À qui profitent les hausses du prix de l'essence? - Léo-Paul Lauzon plaide pour la nationalisation du pétrole
L'économiste fait remarquer qu'Esso et Shell Canada ont totalisé des profits de 12,4 milliards au cours des 12 dernières années
Photo : Jacques Nadeau
Léo-Paul Lauzon a examiné les états financiers des filiales canadiennes de Shell et Esso de 1990 à 2001.
Sus aux profits indus des multinationales pétrolières! Il est temps pour le gouvernement de nationaliser l'or noir afin d'en contrôler le prix. Tel est le cri que l'économiste Léo-Paul Lauzon pousse après avoir examiné les états financiers des filiales canadiennes de Shell et Esso de 1990 à 2001.
«Moi, je n'ai jamais vu de rareté dans le secteur du pétrole. Pourtant, on nous parle d'incertitude, et les prix de l'essence augmentent aussitôt. C'est de la pure spéculation», a-t-il martelé hier matin alors qu'il présentait les résultats de ses travaux aux membres de la presse montréalaise.
Le professeur Léo-Paul Lauzon n'a jamais eu peur de nager à contre-courant. Et les recherches qu'il mène en tant que titulaire de la Chaire d'études socioéconomiques de l'UQAM en sont le digne reflet. À son avis, Ottawa doit s'inspirer de l'Arabie Saoudite, de l'Irak, du Mexique, de la Norvège, de la Russie et du Venezuela et s'approprier cette richesse collective.
M. Lauzon est convaincu que seule la nationalisation permettra aux citoyens de se libérer des «mammouths économiques qui contrôlent le monde [les pétrolières]». Comme le Canada est un pays exportateur de pétrole, il ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas s'autosuffire. S'il n'en tenait qu'à lui, le gouvernement fédéral contrôlerait l'exploration, la production et le raffinage de cette ressource naturelle. Seules les stations-service seraient privées.
Pour appuyer ses propos, M. Lauzon fait remarquer qu'Esso et Shell Canada ont totalisé des profits de 12,4 milliards de dollars au cours des 12 dernières années et que 41 % de ces profits ont été réalisés au cours des deux dernières années. «Ça ne prend pas la tête à Papineau pour voir à qui profitent les hausses du prix de l'essence», croit-il.
M. Lauzon souligne aussi qu'Impériale Esso a enregistré un taux de rendement après impôts de 32,4 % en 2000 et de 28,4 % en 2001. De son côté, Shell Canada a affiché un taux de rendement de 22,1 % en 2001 et de 23,3 % en 2001. «Ça veut dire que ces entreprises doublent leur capital en moins de trois ans. [...] Si j'étais analyste financier, je serais en extase devant un si bon investissement, mais pour l'ensemble de la collectivité, ce n'est pas bon.»
Données incomplètes
Ces données sont incomplètes, plaide la compagnie Esso. «Le début des années 90 a été très difficile dans le secteur. On affichait des taux de rendement sur l'investissement très bas [entre 4 et 5 %]», souligne le porte-parole d'Esso, Pierre Desrochers. «Si on prend la moyenne de 1990 à 2001, on a un retour de 10 % sur l'investissement. Cela ne nous apparaît pas aberrant.»
Selon Léo-Paul Lauzon, Shell et Esso créent artificiellement de la rareté afin de «doper le prix de l'essence». Comment? En investissant de moins en moins dans l'exploration. La preuve? Les deux entreprises ont consacré 311 millions à la recherche de nouveaux gisements entre 1990 et 1992, et à peine 185 millions entre 1999 et 2001.
Le chercheur fait également remarquer que les deux multinationales ont fermé 4454 stations-service depuis 1990. De plus, ces entreprises ont coupé 11 942 emplois, soit près de la moitié de leurs travailleurs à travers le pays. «Quelle richesse ces compagnies nous apportent-elles?», se demande M. Lauzon.
Esso ne nie pas les chiffres de M. Lauzon mais conteste l'interprétation que l'universitaire en fait, explique Pierre Desrochers. «Il y a de gros morceaux qui ne sont pas mentionnés, par exemple que nous avons versé 35 milliards en salaires, en biens et services entre 1990 et 2001, et ce, très majoritairement au Canada.»
