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Bear Stearns - L'offre bonifiée place la Fed dans l'embarras

26 mars 2008  Actualités économiques
JPMorgan Chase a annoncé lundi qu’elle quintuplait l’offre d’achat pour la banque Bear Stearns.
Photo : Agence France-Presse
JPMorgan Chase a annoncé lundi qu’elle quintuplait l’offre d’achat pour la banque Bear Stearns.
Washington — La forte amélioration de l'offre de rachat de la banque d'affaires américaine Bear Stearns ravivait hier les critiques adressées à la Réserve fédérale pour son indulgence envers les errements des investisseurs.

La banque JPMorgan Chase a annoncé lundi qu'elle portait à 10 $US par action l'offre d'achat de sa consoeur Bear Stearns. C'est un quintuplement par rapport au prix initial de 2 $US proposé une semaine plus tôt. Mais les actionnaires avaient menacé d'opposer leur veto, rendant une révision de l'offre quasi inévitable.

Cela ne faisait pas l'affaire de la Fed, qui avait supervisé le premier accord en promettant d'apporter 30 milliards de garantie à la transaction. «Un prix d'action de 2 $US ne passait pas pour un sauvetage des actionnaires de Bear Stearns. À 10 $US par action, l'argumentation est plus difficile à vendre», notait le Wall Street Journal hier.

Si la Fed a réussi à négocier en contrepartie que JPMorgan endosse le premier milliard de dollars de pertes, elle n'en reste pas moins engagée à hauteur de 29 milliards. Et elle va créer une structure ad hoc pour gérer sur la durée les actifs à risque repris à Bear Stearns.

«La Fed et le Trésor ont raté une chance d'expliquer que la décision de la semaine dernière était une intervention extraordinaire en temps de crise. En maintenant son engagement — et celui des contribuables — la Fed risque de créer un précédent à long terme qui fera des dégâts considérables, même si elle ne perd pas un cent des 30 milliards de dollars», ajoute le WSJ.

Par son action, la banque centrale a prêté le flanc aux critiques affirmant qu'elle sera toujours prête à voler au secours des investisseurs inconscients, au lieu de les punir pour leurs mauvaises décisions, et qu'elle a ainsi accru l'«aléa moral».

«L'aléa moral revient en vedette», regrette le Financial Times. Et avec lui, le risque que les banques ne tirent aucune leçon de la crise actuelle.

Tous les analystes ne portent pas un jugement aussi sévère. «La Fed est totalement engagée dans cette crise financière et du crédit», note Scott Anderson de la banque Wells Fargo. «Sa bataille ne sera pas indolore [...] mais au moins la plupart d'entre nous en sortiront avec leur emploi, si ce n'est leur richesse, intact», ajoute-t-il.

Face à une crise d'une ampleur inédite, la Fed a en effet dû jeter tout son poids dans la balance pour éviter une implosion du système financier. Et même si ce n'était pas une décision optimale, sauver Bear Stearns était la moins mauvaise des solutions possibles, car elle empêchait ainsi un effet de dominos qui en aurait entraîné d'autres.

Le New York Times affirme pour sa part que la banque centrale s'est plus ou moins trouvée le dos au mur. Les actionnaires avaient le pouvoir de bloquer l'accord initial, et ils auraient été d'autant plus enclins à le faire quand ils ont découvert qu'après avoir piloté le rachat au rabais de leur banque, la Fed a ouvert sa fenêtre d'escompte aux banques d'investissement — c'est-à-dire que Bear Stearns aurait pu bénéficier de cet argent pas cher si elle avait «tenu» quelques heures de plus.

«En fait, la Fed aurait préféré un prix de 2 $US à cause du message sans ambiguïté que cela envoyait au marché, mais elle a accepté le nouvel accord par crainte notamment qu'un échec ne chamboule les marchés», assure le chroniqueur économique du quotidien, Andrew Ross Sorkin.

Il n'en reste pas moins que la Fed a joué un rôle crucial — et inédit — dans cette affaire, ajoute-t-il.

Certains voient là un signe inquiétant. «Si maintenant la banque centrale a pour rôle de piloter les accords, cela en dit long sur l'état du système financier», déplore David Rosenberg de Merrill Lynch.
 
 
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