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Secteur hypothécaire: train de mesures à Washington

Au lendemain de ce qui s'apparente à une intervention d'urgence du gouvernement Bush, les troubles du secteur hypothécaire ont encore occupé le devant de la scène hier, avec une Réserve fédérale américaine (Fed) qui s'affairait à resserrer les pratiques de prêt pendant que l'investisseur milliardaire George Soros prédisait d'autres crises de la sorte.

Craignant la perte de confiance des marchés envers les deux géants du refinancement hypothécaire, Freddie Mac et Fannie Mae, Washington a annoncé dimanche soir qu'ils auront accès à une plus grosse marge de crédit auprès du ministère du Trésor et que le gouvernement pourrait acquérir des actions de l'un ou l'autre, au besoin. Ce plan nécessite toutefois l'aval du Congrès américain.

Douze heures plus tard, la Fed a renchéri. Pour mettre de l'ordre dans les pratiques de prêt — longtemps perçues comme une des raisons pour lesquelles le secteur immobilier a connu une croissance folle avant de s'écraser sous le poids des défauts de paiement — elle a annoncé une série de mesures interdisant aux banques certaines façons de faire.

La faiblesse des taux hypothécaires, l'apparition d'instruments financiers de plus en plus complexes sur les marchés et la popularité croissante des hypothèques exotiques — difficiles à comprendre et à paiements variables — ont permis aux banques de prêter massivement au cours des dernières années, tout en refilant leurs mauvais prêts à d'autres investisseurs. Les critiques affirment depuis longtemps que la Fed aurait dû agir plus tôt.

La Fed a annoncé hier qu'une banque n'aura plus le droit d'octroyer un prêt en omettant de vérifier que l'emprunteur pourra rembourser ce prêt à l'aide d'autre chose que la valeur de sa maison. De plus, l'analyse de la capacité de remboursement devra être calculée sur le versement le plus élevé des sept premières années de l'hypothèque.

«Même si le taux élevé de défauts de paiement a plusieurs causes, il semble clair que des actions et des pratiques injustes ou trompeuses de la part des prêteurs ont débouché sur de nombreux prêts qui étaient inappropriés ou qui ont induit l'emprunteur en erreur», a dit le président de la Fed, Ben Bernanke.

Ces nouvelles mesures n'ont pas empêché les marchés de concentrer leur attention sur Freddie Mac et Fannie Mae, qui ont connu une journée en dents de scie à Wall Street, avant de terminer sur une nouvelle baisse. Freddie Mac a perdu 8 % à 7,11 $, alors que Fannie Mae a reculé de 5 % à 9,73 $. Chacun d'eux a perdu plus de 60 % au cours des trois derniers mois.

En parallèle, une émission d'obligations prévue par Freddie Mac dans le cadre normal des activités semble s'être bien déroulée. L'émission de billets à court terme se chiffrait à trois milliards et la demande auprès des grands établissements financiers a été plus forte qu'anticipé. Selon le Wall Street Journal, cependant, le ministre du Trésor a lui-même appelé les patrons de ces établissements en fin de semaine pour savoir s'ils allaient acquérir des obligations.

Opération

Ces appels du ministre du Trésor, Henry Paulson, ont eu lieu dans le cadre d'une fin de semaine chargée. Quatre mois après avoir supervisé le rachat de Bear Stearns par JP Morgan Chase, le gouvernement Bush a dévoilé dimanche soir un plan dont l'objectif serait de soutenir le fonctionnement de deux entreprises si profondément ancrées dans le système bancaire américain que celui-ci ne peut plus s'en passer.

Freddie Mac (Federal Home Mortgage Corporation) et Fannie Mae (Federal National Mortgage Association) achètent des hypothèques traditionnelles auprès des banques et les réemballent pour les vendre aux investisseurs de Wall Street. Ils permettent ainsi aux banques de prêter à nouveau et, en théorie, d'abaisser les taux exigés.

Cette omniprésence fait qu'aujourd'hui Freddie Mac et Fannie Mae possèdent ou garantissent environ la moitié des 12 000 milliards en hypothèques aux États-Unis.

Bien que les deux entreprises soient cotées en Bourse, leurs chartes, conçues par Washington en 1970 et 1938, prévoient un appui moral du gouvernement. Autrement dit, si jamais ces entités privées s'effondraient, la facture irait au contribuable.

