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Les prix du brut? C'est la faute du Nymex!

Vue nocturne d’une raffinerie vénézuélienne. Le marché pétrolier mondial ne serait plus contrôlé par l’OPEP et les producteurs mais bien par les spéculateurs.
Photo : Agence Reuters
Vue nocturne d’une raffinerie vénézuélienne. Le marché pétrolier mondial ne serait plus contrôlé par l’OPEP et les producteurs mais bien par les spéculateurs.
«Où va le prix du pétrole? Il ira très probablement là où la spéculation va le conduire. Pour l'instant, il est difficile de faire des projections.» Voilà ce que disait le 15 avril dernier Antoine Ayoub, professeur émérite à l'Université Laval et expert de réputation mondiale dans le domaine de l'énergie pétrolière, dans un colloque à Saint-Hyacinthe. En bon professeur qu'il est, il a en moins d'une heure brossé un tableau de la situation actuelle avant d'en arriver à sa conclusion: «Le maître mot, c'est le Nymex.»

Et qu'est le Nymex? C'est le New York Mercantile Exchange Inc., la plus grande foire d'échange de commodités au monde et le premier forum pour l'énergie et les métaux précieux. En mars dernier, la Bourse de Chicago s'est engagée à payer 9,4 milliards pour acquérir Nymex, ce qui donne une idée de toute la frénésie que peut susciter ce parquet. Pour sa part, M. Ayoub le décrit de la façon suivante: «Le Nymex a été inventé en 1984 pour couvrir les risques des marchés pétroliers. Les gens qui y transigent ne connaissent rien au pétrole et causent des dommages. Ils investissent à la marge.» En fait, poursuit le professeur, le marché pétrolier mondial n'est plus contrôlé par l'OPEP et la nature des marchés spéculatifs a changé.

En 2007, le prix du pétrole brut a bondi de 48 %. «Il a continué d'augmenter à des sommets historiques. Ça peut continuer à monter ou dégringoler. Ça s'est déjà vu», rappelle-t-il. Si le prix atteint 110 $ ici (c'était en avril), il faut savoir que les coûts de production de ce pétrole sont de 5 $ le baril en Arabie saoudite, de 15,20 $ pour les producteurs en mer du Nord et de 25 à 30 $ dans l'Ouest canadien. «Un tel écart ne peut pas demeurer longtemps», affirme M. Ayoub.

Depuis cette conférence, l'écart n'a fait que continuer de s'accroître. Hier, les cours du pétrole ont terminé à presque 126 $ le baril à New York, mais à un certain moment de la journée, le prix s'est rendu jusqu'à 126,25 $. En clôturant à 125,96 $, il a quand même établi un nouveau record. À Londres, le prix du pétrole de la mer du Nord a fait un bond de 10 $ en une semaine. Selon un analyste de New York, il faut attribuer à l'intérêt spéculatif une tranche de 25 à 30 $ du prix. On invoquait hier en particulier les tensions géopolitiques dans plusieurs zones de production, notamment au Nigeria et en Iran. Les prix d'hier portent sur du pétrole qui sera livré en juin, ce qui laisse bien sûr de fortes probabilités de répercussions à la pompe avant bien longtemps.

Des incertitudes exacerbées

Selon M. Ayoub, qui suit l'évolution de l'industrie mondiale depuis des décennies, la structure de marché a changé et le marché spéculatif, le Nymex, a pour conséquence d'aggraver les incertitudes, qui sont suscitées tant du côté de l'offre que du côté de la demande. Du côté de l'offre, trois questions se posent. Le pic, c'est-à-dire le moment où la production annuelle dépasse les découvertes, c'est pour quand? Il y a 10 ans, il y avait des réserves pour 38 ans; en 2008, il y en a pour 42 ans. La situation semble donc s'améliorer. Mais le prix agit comme un signal de rareté, réelle ou supposée, précise celui qui a été le fondateur du Groupe de recherche en économie de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles.

Deuxième question: la capacité de production est-elle suffisante pour répondre aux fluctuations de la demande? Oui, répond l'expert. L'Arabie saoudite a en réserve une capacité de production additionnelle de deux millions de barils par jour. L'Irak en est pour sa part à deux millions par jour maintenant — il a déjà produit 4,5 millions de barils par jour.

Troisième question: la sécurité des approvisionnements est-elle menacée? «C'est le sujet le plus important et le plus grave», répond M. Ayoub. D'une part, 62 % des réserves se trouvent dans les pays du Moyen-Orient et, d'autre part, il y a concentration de la consommation ailleurs, surtout aux États-Unis avec 25 % des achats de pétrole, dont la moitié est importée en bonne partie des pays du Golfe, mais aussi d'autres pays dont le Canada, qui compte pour 17,7 % des importations américaines. Évidemment, cette situation est «un baril de poudre» qui alimente la spéculation. Il y a cependant un point positif dans cette région, qui a connu dans le passé des situations très graves: elle n'a jamais cessé les livraisons de pétrole.