Du reste, l'industrie pétrolière n'est pas la seule qui a eu à restructurer ses activités et à couper des emplois, souligne la porte-parole de Shell Canada, Sonia Larin. «Et il faut préciser que nous avons investi 516 millions et que nous avons payé 500 millions en redevances en 2001. Ça fait beaucoup de sous.» De plus, Mme Larin explique que d'ici les cinq prochaines années, Shell Canada mettra en oeuvre un programme d'investissements de 3,4 milliards de dollars.
«Moi, je n'ai jamais vu de rareté dans le secteur du pétrole. Pourtant, on nous parle d'incertitude, et les prix de l'essence augmentent aussitôt. C'est de la pure spéculation», a-t-il martelé hier matin alors qu'il présentait les résultats de ses travaux aux membres de la presse montréalaise.
Le professeur Léo-Paul Lauzon n'a jamais eu peur de nager à contre-courant. Et les recherches qu'il mène en tant que titulaire de la Chaire d'études socioéconomiques de l'UQAM en sont le digne reflet. À son avis, Ottawa doit s'inspirer de l'Arabie Saoudite, de l'Irak, du Mexique, de la Norvège, de la Russie et du Venezuela et s'approprier cette richesse collective.
M. Lauzon est convaincu que seule la nationalisation permettra aux citoyens de se libérer des «mammouths économiques qui contrôlent le monde [les pétrolières]». Comme le Canada est un pays exportateur de pétrole, il ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas s'autosuffire. S'il n'en tenait qu'à lui, le gouvernement fédéral contrôlerait l'exploration, la production et le raffinage de cette ressource naturelle. Seules les stations-service seraient privées.
Pour appuyer ses propos, M. Lauzon fait remarquer qu'Esso et Shell Canada ont totalisé des profits de 12,4 milliards de dollars au cours des 12 dernières années et que 41 % de ces profits ont été réalisés au cours des deux dernières années. «Ça ne prend pas la tête à Papineau pour voir à qui profitent les hausses du prix de l'essence», croit-il.
M. Lauzon souligne aussi qu'Impériale Esso a enregistré un taux de rendement après impôts de 32,4 % en 2000 et de 28,4 % en 2001. De son côté, Shell Canada a affiché un taux de rendement de 22,1 % en 2001 et de 23,3 % en 2001. «Ça veut dire que ces entreprises doublent leur capital en moins de trois ans. [...] Si j'étais analyste financier, je serais en extase devant un si bon investissement, mais pour l'ensemble de la collectivité, ce n'est pas bon.»
Données incomplètes
Ces données sont incomplètes, plaide la compagnie Esso. «Le début des années 90 a été très difficile dans le secteur. On affichait des taux de rendement sur l'investissement très bas [entre 4 et 5 %]», souligne le porte-parole d'Esso, Pierre Desrochers. «Si on prend la moyenne de 1990 à 2001, on a un retour de 10 % sur l'investissement. Cela ne nous apparaît pas aberrant.»
Selon Léo-Paul Lauzon, Shell et Esso créent artificiellement de la rareté afin de «doper le prix de l'essence». Comment? En investissant de moins en moins dans l'exploration. La preuve? Les deux entreprises ont consacré 311 millions à la recherche de nouveaux gisements entre 1990 et 1992, et à peine 185 millions entre 1999 et 2001.
Le chercheur fait également remarquer que les deux multinationales ont fermé 4454 stations-service depuis 1990. De plus, ces entreprises ont coupé 11 942 emplois, soit près de la moitié de leurs travailleurs à travers le pays. «Quelle richesse ces compagnies nous apportent-elles?», se demande M. Lauzon.
Esso ne nie pas les chiffres de M. Lauzon mais conteste l'interprétation que l'universitaire en fait, explique Pierre Desrochers. «Il y a de gros morceaux qui ne sont pas mentionnés, par exemple que nous avons versé 35 milliards en salaires, en biens et services entre 1990 et 2001, et ce, très majoritairement au Canada.»
Du reste, l'industrie pétrolière n'est pas la seule qui a eu à restructurer ses activités et à couper des emplois, souligne la porte-parole de Shell Canada, Sonia Larin. «Et il faut préciser que nous avons investi 516 millions et que nous avons payé 500 millions en redevances en 2001. Ça fait beaucoup de sous.» De plus, Mme Larin explique que d'ici les cinq prochaines années, Shell Canada mettra en oeuvre un programme d'investissements de 3,4 milliards de dollars.
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