Conférence de Montréal : appel à l'action concertée
Photo : Agence Reuters
Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine, au Forum économique international des Amériques, hier à Montréal.
Le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, en appelle à l'action concertée des pays et au renforcement des mécanismes internationaux pour aider l'économie mondiale à sortir de la crise financière et éviter qu'elle ne se reproduise.
«En ce début du XXIe siècle, nous vivons les premières crises d'une nouvelle manière, a-t-il déclaré hier à la première journée de la Conférence de Montréal. Les crises internationales d'hier étaient principalement des crises de change ou du compte de capital. Les crises dans lesquelles nous entrons maintenant sont des crises très différentes qui sont des crises de stabilité financière globale.» Dans ce contexte, «c'est le contraire du repli sur soi qu'il faut mettre en oeuvre. C'est l'ouverture vers l'autre. C'est la solution collective», a-t-il poursuivi en cette veille de réunion des ministres des Finances du G8 à Osaka, au Japon, les 13 et 14 juin. «Si chacun repart chez soi en pensant qu'il peut régler ses propres petits problèmes, avec ses propres petits arrangements budgétaires, alors nous sombrerons dans une situation qui pourra durer plus ou moins longtemps.»
Placé sur le thème de la finance et la gouvernance mondiales, le premier jour de la 14e édition de la Conférence de Montréal a largement porté sur la crise financière mondiale déclenchée par l'effondrement des subprimes, de ses causes à ses pistes de solution. «Il n'y aura pas de solution facile. Il faudra du temps, et d'autres crises semblables surviendront», a prévenu d'entrée de jeu Barbara Stymiest, chef de l'exploitation à la Banque Royale du Canada. Le moment lui apparaît néanmoins critique parce qu'après avoir vu s'envoler en fumée au moins 400 milliards, et peut-être à terme le double, les acteurs du monde financier se demandent aujourd'hui quelle leçon ils doivent tirer de tout cela et dans quelle direction ils doivent maintenant s'engager.
Tout le monde semble convenir aujourd'hui qu'un resserrement de la réglementation et des mécanismes de contrôles s'impose, a-t-elle noté, mais personne ne semble s'entendre sur la nature ni sur le degré de ce resserrement.
Pour en finir avec Adam Smith
Une comparaison entre le système bancaire américain, d'où est venue la crise, et le système bancaire canadien, qui a remarquablement bien su éviter le pire de la tempête, devrait servir d'inspiration aux législateurs américains, a déclaré l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, Paul Volker. Basé sur l'idée d'Adam Smith que les banques étaient fondamentalement peu fiables et que la meilleure façon de se protéger contre leur effondrement était d'en limiter la taille et la portée, la réglementation américaine a amené une fragmentation de son secteur bancaire, ce qui l'a rapidement forcée à compenser cette faiblesse par un plus grand recours aux marchés boursiers. «Ce qui semblait bon pour l'économie écossaise du XVIIIe siècle ne fonctionne clairement plus dans une économie du XXIe siècle», a noté celui qui a dirigé la politique monétaire américaine de 1979 à 1987.
Le problème ne se limite toutefois plus depuis longtemps au seul secteur bancaire, a poursuivi Paul Volker. De nouveaux acteurs financiers sont apparus avec le temps et ont pris beaucoup de poids sur les marchés financiers américains et mondiaux. Où devraient s'arrêter la surveillance et l'aide de l'État? a-t-il demandé. Doivent-elles s'étendre aux banques d'investissements, comme la Bear Stern? Les hedge funds ne devraient-ils pas aussi faire l'objet du même encadrement? Et pourquoi pas aussi les fonds d'actions? «Ce n'est pas facile tout cela.»
Un facteur important est d'encourager la transparence des acteurs financiers et un dialogue avec les autorités financières, a déclaré Henri-Paul Rousseau, qui laissera la barre de la Caisse de dépôt et placement à la fin de l'été. Cela reste de loin, selon lui, le meilleur moyen d'avoir le portrait le plus juste et le plus complet de la situation. Il suggère aussi que l'on oblige dorénavant les institutions prêteuses, comme celles aux États-Unis qui ont accordé des hypothèques à taux variable à des ménages qui n'en avaient pas les moyens, de conserver une participation dans l'aventure lorsqu'elle fait l'objet d'une titrisation comme dans le cas des subprimes. Cela amènera ces prêteurs à transmettre aux autres toute l'information pertinente en plus de les inciter à penser à l'intérêt financier à long terme de leurs opérations.