Par ailleurs, du côté de la demande, il y a maintenant la Chine, dont la croissance a augmenté de 17 % entre 2005 et 2006. Ce fut une période exceptionnelle, mais la spéculation s'est quand même emparé de ce fait pour l'amplifier. Une croissance de 9 % en Chine signifie aussi des achats de pétrole en hausse de 5 %. Au total, la Chine accapare présentement 9 % de la consommation mondiale. Toutefois, si la Chine atteint un niveau de développement semblable à celui des pays occidentaux, elle aura besoin de quatre fois plus de pétrole que les Américains. Dans ce cas, «on frappe un mur et c'est une guerre pour les ressources. C'est le scénario le plus dramatique». En revanche, si la Chine augmente sa consommation plus lentement et que les États-Unis diminuent la leur, alors «la situation devient gérable».

En outre, il y a désormais un bilan énergétique différent de ce qu'il était dans le passé. Le pétrole, qui comptait en 1973 pour 70 % du bilan énergétique au Québec, ne représente plus que 40 % de l'énergie consommée, à égalité avec l'électricité. Les énergies alternatives se développent. Nous avons le gaz naturel, l'énergie nucléaire, les éoliennes. Que faudrait-il faire de plus au Québec? se demande le conférencier. Il est convaincu qu'il faut réviser la tarification vers le haut et miser sur les technologies. «Il faut un sentier novateur, mais je ne le trouve pas. Il y avait celui de la voiture électrique. Pourquoi ne pas axer nos efforts sur la recherche dans la voiture électrique?», lance-t-il en guise de solution à laquelle personne ne s'attendait dans la salle.

***

Quatre décennies d'ascension

Londres — Le baril de pétrole brut, qui a atteint 126 $US hier pour la première fois, valait moins de 2 $US en 1970.

Voici les dates-clés de quatre décennies d'ascension du prix du brut (en dollars de l'époque), au gré des tensions géopolitiques.

- 1970: le prix officiel du pétrole saoudien est fixé à 1,80 $US le baril selon les chiffres du ministère américain de l'Énergie (DoE).

- 1974: l'embargo de l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) pendant la guerre du Kippour provoque le premier choc pétrolier. Le prix du baril importé par les raffineries américaines dépasse les 10 $US.

- 1979: la révolution en Iran entraîne le deuxième choc pétrolier. Le baril dépasse les 20 $US.

- 1980: la guerre Iran-Irak pousse le prix du baril au-dessus des 30 $US. Il atteindra 39 $US début 1981.

- En 1983, les prix du pétrole light sweet crude commencent à être cotés sur le New York Mercantile Exchange (Nymex)

- Fin septembre-début octobre 1990: courte incursion au-dessus des 40 $US le baril, avant la Guerre du Golfe.

- Septembre 2001: le baril frôle les 30 $US la semaine du 11 avant de retomber. Il termine l'année sous la barre des 20 $US.

- Mai 2004: le seuil des 40 $US est à nouveau franchi.

- Septembre 2004: 50 $US. Le marché s'inquiète des approvisionnements en pétrole.

- Juin 2005: 60 $US.

- Fin août 2005: l'ouragan Katrina frappe la zone pétrolière du Golfe du Mexique. Le baril passe au-dessus de 70 $US.

- 12 septembre 2007: le baril de light sweet crude dépasse les 80 $US, le marché s'inquiète de la fonte des stocks pétroliers américains.

- 18 octobre: 90 $US.

- 31 octobre: les cours franchissent successivement les caps de 94 et 95 $US, après une forte baisse des stocks américains et une baisse des taux de la Réserve fédérale. Dans la foulée, il atteint 96 $US le 1er novembre, 97 $US le 6 novembre et 98 $US le 7 novembre.

- 21 novembre: le baril grimpe jusqu'à 99,29 $US avant de redescendre et de retomber sous les 90 $US fin novembre.

- 2 janvier 2008: le baril touche brièvement le seuil mythique des 100 $US sur le marché new-yorkais, sous l'effet des violences au Nigeria et dans la crainte d'une nouvelle baisse des stocks américains.

- Mars 2008: après une pause, le baril recommence à grimper au fur et à mesure que s'affaiblit le dollar, atteignant 111 $US le 13 mars. Il retombe ensuite sous les 100 $US en fin de mois.

- Avril 2008: dopé par la baisse des stocks américains, le statu quo de l'OPEP, la croissance chinoise et surtout la baisse du dollar, qui frôle les 1,60 pour un euro, le prix du brut repart en flèche, passant à 115 $US le 16 avril, puis s'arrêtant à 119 $US le 22 avril, à portée du seuil des 120 $US.

- Mai 2008: après un répit temporaire grâce à un rebond du dollar, les cours de l'or noir reprennent leur marche en avant. De nouvelles perturbations sur des sites de production au Nigeria ont finalement poussé le marché à faire tomber la barre des 120 $US le 5 mai, puis celles des 121 et 122 $US le 6 mai, les 123 le 7 mai, puis 124 $US le 8 mai, avant d'enfoncer coup sur coup les seuils de 125 et de 126 $US le 9 mai.






