Le prix à la pompe explose
Dire qu'il n'y a pas si longtemps, sous le regard incrédule d'un peu tout le monde, les stations s'affairaient à modifier leurs panneaux d'affichage pour le jour fatidique où le prix de l'essence atteindrait peut-être 1 $ le litre.
Comme une vague de fond qui engloutissait une station après l'autre, le litre d'essence a franchi allègrement hier la barre des 150 ¢. Une ou deux stations s'étaient rendues à 149 ¢ depuis une semaine, effaçant l'ancien record de 147 ¢ enregistré dans la foulée de l'ouragan Katrina en 2005, mais la hausse d'hier est marquante, car elle s'est manifestée dans plusieurs dizaines de points de vente.
Après avoir graduellement baissé leurs prix à une fourchette oscillant entre 136 et 139 ¢, plusieurs stations ont subitement demandé 151,4 ou 151,9 ¢ hier, un bond de 14 ¢ qui a également frappé les automobilistes de la ville de Québec.
En matinée, le CAA-Québec estimait toutefois que le «prix réaliste» d'un litre d'essence à Montréal était de 141,1 ¢. Pour arriver à ce prix, le CAA prenait le prix d'acquisition pour un détaillant, soit 135,2 ¢, et ajoutait la marge de profit moyenne des 52 dernières semaines, soit 5,9 ¢. Pour Québec, le «prix réaliste» était de 141,2 ¢.
En un an seulement, le prix du litre d'essence à Montréal a explosé de 40 %. Pendant la semaine du 4 juin 2007, il s'était vendu au prix moyen de 108 ¢ après avoir touché 117 ¢ quelques semaines plus tôt. Au cours de l'hiver 2007, il était allé aussi bas que 88 ¢ le litre.
En guise d'explication, le porte-parole de l'Institut canadien des produits pétroliers (ICPP), qui regroupe les grandes compagnies, a montré du doigt la hausse du cours du pétrole brut. Hier, le baril de «light sweet crude» pour livraison en juillet a terminé la séance à 134,35 $US, en baisse de 4,19 $US par rapport à son record de 138,54 $US enregistré vendredi.
Où se situe le niveau de tolérance des Québécois? «Il n'y a pas de chiffre magique», a dit Carol Montreuil, porte-parole de l'ICPP. «Certains ont sûrement changé leurs habitudes à 1 $, d'autres à 1,10, d'autres à 1,50 $.»
Un sondage réalisé par Léger Marketing pour l'Association des études canadiennes, du 21 au 25 mai, indiquait en fin de semaine que 50 % des Québécois ont modifié leurs habitudes de conduite et que 35 % d'entre eux ont plus souvent recours à un mode de transport autre que l'automobile. De plus, 11 % des Québécois disent avoir réduit leurs dépenses personnelles, comparativement à 39 % des répondants des Maritimes et 26 % des Ontariens.
Aussi, il est convenu que le prix de l'essence à la sortie des raffineries québécoises est en bonne partie basé sur le cours du gallon d'essence à la Bourse des matières premières à New York (Nymex). Autrement dit, le prix du litre sur le boulevard Taschereau est partiellement déterminé par les habitudes de conduite et l'état des raffineries aux États-Unis.
Depuis un an, le gallon d'essence sur le Nymex est passé de 2,25 $US à environ 3,50 $. Cette augmentation de 55 % est attribuable à un mélange opaque de forte demande, de spéculation et de corrélation avec le pétrole dont l'effet se fait sentir sur plusieurs secteurs de l'économie.
Les automobilistes américains ont d'ailleurs appris ce week-end que le prix moyen du gallon d'essence, tel qu'il est calculé par l'American Automobile Association, venait de franchir 4 $US pour la première fois, une hausse de 30 % sur un an.
À l'échelle canadienne, le prix moyen se situait hier autour de 134 ¢, selon le site gasbuddy.com, qui recense les prix au Canada et aux États-Unis.
Un contexte permanent?
