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La crise économique américaine a des airs de déjà-vu

«Nous avons fait la fête comme en 1929, et maintenant nous sommes en 1930»

26 mars 2008  Actualités économiques
Pour de nombreux économistes, le parallèle le plus frappant avec la crise économique actuelle est à tracer avec la stagflation des années 1970, cocktail de croissance stagnante et de tensions inflationnistes.
Photo : Agence France-Presse
Pour de nombreux économistes, le parallèle le plus frappant avec la crise économique actuelle est à tracer avec la stagflation des années 1970, cocktail de croissance stagnante et de tensions inflationnistes.
Washington — La crise de l'économie américaine a des airs de déjà-vu pour de nombreux analystes, qui évoquent pêle-mêle la stagnation japonaise des années 1990, la stagflation des années 1970 voire la Grande Dépression des années 1930.

«Il y a des éléments de toutes ces crises, et c'est ce qui la rend si effrayante», estime l'économiste indépendant Joel Naroff.

Pour Peter Morici, économiste à l'Université du Maryland, la crise américaine actuelle ressemble surtout à la longue stagnation économique du Japon après la récession de 1989. Les banques traditionnelles ont créé des produits financiers de plus en plus complexes dans l'espoir de doper leurs profits, sans réussir à contenir les risques. «Il y a un problème structurel dans le système bancaire, comme au Japon alors, et il y a peu de chances que le problème soit résolu rapidement», affirme-t-il.

Pour d'autres, comme l'économiste de l'université de Princeton Paul Krugman, le danger est encore plus grand. Trop d'argent est sorti du système bancaire régulé pour se fondre dans un «réseau bancaire de l'ombre», fait de produits dérivés sur les prêts hypothécaires à risques, et où les autorités avaient quasiment disparu, affirme-t-il. «Nous avons fait la fête comme en 1929, et maintenant nous sommes en 1930», affirmait M. Krugman récemment sur son blogue. «La crise financière actuelle est en gros une version moderne de la vague de paniques bancaires qui avait balayé le pays il y a trois générations», ajoutait-il.

Dans ce contexte il faut espérer que le président de la Réserve fédérale (Fed) Ben Bernanke réussira à mettre un terme au cercle vicieux où crise de confiance et crise financière s'entretiennent mutuellement. «Sinon les années à venir seront très désagréables — sans doute pas la Grande Dépression, mais la pire crise de ces dernières décennies», assure M. Krugman. La semaine dernière, l'ancien président de la Fed Alan Greenspan avait lui-même affirmé que la crise financière américaine était sans doute «la plus grave depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale».

Mais pour de nombreux économistes, le parallèle le plus frappant est à tracer avec la stagflation des années 1970, cocktail de croissance stagnante et de tensions inflationnistes. «Même si on est encore loin de l'inflation à deux chiffres des années 1970, il y a des points communs», assure Liz Ann Sonders, économiste chez Charles Schwab. «Comme alors, la banque centrale a promis de garder l'inflation sous contrôle, mais elle a dû réorienter ses efforts vers la croissance», ajoute-t-elle.

Enfin, d'autres, comme Ed Kim de Merrill Lynch, voient un «parallèle frappant» avec la panique bancaire de 1907, une crise qui avait aidé à la création de la Réserve fédérale. Il y a un siècle, le banquier J. Pierpont Morgan avait négocié un accord pour sauver le système bancaire avec l'aide du Trésor américain. En 2008, c'est la banque JPMorgan Chase qui a mené le sauvetage de Bear Stearns avec l'aide de la Fed, empêchant ainsi une panique qui aurait pu être catastrophique. «La boucle est bouclée», assure M. Kim.

L'Histoire serait-elle vouée à se répéter? Les économistes soulignent toutefois certains traits uniques de la crise actuelle.

À la différence de la crise japonaise par exemple, les banques américaines sont obligées de déprécier rapidement leurs pertes, ce qui exclut que les mauvais prêts demeurent longtemps dans les livres de comptes, note Keith Hembre, chef économiste de First American Funds.

De plus, les autorités américaines ont rapidement pris la situation en main, avec un plan de relance de 168 milliards de dollars et un activisme tous azimuts du côté de la Fed, à l'inverse de ce qui s'était passé après la crise de 1929. «Je ne crois pas que l'environnement actuel ne corresponde à aucun autre épisode passé», assure M. Hembre.
 
 
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