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La crise du crédit fait flancher la croissance au Royaume-Uni

26 avril 2008  Actualités économiques
Les propriétés à vendre sont nombreuses à Leicester, dans le centre de la Granbe-Bretagne. Le pays assiste à un début de retournement du marché immobilier, dont les prix ont essuyé en mars leur plus fort repli depuis plus de 15 ans.
Photo : Agence Reuters
Les propriétés à vendre sont nombreuses à Leicester, dans le centre de la Granbe-Bretagne. Le pays assiste à un début de retournement du marché immobilier, dont les prix ont essuyé en mars leur plus fort repli depuis plus de 15 ans.
Londres — Touchée de plein fouet par la crise du crédit et l'essoufflement de l'immobilier, la croissance britannique est tombée au premier trimestre au plus bas niveau depuis trois ans, alimentant des craintes de récession à quelques jours d'élections locales cruciales pour Gordon Brown.

Le produit intérieur brut (PIB) n'a progressé que de 0,4 % sur les trois premiers mois de l'année, contre 0,6 % au trimestre précédent, ralentissant ainsi à son pire rythme depuis le premier trimestre 2005, a annoncé hier l'Office des statistiques nationales. Toujours pour la première fois en trois ans, la croissance est tombée en dessous de son potentiel, évalué par les économistes entre 0,6 et 0,7 %.

En glissement annuel, la croissance est tombée à 2,4 %, loin des 2,8 % enregistrés fin 2007. Et sur l'ensemble de l'année en cours, les choses devraient encore se gâter, et le rythme pourrait être inférieur de moitié à celui de l'an dernier, ressorti à 3 %, selon certains experts.

La faute en revient à la crise du crédit, qui pèse sur l'activité du secteur bancaire et financier, très puissant dans un Royaume-Uni où les services réalisent près des trois quarts du PIB, et à un début de retournement du marché immobilier, dont les prix ont essuyé en mars leur plus fort repli depuis plus de 15 ans.

Prévisions rabaissées

Dans ce contexte, le Chancelier (ministre des Finances) Alistair Darling a déjà été forcé le mois dernier de ramener sa prévision de croissance pour 2008 entre 1,75 et 2,25 %, contre 2 à 2,5 % auparavant. Mais cette fourchette semble encore trop optimiste aux yeux du Fonds monétaire international, qui table sur un maigre 1,4 %, et de la plupart des économistes de la City. Le fléchissement du premier trimestre a donné du grain à moudre à ces Cassandre, malgré l'annonce lundi par la Banque d'Angleterre d'un plan de choc pour soutenir les banques.

«Nous pensons que cela va marquer le début d'un ralentissement profond et prolongé, qui verra les déséquilibres qui se sont creusés ces dix dernières années éclater», au premier rang desquels «la surévaluation du marché immobilier et le surendettement des ménages», souligne Jonathan Loynes, chef économiste pour l'Europe de Capital Economics.

Il dit prévoir une croissance autour de 1,7 % cette année, et de 1 % seulement l'année prochaine, avec une chance sur trois que l'économie du Royaume traverse une récession (définie comme deux trimestres consécutifs de baisse du PIB) d'ici la fin de l'année prochaine. Une analyse partagée par Michael Hume, de la banque Lehman Brothers, qui dit tabler sur une croissance entre 0,2 et 0,3 % sur les trois prochains trimestres, et qui évalue à 35 % le risque d'une récession d'ici la fin 2009.

Ces perspectives économiques moroses, qui ne font que renforcer un climat de sinistrose déjà fortement répandu dans l'opinion depuis l'éclatement de la crise financière l'été dernier et la chute en septembre de la banque Northern Rock, sont de mauvais augure pour le gouvernement travailliste de Gordon Brown.

Selon un sondage paru jeudi dans le Daily Telegraph, la popularité des conservateurs au sein de l'électorat est au plus haut depuis 21 ans, à 44 % contre 26 % au Labour, qui s'est déchiré ces derniers jours autour d'une mesure fiscale décidée l'an dernier par M. Brown lorsqu'il était encore Chancelier.

Les élections locales prévues jeudi prochain risquent donc de se traduire par la perte de nombreuses collectivités au profit de l'opposition conservatrice, dont la très emblématique capitale Londres, dirigée depuis huit ans par Ken Livingstone.
 
 
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