Comptables magouilleurs?
Depuis quelques jours, l'Ordre des comptables en management accrédités du Québec (CMA) se paie une campagne de publicité tous azimuts destinée à informer le public qu'elle est désormais détentrice de l'expression «comptables créatifs MD» , qui devient ainsi une marque de commerce exclusive.
Le message publicitaire se limite à la lecture d'un avis public qui défile à l'écran et nous avertit, sur un ton qui n'a rien d'humoristique, qu'on ne pourra plus désormais utiliser l'expression «comptables créatifs» pour désigner des tricheurs et des magouilleurs... mais seulement des CMA. Quelle drôle d'idée!
La comptabilité créatrice ou créative, au goût, est une expression largement utilisée depuis des années pour parler de certaines pratiques pour le moins contestables au chapitre de la transparence et de l'éthique. On se souviendra des scandales d'Enron et de Worldcom, deux grandes sociétés américaines dirigées par des comptables très, très créatifs et, plus près de chez nous, de Norbourg et de Nortel.
Traiter quelqu'un de comptable créatif n'a donc vraiment rien d'un compliment. Or, en demandant l'enregistrement de cette expression comme marque de commerce, les CMA entendent se l'approprier et en inverser le sens à leur avantage. Voilà une stratégie de marketing qui pose au moins deux problèmes majeurs.
Premièrement, l'Ordre pourrait se croire en droit de poursuivre quiconque utilise l'expression dans son sens courant en l'accusant de diffamation à l'endroit de ses membres. Si tel est le cas, il faudra sans hésiter se porter à la défense du droit des individus à utiliser une expression courante du vocabulaire financier mondial qui n'a surtout pas été inventée par les CMA du Québec.
Deuxièmement, sans même préjuger des intentions de l'Ordre des CMA à l'endroit de ceux qui oseront traiter de «comptables créatifs» des présidents d'entreprise habiles à falsifier les comptes, on nous permettra aussi de douter du jugement d'une organisation qui choisit de s'affubler elle-même d'une expression aussi largement associée à la tromperie. Ce n'est quand même pas parce
que les CMA seront propriétaires de l'expression «comptables créatifs MD» que le public cessera de traiter les voleurs de voleurs!
Il vaudrait donc mieux faire marche arrière. Sans quoi, on pourrait en venir un jour à confondre magouilleurs et CMA... ce qui n'est certainement pas l'objectif de l'Ordre.
j-rsansfacon@ledevoir.com
Le message publicitaire se limite à la lecture d'un avis public qui défile à l'écran et nous avertit, sur un ton qui n'a rien d'humoristique, qu'on ne pourra plus désormais utiliser l'expression «comptables créatifs» pour désigner des tricheurs et des magouilleurs... mais seulement des CMA. Quelle drôle d'idée!
La comptabilité créatrice ou créative, au goût, est une expression largement utilisée depuis des années pour parler de certaines pratiques pour le moins contestables au chapitre de la transparence et de l'éthique. On se souviendra des scandales d'Enron et de Worldcom, deux grandes sociétés américaines dirigées par des comptables très, très créatifs et, plus près de chez nous, de Norbourg et de Nortel.
Traiter quelqu'un de comptable créatif n'a donc vraiment rien d'un compliment. Or, en demandant l'enregistrement de cette expression comme marque de commerce, les CMA entendent se l'approprier et en inverser le sens à leur avantage. Voilà une stratégie de marketing qui pose au moins deux problèmes majeurs.
Premièrement, l'Ordre pourrait se croire en droit de poursuivre quiconque utilise l'expression dans son sens courant en l'accusant de diffamation à l'endroit de ses membres. Si tel est le cas, il faudra sans hésiter se porter à la défense du droit des individus à utiliser une expression courante du vocabulaire financier mondial qui n'a surtout pas été inventée par les CMA du Québec.
Deuxièmement, sans même préjuger des intentions de l'Ordre des CMA à l'endroit de ceux qui oseront traiter de «comptables créatifs» des présidents d'entreprise habiles à falsifier les comptes, on nous permettra aussi de douter du jugement d'une organisation qui choisit de s'affubler elle-même d'une expression aussi largement associée à la tromperie. Ce n'est quand même pas parce
que les CMA seront propriétaires de l'expression «comptables créatifs MD» que le public cessera de traiter les voleurs de voleurs!
Il vaudrait donc mieux faire marche arrière. Sans quoi, on pourrait en venir un jour à confondre magouilleurs et CMA... ce qui n'est certainement pas l'objectif de l'Ordre.
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