Rousseau quitte la Caisse
La démission du président de la Caisse de dépôt et placement, Henri-Paul Rousseau, pour un emploi au sein de l'empire Desmarais a eu l'effet d'une bombe hier dans le milieu des affaires, où les questions portaient autant sur le motif de son geste que sur les candidats potentiels pour le remplacer.
Après six ans à la tête de la Caisse, qui a vécu une année éprouvante en raison de la crise du papier commercial, M. Rousseau, âgé de 60 ans, devient simple conseiller. Il le sera jusqu'en août 2008. En janvier 2009, il retournera au secteur privé en devenant vice-président du conseil d'administration de Power Corporation et de la filiale Financière Power.
«La publication des résultats 2007 [de la Caisse] a coïncidé avec la fin d'un premier mandat de cinq années complètes à la direction de la Caisse, ce qui constituait une étape importante et exigeait une réflexion de ma part», a dit M. Rousseau dans un communiqué.
Sur une base intérimaire, le conseil d'administration a remis les fonctions de M. Rousseau entre les mains du chef de la direction du placement, Richard Guay. Le conseil a mis en marche un processus de nomination.
M. Rousseau, qui était auparavant président de la Banque Laurentienne et jouit d'une excellente réputation dans les milieux financiers, a signalé que la nouvelle loi sur la Caisse, adoptée en 2004, fixe à cinq ans la durée des mandats. Cela, selon lui, a fait que «le moment était également propice à un changement à la direction, d'autant que les six prochains mois seront consacrés à l'élaboration du nouveau plan stratégique 2009-11».
«En ce qui me concerne, à 60 ans, cette fenêtre était indiquée pour relever un nouveau défi professionnel dans le secteur privé», a ajouté M. Rousseau, qui a aussi été directeur du département d'économie à l'Université Laval, vice-président à la Banque Nationale et grand patron de Boréal Assurances.
L'entrée en fonction de M. Rousseau à la Caisse de dépôt, qui gère les caisses de retraits publics du Québec, est survenue en septembre 2002. Lorsqu'il est arrivé, la Caisse venait de vivre deux événements controversés, soit son implication dans Montréal Mode et la lourde participation dans l'acquisition de Vidéotron par Quebecor. En 2004, le mandat de la Caisse a été revu et modifié de fond en comble.
Depuis cinq ans, la Caisse a affiché un rendement moyen de 12,4 % par année, ce qui la place dans les cinq premiers déciles des grandes caisses de retraite au pays. De la fin de 2002 à la fin de 2007, l'actif net des déposants est passé de 78 milliards à 155 milliards.
Nouvelles fonctions
Le vice-président de Power Corporation, Edward Johnson, a indiqué lors d'un entretien que les deux postes offerts à M. Rousseau sont nouveaux et qu'ils représentent «du travail à temps plein». Généralement très réservé, tout comme l'entreprise pour laquelle il travaille, M. Johnson n'a pas voulu en dire plus sur les fonctions précises de M. Rousseau.
«Power Corporation et la Corporation Financière Power sont heureuses d'accueillir M. Rousseau, dont la connaissance intime des marchés financiers canadiens et internationaux leur apportera un atout inestimable pour le développement de leurs activités en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde», a-t-on pu lire dans le communiqué.
Certains acteurs informés estiment que M. Rousseau a plus ou moins fait le tour du jardin à la Caisse de dépôt, où la vie de grand patron se déroule essentiellement dans une maison de verre en raison de la critique constante et parfois virulente que peut entraîner chaque geste, commentaire ou rapport annuel.
L'ambiance chez Power, un assemblage de sociétés discrètes qui génèrent des profits gigantesques année après année, est résolument plus feutrée. L'entreprise de la famille Desmarais se trouve toutefois dans une situation où elle doit pourvoir certains postes et prévoir une relève en raison de quelques départs qui ont eu lieu au fil des ans.
