés du doigt. Même chose pour le maïs, dont l'effet sur ces émissions est actuellement le moins significatif. Par ailleurs, l'éthanol issu de la canne à sucre, la matière première utilisée au Brésil pour la production de ce nouveau carburant, aurait le cycle de production le plus écologiquement intéressant, selon l'OCDE, puisqu'il dégage 80 % moins de GES que les carburants fossiles. Contre moins de 30 % pour le maïs.
Rappelons qu'en 2007, le Québec a produit 4,1 millions de tonnes de maïs, dont 300 000 tonnes ont été transformées en éthanol. Dans sa stratégie énergétique pour 2006-15, le gouvernement Charest a d'ailleurs indiqué vouloir atteindre la proportion de 5 % de biocarburant dans l'essence vendue au Québec d'ici 2012, et ce, afin de réduire de 780 000 tonnes la production annuelle de GES, à l'origine du réchauffement climatique.
L'an dernier, plus de 12 millions de dollars ont été consacrés par Québec à la recherche et à la production d'éthanol. L'objectif de ces investissements est de réduire la consommation d'essence de 400 millions de litres par année, le tout pour une facture totale qui pourrait varier de 320 millions à... 2,8 milliards en fonds publics, si l'on se fie au calcul de coût de l'OCDE.
Le jeu n'en vaudrait peut-être pas la chandelle, selon l'organisation internationale, qui constate que «l'espoir parfois évoqué de voir la viabilité économique de la production et de l'utilisation des biocarburants s'améliorer parallèlement à la hausse des prix du pétrole brut ne s'est pas encore réalisé», écrit l'auteur du rapport, qui ajoute: «les inconvénients en termes de coûts des biocarburants se sont accrus au cours des deux dernières années avec la montée en flèche des prix des produits agricoles et la hausse des coûts des matières premières».
Des effets pervers
Vertement dénoncés dans les derniers mois par l'Organisation des Nations unies (ONU), la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ainsi qu'une ribambelle d'organismes non gouvernementaux (ONG) comme étant une des raisons de la flambée des prix de la nourriture dans plusieurs pays, les biocarburants n'ont pas droit à un traitement différent dans ce rapport.
Sous l'effet des programmes de soutien à ces ersatz d'essence, estime l'OCDE, la production mondiale de céréales devrait en effet croître de 14 % au cours des prochaines années, contre 8 % l'an dernier. À moyen terme, cela pourrait aussi s'accompagner de hausses de prix du blé (+5 %), du maïs (+7 %) mais aussi de l'huile végétale (+ 19 %), ce qui risque «d'aggraver l'insécurité alimentaire pour les populations les plus pauvres des pays en développement», peut-on lire. Toutefois, par ces mêmes programmes, le prix du sucre et des tourteaux oléagineux, un dérivé du canola, devrait, lui, diminuer, poursuit le document.
Dans ce contexte, tout en appelant ses pays membres à diminuer le rythme du développement des biocarburants, l'institution internationale invite également les gouvernements «à orienter plutôt leur action en faveur d'une moindre consommation d'énergie, en particulier dans les transports» puisque «les coûts associés à la réduction des émissions de GES obtenue grâce aux économies d'énergie sont nettement inférieurs aux coûts des mesures visant à remplacer certaines sources d'énergie par d'autres».
L'OCDE préconise aussi l'ouverture des marchés internationaux pour permettre la libre circulation des matières premières qui permettent de produire des biocarburants dont l'efficacité énergétique est la plus importante, comme c'est le cas, entre autres, pour la canne à sucre, produite dans l'hémisphère sud mais qui se bute à une série de barrières douanières au nord. L'organisme recommande également aux pouvoirs publics de favoriser le recours à des terres agricoles «non encore cultivées» afin d'y faire pousser des matières premières destinées aux biocarburants et de «décourager l'utilisation des zones écologiquement sensibles» à cette fin.
Dans la même veine, l'Organisation de coopération et de développement économiques insiste sur l'importance de poursuivre la recherche afin de mieux comprendre «les risques environnementaux associés aux changements d'affectation des terres induits par l'expansion des biocarburants», indique le rapport, qui souligne les bienfaits possibles, pour la suite des choses, des «carburants de synthèse issus de déchets organiques ou d'autres biomasses», comme l'éthanol cellulosique, issu des résidus de bois.
Mais elle conclut également qu'à long terme, il faudrait peut-être regarder ailleurs, du côté des «innovations dans le domaine de la production d'énergie solaire, des piles à combustible à l'hydrogène et d'autres technologies», qui vont également offrir «des perspectives prometteuses».
Motif? Tout en faisant grimper les prix des matières premières, ces substituts au pétrole gaspilleraient l'argent des gouvernements pour, en définitive, ne pas réduire significativement la production de gaz à effet de serre (GES), indique un rapport de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) dévoilé hier. L'institution internationale plaide d'ailleurs en faveur d'un moratoire sur ce type de carburant, le temps de revoir en profondeur les politiques gouvernementales en la matière. «Il serait très sensé d'avoir un moratoire; les programmes actuels devraient tous être reconsidérés», a indiqué hier à l'Agence France-Presse (AFP) Stefan Tangermann, directeur pour l'agriculture et les échanges de l'OCDE.
Intitulé Évaluation économique des politiques de soutien aux biocarburants, le rapport de l'OCDE n'est pas tendre à l'endroit de ce que plusieurs États, dont le Canada, présentent pourtant depuis quelques années comme une de leurs solutions afin de lutter contre le réchauffement climatique.