Il est assez remarquable que la crise financière n'ait pas été provoquée par les acteurs financiers qui ont la plus mauvaise réputation, a noté, sourire en coin, Orin Kramer, président d'une caisse de retraite publique du New Jersey. «Les crises des subprimes n'est pas venue des hedges funds, mais des banques, les acteurs financiers les plus sévèrement réglementés et les plus étroitement surveillés.»
«La crise est globale, les solutions doivent l'être aussi», a répété Dominique Strauss-Kahn, tout en reconnaissant qu'il n'y aura jamais de solution universelle et qu'il faudra toujours savoir tenir compte de la réalité de chacun des pays. La solution passe notamment par une réforme du FMI, tout comme la poursuite des efforts déjà entrepris visant l'adoption de norme de comptabilité et de divulgation communes.
Les banques centrales ont généralement bien fait leur travail, a estimé le président de la Banque de France, Christian Noyer. Elles ont su unir leurs efforts lorsque les marchés financiers ont eu besoin de plus de liquidité tout en poursuivant leur mission de contrôle de l'inflation. «Le maintien d'un ancrage solide des anticipations d'inflation me paraît d'ailleurs particulièrement crucial en période d'incertitude économique et financière», a-t-il affirmé.
Changement improbable de mentalités
Plusieurs conférenciers en ont aussi appelé, sans trop y croire toutefois, à un changement de mentalité des acteurs du marché financier. Christian Noyer a notamment souhaité «le retour à une plus grande discipline de marché, à une meilleure surveillance de leurs risques par les intervenants financiers, et tout simplement la mise en oeuvre de principes de bon sens, comme la reconnaissance qu'il ne peut y avoir de rendements sans risque».
Paul Volker a pour sa part dénoncé «l'arrogance» de ces ingénieurs financiers qui pensent que les modèles mathématiques peuvent remplacer le jugement. «La vérité est que le brio mathématique et les techniques statistiques tellement utiles dans les sciences de la nature ne peuvent pas modéliser de façon fiable le fonctionnement de marchés soumis à des comportements humains imprévisibles et animés par la cupidité, la peur et la désir de récompense immédiate.»
Plusieurs réponses manquent encore quant à la meilleure façon de se prémunir contre une réédition de la crise financière comme celle qui est en cours depuis l'été, a convenu Henri-Paul Rousseau en marge de la conférence. «Nos discussions ont permis de soulever plusieurs questions importantes, et poser les bonnes questions, c'est déjà une façon de faire avancer le débat.»
«En ce début du XXIe siècle, nous vivons les premières crises d'une nouvelle manière, a-t-il déclaré hier à la première journée de la Conférence de Montréal. Les crises internationales d'hier étaient principalement des crises de change ou du compte de capital. Les crises dans lesquelles nous entrons maintenant sont des crises très différentes qui sont des crises de stabilité financière globale.» Dans ce contexte, «c'est le contraire du repli sur soi qu'il faut mettre en oeuvre. C'est l'ouverture vers l'autre. C'est la solution collective», a-t-il poursuivi en cette veille de réunion des ministres des Finances du G8 à Osaka, au Japon, les 13 et 14 juin. «Si chacun repart chez soi en pensant qu'il peut régler ses propres petits problèmes, avec ses propres petits arrangements budgétaires, alors nous sombrerons dans une situation qui pourra durer plus ou moins longtemps.»
Placé sur le thème de la finance et la gouvernance mondiales, le premier jour de la 14e édition de la Conférence de Montréal a largement porté sur la crise financière mondiale déclenchée par l'effondrement des subprimes, de ses causes à ses pistes de solution. «Il n'y aura pas de solution facile. Il faudra du temps, et d'autres crises semblables surviendront», a prévenu d'entrée de jeu Barbara Stymiest, chef de l'exploitation à la Banque Royale du Canada. Le moment lui apparaît néanmoins critique parce qu'après avoir vu s'envoler en fumée au moins 400 milliards, et peut-être à terme le double, les acteurs du monde financier se demandent aujourd'hui quelle leçon ils doivent tirer de tout cela et dans quelle direction ils doivent maintenant s'engager.
Tout le monde semble convenir aujourd'hui qu'un resserrement de la réglementation et des mécanismes de contrôles s'impose, a-t-elle noté, mais personne ne semble s'entendre sur la nature ni sur le degré de ce resserrement.