Depuis une semaine, Wall Street est convaincue que le portefeuille d'actifs des deux entreprises est si mal en point qu'elles auront besoin d'émettre des actions, alors que d'autres laissent planer l'hypothèse d'une reprise partielle ou complète par l'État, ce qui augurerait très mal pour les actionnaires et les contribuables.

Présentement, chacun des deux joueurs bénéficie d'une marge de crédit de 2,25 milliards auprès du ministère du Trésor. En 2007, Freddie Mac a perdu 3,1 milliards, sa première perte depuis longtemps. Quant à Fannie Mae, la perte s'est chiffrée à 2,1 milliards.

Message nécessaire

Les observateurs ont fait valoir hier que le gouvernement Bush n'avait probablement pas d'autre possibilité que d'envoyer un message fort aux marchés pour leur assurer que les deux géants, qui se disent eux-mêmes en bonne santé, auront tout l'appui nécessaire si jamais les coffres sont, en effet, vides. Alors que certains accusaient encore une fois le secteur privé de s'accrocher aux contribuables lorsque les choses vont mal, d'autres s'inquiétaient de voir Washington adopter un virage plus interventionniste.

«Bien que l'annonce de cette fin de semaine annonce un virage interventionniste, nous croyons que Washington va continuer de fonctionner en mode défensif, s'attaquant aux problèmes au fur et à mesure, plutôt que de verser dans un système offensif destiné à aborder les problèmes avant leur apparition», a écrit hier la firme Merrill Lynch dans une note de recherche.

Appelé à se prononcer sur la question, le candidat républicain à l'élection présidentielle, John McCain, a dit pour sa part que les mesures du Trésor et de la Fed étaient «correctes» et qu'il souhaite l'approbation du Congrès.

«J'espère que ces mesures vont restaurer une partie de la confiance nécessaire en nos institutions et préserver la capacité des Américains d'obtenir des prêts pour acheter une maison et être capables d'effectuer leurs paiements. Les temps sont durs», a-t-il dit.

D'autres crises

L'investisseur milliardaire George Soros, philanthrope et gestionnaire de fonds qui a pris des positions massives sur certaines devises dans les années 90, a estimé que les États-Unis n'en ont pas fini avec les crises.

«Cette affaire [avec Fannie et Freddie] n'est pas la dernière», a-t-il déclaré par téléphone à l'agence de presse Reuters. «C'est une crise financière très grave. C'est la crise financière la plus grave de notre époque», a déclaré Soros.

«Il est inévitable qu'elle ait des conséquences sur l'économie réelle. Ce sont de doux rêveurs, ceux qui pensent qu'on peut avoir ce genre de crise sans que l'économie réelle soit affectée», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, les événements entourant Freddie Mac et Fannie Mae ont fait ombrage à la plus importante mise sous tutelle bancaire depuis les années 80.

La banque IndyMac, qui exploite 33 succursales dans le sud de la Californie, a été reprise vendredi soir, après que les clients inquiets de son avenir eurent retiré 1,3 milliard en 11 jours ouvrables.

Les autorités ont indiqué que, sur les dépôts de 19 milliards, environ 18 milliards sont assurés par la Federal Deposit Insurance Corporation.
 
 
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  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    15 juillet 2008 10 h 14
    Des attentes irréalistes et une surveillance de pauvre qualité
    Plusieurs analystes, dont les dirigeants de la Federal Reserve, mettent la faute des la crise hypothécaire aux États-Unis sur les nouveaux instruments financiers : « La faiblesse des taux hypothécaires, l'apparition d'instruments financiers de plus en plus complexes sur les marchés et la popularité croissante des hypothèques exotiques -- difficiles à comprendre et à paiements variables -- ont permis aux banques de prêter massivement au cours des dernières années, tout en refilant leurs mauvais prêts à d'autres investisseurs.» Et ils ont, en partie, raison.

    Cependant, une des raisons de cette crise est, selon moi, les attentes irréalistes sur l'évolution du prix des maisons. Les citoyens (acheteurs de maisons et emprunteurs) et le personnel des institutions financières (les investisseurs) ne pouvaient imaginer que le prix moyen des maisons pouvait chuter. Pour eux, le prix ne pouvait que monter. Dans un tel cas, les institutions financières ne pouvaient perdre même si elles prêtaient à des individus peu solvables ou à plus de 100% de la valeur présente de la propriété. Pourquoi se préoccuper de prêter à 105 % de la valeur d'une propriété, si le prix de celle-ci allait augmenter de 15% dans les 12 prochains mois ? En cas de non-paiement des mensualités hypothécaires, les institutions reprendraient les propriétés et les revendraient facilement sans perdre sur le capital investi. De plus, la prime de risque sur le taux hypothécaire leur permettait d'éponger les frais encourus par de telles faillites (un peu comme dans le cas de des prêts sur cartes de crédits où on joue sur la loi des grands nombres et sur la prime de risque). L'hypothèse de base des prêteurs et des emprunteurs, à savoir que le prix moyen des propriétés ne pouvait que monter, était fausse.