Des analystes ont estimé hier que les cours élevés sont en place pour un certain temps encore, faute d'indications contraires. «Le marché du pétrole a rendu certains des gains exagérés de la semaine dernière, mais n'est pas tombé pour autant», a commenté Eric Wittenauer, analyste de Wachovia Securities, auprès de l'Agence France-Presse.
Entre la baisse du dollar, les tensions accrues entre Israël et Iran et les craintes sur les approvisionnements pétroliers mondiaux, «les pires craintes du marché — certaines réelles, d'autres imaginaires — ont explosé de concert provoquant une vague violente d'achats», a dit Phil Flynn, analyste d'Alaron Trading.
Le rôle de la spéculation dans la hausse des cours du pétrole fait l'objet de débats. L'hypothèse veut que le marché du pétrole soit de plus en plus fréquenté par des investisseurs, des fonds, attirés uniquement par la performance financière du pétrole. Plutôt qu'une matière première, le pétrole a donc tendance à devenir un actif.
Aussi, la baisse parfois considérable du dollar américain par rapport aux autres grandes devises a tendance à influer sur les cours du pétrole, ce qui fut le cas la semaine dernière.
Quoi qu'il en soit, de nombreux experts croient que les prix demeureront élevés. La semaine dernière, la banque d'affaires Morgan Stanley, très active dans le secteur de l'énergie, a estimé que le baril a tout le potentiel de bondir à 150 $US d'ici au 4 juillet. De son côté, Goldman Sachs, elle aussi active dans ce secteur, voit le seuil de 150 $US franchi cet été, mais ne s'avance pas sur une date.
«Si les prix des contrats à échéance éloignée restent au niveau actuel ou au-dessus, le prix du pétrole devrait atteindre d'ici l'été l'objectif de 149 dollars le baril que nous avions fixé pour la fin de l'année», ont écrit les analystes de Goldman Sachs dans une note de recherche.
Du côté des fournisseurs, l'Arabie saoudite, chef de file de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a annoncé l'organisation d'une réunion des pays producteurs et consommateurs de brut pour étudier les causes de la flambée des cours. Elle est toutefois restée fidèle à son discours, selon lequel le marché est bien approvisionné et la récente flambée «ne se justifie pas par les fondamentaux du marché».
***
Avec Agence France-Presse
Comme une vague de fond qui engloutissait une station après l'autre, le litre d'essence a franchi allègrement hier la barre des 150 ¢. Une ou deux stations s'étaient rendues à 149 ¢ depuis une semaine, effaçant l'ancien record de 147 ¢ enregistré dans la foulée de l'ouragan Katrina en 2005, mais la hausse d'hier est marquante, car elle s'est manifestée dans plusieurs dizaines de points de vente.
Après avoir graduellement baissé leurs prix à une fourchette oscillant entre 136 et 139 ¢, plusieurs stations ont subitement demandé 151,4 ou 151,9 ¢ hier, un bond de 14 ¢ qui a également frappé les automobilistes de la ville de Québec.
En matinée, le CAA-Québec estimait toutefois que le «prix réaliste» d'un litre d'essence à Montréal était de 141,1 ¢. Pour arriver à ce prix, le CAA prenait le prix d'acquisition pour un détaillant, soit 135,2 ¢, et ajoutait la marge de profit moyenne des 52 dernières semaines, soit 5,9 ¢. Pour Québec, le «prix réaliste» était de 141,2 ¢.
En un an seulement, le prix du litre d'essence à Montréal a explosé de 40 %. Pendant la semaine du 4 juin 2007, il s'était vendu au prix moyen de 108 ¢ après avoir touché 117 ¢ quelques semaines plus tôt. Au cours de l'hiver 2007, il était allé aussi bas que 88 ¢ le litre.
En guise d'explication, le porte-parole de l'Institut canadien des produits pétroliers (ICPP), qui regroupe les grandes compagnies, a montré du doigt la hausse du cours du pétrole brut. Hier, le baril de «light sweet crude» pour livraison en juillet a terminé la séance à 134,35 $US, en baisse de 4,19 $US par rapport à son record de 138,54 $US enregistré vendredi.