Des noms
Dans les hautes sphères de la finance québécoise, deux noms circulaient déjà hier. Il y a d'abord celui de Jean Houde, sous-ministre au ministère des Finances du Québec. Âgé de 62 ans, ce dernier est entré au gouvernement en 2003, lorsque le nouveau gouvernement libéral est allé le chercher à la Banque Nationale, où il était vice-président aux affaires corporatives, pour lui offrir la présidence d'Investissement Québec. Il est devenu sous-ministre en 2005.
L'autre nom est celui de Jacques Daoust. Président d'Investissement Québec depuis juin 2006, il était auparavant président de BLC-Edmond de Rothschild Gestion d'actifs inc., de 2001 à 2005. De 1986 à 2001, il a occupé divers postes de direction à la Banque Nationale et à la Banque Laurentienne.
Quelle que soit la rumeur du jour pour la suite des choses, la situation hier était davantage celle d'une bombe que personne n'avait imaginée. La ministre des Finances s'est dite atterrée par cette «triste nouvelle». Elle l'a apprise jeudi soir.
«C'est un homme remarquable, plein d'énergie, brillant», a dit la ministre Monique Jérôme-Forget. «C'est une grosse perte pour le gouvernement. J'aurais souhaité qu'il reste, mais je respecte le choix des gens.» Elle a estimé que le rendement de la Caisse sous la gouverne de M. Rousseau avait été «remarquable».
La crise du papier commercial a été l'un des chapitres marquants de ce que M. Rousseau a eu à traverser au fil des ans. Sur les quelque 35 milliards en papier commercial problématique, la Caisse en détenait 13,2 milliards. M. Rousseau est intervenu personnellement pour inciter les grands joueurs du marché à décréter un moratoire avant que tout ne s'effondre.
Toutefois, M. Rousseau a été critiqué par certains qui se demandaient pourquoi la Caisse avait mis autant d'argent dans ce type de placement. Ses défenseurs ont dit que le papier commercial en question était de bonne qualité et que le problème était davantage lié à une crise de confiance sur les marchés, ce que personne n'aurait pu prévoir.
D'ailleurs, l'annonce de la démission de M. Rousseau est survenue le jour même où la crise du papier commercial devait, en théorie, se régler devant un juge de la Cour supérieure de l'Ontario. Hier, ce juge a annoncé qu'il reporte à mardi une audience qui doit porter sur le plan de restructuration du papier commercial. Ce plan interdira les poursuites. Or il semble qu'il y aura une exception, en cas de poursuites pour cas de fraude.
Le président du conseil de la Caisse a dit que le leadership exercé par M. Rousseau «au moment critique» de la crise du papier commercial avait été exceptionnel. «Son rôle a été déterminant pour éviter une liquidation désordonnée d'actifs de qualité qui aurait affecté non seulement le portefeuille de la Caisse, mais également l'économie canadienne. De nombreux acteurs de l'industrie financière canadienne et internationale ont été témoins de ce leadership», a dit Pierre Brunet.
Débat sur le rôle de la Caisse
Le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, a dit que les résultats de M. Rousseau avait été «très bons». Il a toutefois demandé au premier ministre Jean Charest de «suspendre la nomination et l'approbation du prochain président jusqu'à ce qu'on ait complété un débat, à l'Assemblée nationale, concernant la mission de la Caisse de dépôt».
Selon M. Legault, «on a raison de croire qu'actuellement il y a une majorité de députés, à l'Assemblée nationale, qui ne sont pas d'accord avec l'approche actuelle de la Caisse de dépôt, c'est-à-dire cette approche de ne pas privilégier le maintien des centres de décision au Québec». Depuis 2004, a-t-il dit, «de beaux fleurons de notre économie — Domtar, Abitibi-Consol, Alcan — ont été vendus à des intérêts étrangers sans que la Caisse de dépôt sente qu'il y avait dans son mandat des préoccupations à y avoir et un objectif de maintien des centres de décision».