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  • Dominic Pageau
    Abonné
    samedi 10 mai 2008 03h58
    Vite montons le prix de l'électricité
    « Tiens, mes prédictions censurée dans l'édition du 6 mai 2008 se réalisent, on préconise des hausses du prix de l'énergie.

    Des investissement dans l'auto électrique?

    Foutaise, on a déjà une très efficace. De la recherche pour de meilleures batteries, peut-être, mais on a déjà des très bonnes aussi.

    Je suis prêt à gager que la "crise" du pétrole est fictive et que l'approvisionnement est détourné comme ce fut le cas lors de la pénurie des années 1970. Les "pétrolières" empochent à tous les niveaux : en vendant leur essence plus cher, en vendant plus de "sources alternatives" d'énergies et en recevant du financement pour de la recherche qu'ils vont délibérément retarder....

    RIDICULE.

    Mais bon, c'est vrai que la solution évidente, c'est la hausse des tarifs. »

  • Henri Robert Rollier
    Inscrit
    samedi 10 mai 2008 11h05
    Arrêtons de nous trouver des excuses
    « Accuser le Nymex, la situation de l'Irak ou autres pour expliquer la hausse du prix du pétrole, même si ces facteurs ont une influence, masque la vraie nature du problème: l'offre, tôt ou tard, n'arrivera plus à satisfaire la demande. Certains disent que le pic pétrolier est déjà passé, les autres s'accordent à dire qu'il le sera dans quelques années. D'autre part, les réserves de pétrole qui n'ont pas été exploitée sont difficiles d'accès ou d'un coût d'extraction élevé.
    Le pétrole coûtera donc de plus en plus cher ces prochaines années, à moins d'une crise économique mondiale massive, ce que personne ne souhaite.
    Arrêtons donc de faire croire aux gens que cette situation est provisoire et qu'il suffit d'attendre quelques mois avant que les cours ne redescendent et saisissons l'occasion d'investir dans les économies d'énergies et les énergies renouvelables. Ce qui n'était pas rentable avec un baril à 10$ l'est maintenant avec un pétrole 12 fois plus cher. Certains producteurs de pétrole eux-mêmes, comme l'émirat de Dubai, ne s'y sont pas trompés et développent d'ambitieux programmes dans ce sens-là. »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    samedi 10 mai 2008 11h57
    Tiens, voilà la démonstration de ce que j'affirme avec le commentaire de monsieur Rollier
    « On vuet nous faire avaler que c'est normal, voire bien que le prix du pétrole est si élevé. Pire, c'est de notre faute à nous, on consomme trop.

    Bullshit, ce discours, c'est pour la naif.

    Le plus drole, c'est la fin du discours.

    Investissons dans l'énergie verte.... Qui est vendue par les pétrolières et leurs nombreuses divisions, bien certainement. »

  • Yvan Giroux
    Abonné
    samedi 10 mai 2008 21h01
    Naiveté consommée
    « Il faut être bien naif pour ne voir dans l'augmentation du prix du pétrole que l'effet d'un déséquilibre entre l'offre et la demande. L'offre demeure largement suffisante pour répondre à la demande. Cette augmentation, elle s'explique plutôt en très grande partie par la spéculation, elle-même l'illustration d'un capitalisme qui a perdu les pédales. Au bout du compte, disons que l'État a abdiqué son rôle de protecteur du bien commun. Il faudrait qu'il assume à nouveau ce rôle en mettant au pas le capitalisme. »

  • Richard Desrochers
    Inscrit
    dimanche 11 mai 2008 07h14
    essence
    « Je suis supris que les péquisses ne disent pas encore que tout ceci est la faute du fédéral. Qu'à cela ne tienne, dans un Québec indépendant, l'essence devrait se vendre autour de .25 cents du litre. Rêve rêve quand tu nous tiens.......... »

  • Christian Foisy
    Abonné
    lundi 12 mai 2008 00h16
    Pour les amateurs de bulle
    « Pourquoi pas lire l'analyse d'un économiste qui ne se contente pas de répéter ce que bien du monde voudrait croire (c'est la faute des pétrolières, non c'est la faute Goldman Sachs et/ou machin là qui spécule, ou mieux c'est la faute des environmentalissses):

    http://www.nytimes.com/2008/05/12/opinion/12krugman.html?hp »

  • Achille Desmarais
    Abonné
    lundi 12 mai 2008 21h55
    Un détail important à ajouter
    « Monsieur Turcotte,
    Oui, vous avez raison d'écrire que le pétrole ne représente que 40% de l'énergie consommée au Québec. Par contre, il est aussi important d'ajouter que le pétrole représente 99% de l'énergie utilisée par la flotte de véhicules routiers du Québec, tant les camions que les voitures de promenade.
    Achille Desmarais »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 13 mai 2008 18h38
    Monsieur Foisy, votre texte oublie un paramètre, lors de la crise de 1970, on détournait l'essence vers des réservoirs à Rotterdam
    « On avait certes une offre diminué, mais qui a été encore plus diminué par un détournement du pétrole vers Rotterdam aux pays bas.

    Bref, la pénurie était artificielle et créer par les pétrolières du temps et le tout exacerbé par les spéculateurs »

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