Où se situe le niveau de tolérance des Québécois? «Il n'y a pas de chiffre magique», a dit Carol Montreuil, porte-parole de l'ICPP. «Certains ont sûrement changé leurs habitudes à 1 $, d'autres à 1,10, d'autres à 1,50 $.»
Un sondage réalisé par Léger Marketing pour l'Association des études canadiennes, du 21 au 25 mai, indiquait en fin de semaine que 50 % des Québécois ont modifié leurs habitudes de conduite et que 35 % d'entre eux ont plus souvent recours à un mode de transport autre que l'automobile. De plus, 11 % des Québécois disent avoir réduit leurs dépenses personnelles, comparativement à 39 % des répondants des Maritimes et 26 % des Ontariens.
Aussi, il est convenu que le prix de l'essence à la sortie des raffineries québécoises est en bonne partie basé sur le cours du gallon d'essence à la Bourse des matières premières à New York (Nymex). Autrement dit, le prix du litre sur le boulevard Taschereau est partiellement déterminé par les habitudes de conduite et l'état des raffineries aux États-Unis.
Depuis un an, le gallon d'essence sur le Nymex est passé de 2,25 $US à environ 3,50 $. Cette augmentation de 55 % est attribuable à un mélange opaque de forte demande, de spéculation et de corrélation avec le pétrole dont l'effet se fait sentir sur plusieurs secteurs de l'économie.
Les automobilistes américains ont d'ailleurs appris ce week-end que le prix moyen du gallon d'essence, tel qu'il est calculé par l'American Automobile Association, venait de franchir 4 $US pour la première fois, une hausse de 30 % sur un an.
À l'échelle canadienne, le prix moyen se situait hier autour de 134 ¢, selon le site gasbuddy.com, qui recense les prix au Canada et aux États-Unis.
Un contexte permanent?
Des analystes ont estimé hier que les cours élevés sont en place pour un certain temps encore, faute d'indications contraires. «Le marché du pétrole a rendu certains des gains exagérés de la semaine dernière, mais n'est pas tombé pour autant», a commenté Eric Wittenauer, analyste de Wachovia Securities, auprès de l'Agence France-Presse.
Entre la baisse du dollar, les tensions accrues entre Israël et Iran et les craintes sur les approvisionnements pétroliers mondiaux, «les pires craintes du marché — certaines réelles, d'autres imaginaires — ont explosé de concert provoquant une vague violente d'achats», a dit Phil Flynn, analyste d'Alaron Trading.
Le rôle de la spéculation dans la hausse des cours du pétrole fait l'objet de débats. L'hypothèse veut que le marché du pétrole soit de plus en plus fréquenté par des investisseurs, des fonds, attirés uniquement par la performance financière du pétrole. Plutôt qu'une matière première, le pétrole a donc tendance à devenir un actif.
Aussi, la baisse parfois considérable du dollar américain par rapport aux autres grandes devises a tendance à influer sur les cours du pétrole, ce qui fut le cas la semaine dernière.
Quoi qu'il en soit, de nombreux experts croient que les prix demeureront élevés. La semaine dernière, la banque d'affaires Morgan Stanley, très active dans le secteur de l'énergie, a estimé que le baril a tout le potentiel de bondir à 150 $US d'ici au 4 juillet. De son côté, Goldman Sachs, elle aussi active dans ce secteur, voit le seuil de 150 $US franchi cet été, mais ne s'avance pas sur une date.
«Si les prix des contrats à échéance éloignée restent au niveau actuel ou au-dessus, le prix du pétrole devrait atteindre d'ici l'été l'objectif de 149 dollars le baril que nous avions fixé pour la fin de l'année», ont écrit les analystes de Goldman Sachs dans une note de recherche.
Du côté des fournisseurs, l'Arabie saoudite, chef de file de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a annoncé l'organisation d'une réunion des pays producteurs et consommateurs de brut pour étudier les causes de la flambée des cours. Elle est toutefois restée fidèle à son discours, selon lequel le marché est bien approvisionné et la récente flambée «ne se justifie pas par les fondamentaux du marché».
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Avec Agence France-Presse
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