Pour en finir avec Adam Smith
Une comparaison entre le système bancaire américain, d'où est venue la crise, et le système bancaire canadien, qui a remarquablement bien su éviter le pire de la tempête, devrait servir d'inspiration aux législateurs américains, a déclaré l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, Paul Volker. Basé sur l'idée d'Adam Smith que les banques étaient fondamentalement peu fiables et que la meilleure façon de se protéger contre leur effondrement était d'en limiter la taille et la portée, la réglementation américaine a amené une fragmentation de son secteur bancaire, ce qui l'a rapidement forcée à compenser cette faiblesse par un plus grand recours aux marchés boursiers. «Ce qui semblait bon pour l'économie écossaise du XVIIIe siècle ne fonctionne clairement plus dans une économie du XXIe siècle», a noté celui qui a dirigé la politique monétaire américaine de 1979 à 1987.
Le problème ne se limite toutefois plus depuis longtemps au seul secteur bancaire, a poursuivi Paul Volker. De nouveaux acteurs financiers sont apparus avec le temps et ont pris beaucoup de poids sur les marchés financiers américains et mondiaux. Où devraient s'arrêter la surveillance et l'aide de l'État? a-t-il demandé. Doivent-elles s'étendre aux banques d'investissements, comme la Bear Stern? Les hedge funds ne devraient-ils pas aussi faire l'objet du même encadrement? Et pourquoi pas aussi les fonds d'actions? «Ce n'est pas facile tout cela.»
Un facteur important est d'encourager la transparence des acteurs financiers et un dialogue avec les autorités financières, a déclaré Henri-Paul Rousseau, qui laissera la barre de la Caisse de dépôt et placement à la fin de l'été. Cela reste de loin, selon lui, le meilleur moyen d'avoir le portrait le plus juste et le plus complet de la situation. Il suggère aussi que l'on oblige dorénavant les institutions prêteuses, comme celles aux États-Unis qui ont accordé des hypothèques à taux variable à des ménages qui n'en avaient pas les moyens, de conserver une participation dans l'aventure lorsqu'elle fait l'objet d'une titrisation comme dans le cas des subprimes. Cela amènera ces prêteurs à transmettre aux autres toute l'information pertinente en plus de les inciter à penser à l'intérêt financier à long terme de leurs opérations.
Il est assez remarquable que la crise financière n'ait pas été provoquée par les acteurs financiers qui ont la plus mauvaise réputation, a noté, sourire en coin, Orin Kramer, président d'une caisse de retraite publique du New Jersey. «Les crises des subprimes n'est pas venue des hedges funds, mais des banques, les acteurs financiers les plus sévèrement réglementés et les plus étroitement surveillés.»
«La crise est globale, les solutions doivent l'être aussi», a répété Dominique Strauss-Kahn, tout en reconnaissant qu'il n'y aura jamais de solution universelle et qu'il faudra toujours savoir tenir compte de la réalité de chacun des pays. La solution passe notamment par une réforme du FMI, tout comme la poursuite des efforts déjà entrepris visant l'adoption de norme de comptabilité et de divulgation communes.
Les banques centrales ont généralement bien fait leur travail, a estimé le président de la Banque de France, Christian Noyer. Elles ont su unir leurs efforts lorsque les marchés financiers ont eu besoin de plus de liquidité tout en poursuivant leur mission de contrôle de l'inflation. «Le maintien d'un ancrage solide des anticipations d'inflation me paraît d'ailleurs particulièrement crucial en période d'incertitude économique et financière», a-t-il affirmé.
Changement improbable de mentalités
Plusieurs conférenciers en ont aussi appelé, sans trop y croire toutefois, à un changement de mentalité des acteurs du marché financier. Christian Noyer a notamment souhaité «le retour à une plus grande discipline de marché, à une meilleure surveillance de leurs risques par les intervenants financiers, et tout simplement la mise en oeuvre de principes de bon sens, comme la reconnaissance qu'il ne peut y avoir de rendements sans risque».
Paul Volker a pour sa part dénoncé «l'arrogance» de ces ingénieurs financiers qui pensent que les modèles mathématiques peuvent remplacer le jugement. «La vérité est que le brio mathématique et les techniques statistiques tellement utiles dans les sciences de la nature ne peuvent pas modéliser de façon fiable le fonctionnement de marchés soumis à des comportements humains imprévisibles et animés par la cupidité, la peur et la désir de récompense immédiate.»
Plusieurs réponses manquent encore quant à la meilleure façon de se prémunir contre une réédition de la crise financière comme celle qui est en cours depuis l'été, a convenu Henri-Paul Rousseau en marge de la conférence. «Nos discussions ont permis de soulever plusieurs questions importantes, et poser les bonnes questions, c'est déjà une façon de faire avancer le débat.»
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