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Le contrôle des prix en Chine favorise la hausse des cours mondiaux

21 juin 2008  Actualités économiques
Pékin — Pour comprendre le bond de la consommation de pétrole en Chine, il n'y a qu'à interroger Christina Lu qui, comme ses compatriotes, bénéficie de prix de l'essence maintenus artificiellement bas.

«Les prix de l'essence n'influencent pas mon utilisation de la voiture. Ils pourraient encore monter en ce qui me concerne», dit cette quadragénaire, employée à Pékin par une compagnie étrangère et heureuse propriétaire d'une grosse voiture japonaise.

Comme Christina Lu, bon nombre de conducteurs se comportent comme si les ressources en pétrole de la planète étaient inépuisables, dans un pays dont les besoins énergétiques explosent en rythme avec la croissance économique — à deux chiffres.

Résultat: Chine et autres pays émergents sont désormais responsables de l'intégralité de la hausse de la demande mondiale en pétrole, qui a tendance à décliner dans les pays industrialisés de longue date.

Si le contrôle des prix des produits pétroliers abrite les consommateurs de la hausse vertigineuse des cours du baril, ils font localement d'autres victimes, les raffineurs, auxquels l'État chinois vient toutefois en aide. Les géants du secteur, Sinopec and Petrochina, qui ne peuvent répercuter la hausse des prix du brut importé, reçoivent chaque année des subventions pour pallier leurs pertes.

Mais cette situation conduit à une distorsion du marché, avec une population peu consciente de la valeur réelle des produits consommés. «L'argent vient des revenus fiscaux. Alors au final ce sont quand même les gens qui paient!», souligne Li Youcheng, analyste de Hong Yuan Securities.

En outre, les répercussions dépassent les frontières du pays du milieu. «Les tarifs internationaux du brut dépendent largement de la politique des prix de l'énergie de la Chine puisque celle-ci représente environ 40 % de la hausse de la consommation globale», explique la banque d'investissement China International Capital Corporation, dans une note. «Une réforme du système de prix serait bénéfique non seulement pour la Chine, mais aussi le monde entier», ajoute CICC.

Selon une simulation de cet établissement, si Pékin laissait grimper les prix des produits pétroliers de 50 % afin d'aligner la marge des bénéfices bruts des raffineurs sur les niveaux internationaux, les cours internationaux déclineraient eux jusqu'à 110 $US le baril d'ici à fin 2008, et 90 $US un an plus tard. En revanche, le maintien du contrôle des prix en Chine devrait faire monter le prix du baril dans les 200 $US, souligne l'étude.

Lin Yixiang, directeur général de TX Investment Consulting, dénonce lui aussi un système conduisant «au gaspillage des ressources, au chaos du marché, à la corruption des puissants et aux pertes des producteurs. En plus, cela exacerbe la pénurie et l'inflation, [...] favorise les riches, défavorise les moins privilégiés et met en danger l'harmonie sociale» tant prônée par le pouvoir chinois, estime-t-il.

Pourtant, le gouvernement semble hésiter à lâcher la bride précisément au nom de la lutte contre l'inflation, grande préoccupation de la population, et de l'harmonie sociale. L'indice des prix à la consommation a encore grimpé de 7,7 % le mois dernier, après 8,5 % en avril, au plus haut depuis plus de onze ans.

«Le contrôle des prix des produits pétroliers est crucial en ce moment, car le gouvernement veut modérer les attentes d'inflation», dit Li, de Hong Yuan Securities. «Il faut en finir avec ce contrôle mais ce n'est pas faisable en ce moment étant donné les soucis pour stabiliser l'économie», ajoute Li Youcheng.

1,2 % du PIB

Les subventions de l'État chinois à ses raffineurs, destinées à compenser le contrôle imposé des prix pétroliers, pourraient représenter 1,2 % du produit intérieur brut du pays cette année, au tarif actuel du baril, a indiqué jeudi la Banque mondiale.

«Si les prix devaient rester à leurs niveaux actuels le reste de l'année, les subventions représenteraient 333 milliards de yuans [50 milliards de dollars canadiens], soit 1,2 % du PIB», a estimé la Banque Mondiale dans son rapport trimestriel sur l'économie chinoise. À un prix moyen de 108 $US le baril en 2008, le coût total de ce mécanisme de prix contrôlés-subventions serait de 218 milliards, soit 0,8 % du PIB de la Chine, selon des estimations de même source.

«Il serait vraiment de l'intérêt de la Chine de répercuter la hausse importante des cours internationaux sur les ménages et les entreprises chinoises pour les pousser à faire davantage d'économies d'énergie», a dit David Dollar, le directeur régional de la BM cité par l'agence Dow Jones, en prônant une approche graduelle pour ne pas porter l'inflation à des sommets.






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