    Les entrées énormes de capitaux dans le marché hypothécaire, provenant non seulement du marché américains mais du monde entiers, ont poussé les taux d'intérêt à la baisse et les prix à la hausse, hors d'un équilibre soutenable. Les prix ont commencé à chuter et ce mouvement se poursuit. La valeur des propriétés saisies est de plus en plus inférieure aux hypothèques. La valeur du portefeuille de prêts des institutions financières (dont Freddie Mac et Fannie Mae) est de plus en plus inférieure à la valeur des propriétés hypothéquées

    En passant les organismes gouvernementaux de surveillance (dont la Federal Reserve) étaient au courrant des entrées énormes de capitaux sur ce marché venant du monde entier et de la bulle spéculative qui affectait le prix des maisons. Malheureusement, ils n'ont pas sonné suffisamment fort l'alarme. « Que faisaient-ils au temps chaud ? »

    C'est le même phénomène de déconnexion, entre ce que le secteur réel peut soutenir et ce que les institutions financières peuvent mettre dans leurs livres, que l'on a vu 1) lors de la crise asiatique (les rendements réels sur les investissements en Asie suite à l'influx monstre de capitaux ont décru), 2) dans les crise des « technos » (le prix des actions n'était plus lié aux rendements réels des ligne de production) et 3) lors de la crise immobilière au Japon. Faute de bonnes analyses macroéconomiques, de telles déconnections n'ont pas été identifiées et dénoncées à l'intérieurs des institutions financières prêteuses et des organismes de surveillance. L'exubérance était là et on n'a pas sonné la cloche.

    Certes, les Etats-Unis ont besoin d'une meilleure réglementation pour le marché hypothécaire et d'une meilleure surveillance des institutions financières opérant sur ce marché et de leurs pratiques et des instruments financiers qu'elles utilisent. Il faut aussi de meilleures analyses de la situation globale des marchés, comme celui de l'habitation, et des liens entre le secteur réel et le secteur financier. Les crises financières sont souvent le fruit d'une déconnexion entre le secteur réel et le secteur financier.

    Jean-Pierre Aubry
    Président du Comité des politiques publiques
    Association des économistes québécois (ASDEQ)
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  • Jacques Gagnon - Abonné
    15 juillet 2008 13 h 06
    Où sont les chantres du darwinisme socio-économique ?
    Nos idéologues sont en train de jouer au bon Dieu. Les vilaines banques et autres créatures hypothéqueuses ont transgressé les lois suprêmes des Smith, Friedman et cie.

    Mais voyons donc, vos écosystèmes ne s'autorégulent pas ?

    Quel oubli !

    Mais alors qui les régulera ?

    L'ensemble de la société bien sûr.

    Voilà un écosystème parfait : les profits sont individuels et les pertes partagées. Il en résulte que seule une intervention divine (ou étatique) peut vous faire changer de camp.

    Tout est là, le changement de caste, comme en Inde. Être riche ou pauvre devient un statut social. Quand vous êtes du bon bord, vous gagnez tout le temps.

    Si votre Dieu libéralisant peut sauver les fesses des rapaces, il peut certainement voir à une meilleure répartition de la richesse ( ou de la pauvreté ).

    C'est un entrepreneur qui vous le dit.
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  • Serge Manzhos - Inscrit
    16 juillet 2008 01 h 26
    A M. Gagnon
    Votre commentaire serait-il different si les nouvelles etaient que les banques et d'autres acteurs du secteur financier ont engrag'e des profits records au dernier trimestre? Alors pour certains toute nouvelle est bonne pour etaler leurs position.
    A propos du darwinisme: l'etat etait la pour guarantir les hypoteques, pour creer les incitation fiscales a acheter des proprietes, ce qui a contribu'e a la poussee des prix, l'etat etait la pour taxer les produits petroliers au point tel que le mechanisme du march'e n'etait plus visible etc etc.. Ce n'est pas le darwinisme socio-economic qui a cause ce probleme.
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