Un exemple: au Canada, aux États-Unis et en Europe, les programmes de soutien aux biocarburants se sont chiffrés à 11 milliards de dollars en 2006 et devraient atteindre 25 milliards d'ici cinq ans. Or, malgré ces sommes importantes, «la réduction des émissions nettes de GES induite par le soutien budgétaire [...] représente moins de 1 % de l'ensemble des émissions associées au transport», peut-on lire dans ce document. Il en coûte aux contribuables de ces pays entre 960 et 1700 $ pour chaque tonne de GES que les biocarburants, dont l'éthanol fait partie, ont évité de produire. C'est aussi une facture qui varie de 80 ¢ à... 7 $ par litre d'essence conventionnelle soustrait ainsi de la circulation, indique le rapport.
Mauvaises cibles
Pour l'auteur de cette analyse, cette piètre performance des programmes d'aide aux biocarburants — aide qui passe principalement par des allégements fiscaux aux producteurs, distributeurs et consommateurs de ces nouvelles sources d'énergie — s'explique en partie par de mauvaises cibles: les matières premières entrant dans la fabrication de ces néocarburants au Canada, aux États-Unis et en Europe sont généralement celles «qui contribuent bien moins à réduire les émissions de GES», peut-on lire.
Le blé, la betterave sucrière et les huiles végétales sont ici montrés du doigt. Même chose pour le maïs, dont l'effet sur ces émissions est actuellement le moins significatif. Par ailleurs, l'éthanol issu de la canne à sucre, la matière première utilisée au Brésil pour la production de ce nouveau carburant, aurait le cycle de production le plus écologiquement intéressant, selon l'OCDE, puisqu'il dégage 80 % moins de GES que les carburants fossiles. Contre moins de 30 % pour le maïs.
Rappelons qu'en 2007, le Québec a produit 4,1 millions de tonnes de maïs, dont 300 000 tonnes ont été transformées en éthanol. Dans sa stratégie énergétique pour 2006-15, le gouvernement Charest a d'ailleurs indiqué vouloir atteindre la proportion de 5 % de biocarburant dans l'essence vendue au Québec d'ici 2012, et ce, afin de réduire de 780 000 tonnes la production annuelle de GES, à l'origine du réchauffement climatique.
L'an dernier, plus de 12 millions de dollars ont été consacrés par Québec à la recherche et à la production d'éthanol. L'objectif de ces investissements est de réduire la consommation d'essence de 400 millions de litres par année, le tout pour une facture totale qui pourrait varier de 320 millions à... 2,8 milliards en fonds publics, si l'on se fie au calcul de coût de l'OCDE.
Le jeu n'en vaudrait peut-être pas la chandelle, selon l'organisation internationale, qui constate que «l'espoir parfois évoqué de voir la viabilité économique de la production et de l'utilisation des biocarburants s'améliorer parallèlement à la hausse des prix du pétrole brut ne s'est pas encore réalisé», écrit l'auteur du rapport, qui ajoute: «les inconvénients en termes de coûts des biocarburants se sont accrus au cours des deux dernières années avec la montée en flèche des prix des produits agricoles et la hausse des coûts des matières premières».
Des effets pervers
Vertement dénoncés dans les derniers mois par l'Organisation des Nations unies (ONU), la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) ainsi qu'une ribambelle d'organismes non gouvernementaux (ONG) comme étant une des raisons de la flambée des prix de la nourriture dans plusieurs pays, les biocarburants n'ont pas droit à un traitement différent dans ce rapport.
Sous l'effet des programmes de soutien à ces ersatz d'essence, estime l'OCDE, la production mondiale de céréales devrait en effet croître de 14 % au cours des prochaines années, contre 8 % l'an dernier. À moyen terme, cela pourrait aussi s'accompagner de hausses de prix du blé (+5 %), du maïs (+7 %) mais aussi de l'huile végétale (+ 19 %), ce qui risque «d'aggraver l'insécurité alimentaire pour les populations les plus pauvres des pays en développement», peut-on lire. Toutefois, par ces mêmes programmes, le prix du sucre et des tourteaux oléagineux, un dérivé du canola, devrait, lui, diminuer, poursuit le document.
Dans ce contexte, tout en appelant ses pays membres à diminuer le rythme du développement des biocarburants, l'institution internationale invite également les gouvernements «à orienter plutôt leur action en faveur d'une moindre consommation d'énergie, en particulier dans les transports» puisque «les coûts associés à la réduction des émissions de GES obtenue grâce aux économies d'énergie sont nettement inférieurs aux coûts des mesures visant à remplacer certaines sources d'énergie par d'autres».
L'OCDE préconise aussi l'ouverture des marchés internationaux pour permettre la libre circulation des matières premières qui permettent de produire des biocarburants dont l'efficacité énergétique est la plus importante, comme c'est le cas, entre autres, pour la canne à sucre, produite dans l'hémisphère sud mais qui se bute à une série de barrières douanières au nord. L'organisme recommande également aux pouvoirs publics de favoriser le recours à des terres agricoles «non encore cultivées» afin d'y faire pousser des matières premières destinées aux biocarburants et de «décourager l'utilisation des zones écologiquement sensibles» à cette fin.
Dans la même veine, l'Organisation de coopération et de développement économiques insiste sur l'importance de poursuivre la recherche afin de mieux comprendre «les risques environnementaux associés aux changements d'affectation des terres induits par l'expansion des biocarburants», indique le rapport, qui souligne les bienfaits possibles, pour la suite des choses, des «carburants de synthèse issus de déchets organiques ou d'autres biomasses», comme l'éthanol cellulosique, issu des résidus de bois.
Mais elle conclut également qu'à long terme, il faudrait peut-être regarder ailleurs, du côté des «innovations dans le domaine de la production d'énergie solaire, des piles à combustible à l'hydrogène et d'autres technologies», qui vont également offrir «des perspectives prometteuses».
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