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Avec la collaboration de Robert Dutrisac et Gérard Bérubé
Après six ans à la tête de la Caisse, qui a vécu une année éprouvante en raison de la crise du papier commercial, M. Rousseau, âgé de 60 ans, devient simple conseiller. Il le sera jusqu'en août 2008. En janvier 2009, il retournera au secteur privé en devenant vice-président du conseil d'administration de Power Corporation et de la filiale Financière Power.
«La publication des résultats 2007 [de la Caisse] a coïncidé avec la fin d'un premier mandat de cinq années complètes à la direction de la Caisse, ce qui constituait une étape importante et exigeait une réflexion de ma part», a dit M. Rousseau dans un communiqué.
Sur une base intérimaire, le conseil d'administration a remis les fonctions de M. Rousseau entre les mains du chef de la direction du placement, Richard Guay. Le conseil a mis en marche un processus de nomination.
M. Rousseau, qui était auparavant président de la Banque Laurentienne et jouit d'une excellente réputation dans les milieux financiers, a signalé que la nouvelle loi sur la Caisse, adoptée en 2004, fixe à cinq ans la durée des mandats. Cela, selon lui, a fait que «le moment était également propice à un changement à la direction, d'autant que les six prochains mois seront consacrés à l'élaboration du nouveau plan stratégique 2009-11».
«En ce qui me concerne, à 60 ans, cette fenêtre était indiquée pour relever un nouveau défi professionnel dans le secteur privé», a ajouté M. Rousseau, qui a aussi été directeur du département d'économie à l'Université Laval, vice-président à la Banque Nationale et grand patron de Boréal Assurances.
L'entrée en fonction de M. Rousseau à la Caisse de dépôt, qui gère les caisses de retraits publics du Québec, est survenue en septembre 2002. Lorsqu'il est arrivé, la Caisse venait de vivre deux événements controversés, soit son implication dans Montréal Mode et la lourde participation dans l'acquisition de Vidéotron par Quebecor. En 2004, le mandat de la Caisse a été revu et modifié de fond en comble.
Depuis cinq ans, la Caisse a affiché un rendement moyen de 12,4 % par année, ce qui la place dans les cinq premiers déciles des grandes caisses de retraite au pays. De la fin de 2002 à la fin de 2007, l'actif net des déposants est passé de 78 milliards à 155 milliards.
Nouvelles fonctions
Le vice-président de Power Corporation, Edward Johnson, a indiqué lors d'un entretien que les deux postes offerts à M. Rousseau sont nouveaux et qu'ils représentent «du travail à temps plein». Généralement très réservé, tout comme l'entreprise pour laquelle il travaille, M. Johnson n'a pas voulu en dire plus sur les fonctions précises de M. Rousseau.
«Power Corporation et la Corporation Financière Power sont heureuses d'accueillir M. Rousseau, dont la connaissance intime des marchés financiers canadiens et internationaux leur apportera un atout inestimable pour le développement de leurs activités en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde», a-t-on pu lire dans le communiqué.
Certains acteurs informés estiment que M. Rousseau a plus ou moins fait le tour du jardin à la Caisse de dépôt, où la vie de grand patron se déroule essentiellement dans une maison de verre en raison de la critique constante et parfois virulente que peut entraîner chaque geste, commentaire ou rapport annuel.
L'ambiance chez Power, un assemblage de sociétés discrètes qui génèrent des profits gigantesques année après année, est résolument plus feutrée. L'entreprise de la famille Desmarais se trouve toutefois dans une situation où elle doit pourvoir certains postes et prévoir une relève en raison de quelques départs qui ont eu lieu au fil des ans.
Des noms
Dans les hautes sphères de la finance québécoise, deux noms circulaient déjà hier. Il y a d'abord celui de Jean Houde, sous-ministre au ministère des Finances du Québec. Âgé de 62 ans, ce dernier est entré au gouvernement en 2003, lorsque le nouveau gouvernement libéral est allé le chercher à la Banque Nationale, où il était vice-président aux affaires corporatives, pour lui offrir la présidence d'Investissement Québec. Il est devenu sous-ministre en 2005.
L'autre nom est celui de Jacques Daoust. Président d'Investissement Québec depuis juin 2006, il était auparavant président de BLC-Edmond de Rothschild Gestion d'actifs inc., de 2001 à 2005. De 1986 à 2001, il a occupé divers postes de direction à la Banque Nationale et à la Banque Laurentienne.
Quelle que soit la rumeur du jour pour la suite des choses, la situation hier était davantage celle d'une bombe que personne n'avait imaginée. La ministre des Finances s'est dite atterrée par cette «triste nouvelle». Elle l'a apprise jeudi soir.
«C'est un homme remarquable, plein d'énergie, brillant», a dit la ministre Monique Jérôme-Forget. «C'est une grosse perte pour le gouvernement. J'aurais souhaité qu'il reste, mais je respecte le choix des gens.» Elle a estimé que le rendement de la Caisse sous la gouverne de M. Rousseau avait été «remarquable».
La crise du papier commercial a été l'un des chapitres marquants de ce que M. Rousseau a eu à traverser au fil des ans. Sur les quelque 35 milliards en papier commercial problématique, la Caisse en détenait 13,2 milliards. M. Rousseau est intervenu personnellement pour inciter les grands joueurs du marché à décréter un moratoire avant que tout ne s'effondre.
Toutefois, M. Rousseau a été critiqué par certains qui se demandaient pourquoi la Caisse avait mis autant d'argent dans ce type de placement. Ses défenseurs ont dit que le papier commercial en question était de bonne qualité et que le problème était davantage lié à une crise de confiance sur les marchés, ce que personne n'aurait pu prévoir.
D'ailleurs, l'annonce de la démission de M. Rousseau est survenue le jour même où la crise du papier commercial devait, en théorie, se régler devant un juge de la Cour supérieure de l'Ontario. Hier, ce juge a annoncé qu'il reporte à mardi une audience qui doit porter sur le plan de restructuration du papier commercial. Ce plan interdira les poursuites. Or il semble qu'il y aura une exception, en cas de poursuites pour cas de fraude.
Le président du conseil de la Caisse a dit que le leadership exercé par M. Rousseau «au moment critique» de la crise du papier commercial avait été exceptionnel. «Son rôle a été déterminant pour éviter une liquidation désordonnée d'actifs de qualité qui aurait affecté non seulement le portefeuille de la Caisse, mais également l'économie canadienne. De nombreux acteurs de l'industrie financière canadienne et internationale ont été témoins de ce leadership», a dit Pierre Brunet.
Débat sur le rôle de la Caisse
Le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, a dit que les résultats de M. Rousseau avait été «très bons». Il a toutefois demandé au premier ministre Jean Charest de «suspendre la nomination et l'approbation du prochain président jusqu'à ce qu'on ait complété un débat, à l'Assemblée nationale, concernant la mission de la Caisse de dépôt».
Selon M. Legault, «on a raison de croire qu'actuellement il y a une majorité de députés, à l'Assemblée nationale, qui ne sont pas d'accord avec l'approche actuelle de la Caisse de dépôt, c'est-à-dire cette approche de ne pas privilégier le maintien des centres de décision au Québec». Depuis 2004, a-t-il dit, «de beaux fleurons de notre économie — Domtar, Abitibi-Consol, Alcan — ont été vendus à des intérêts étrangers sans que la Caisse de dépôt sente qu'il y avait dans son mandat des préoccupations à y avoir et un objectif de maintien des centres de décision».
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Avec la collaboration de Robert Dutrisac et Gérard Bérubé
- » Québec (province),
- Organisme public,
- Henri-Paul Rousseau,
- Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ)
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