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Pétrole - Nationalisme, concurrence et pétrole cher pèsent sur les réserves des majors

18 mars 2008  Actualités économiques
Paris — Plusieurs grandes compagnies pétrolières internationales ne sont pas parvenues en 2007 à renouveler leurs réserves, en raison notamment du nationalisme de certains États, des prix élevés du pétrole et de nouveaux concurrents asiatiques.

Le taux de renouvellement des réserves prouvées de Total a chuté en 2007 à 23 %, comme ceux des américains ExxonMobil (76 %), ConocoPhilips (29 %) et Chevron (entre 10 et 15 %), et celui de l'anglo-néerlandais Shell (17 %). Seul le britannique BP a annoncé un taux de 130 %.

Inférieurs à 100 %, ces taux signifient que les compagnies pétrolières n'ont pu acquérir ou développer autant de volumes de pétrole qu'elles en ont produit l'année précédente.

«Les réserves mondiales ne sont plus renouvelées depuis le milieu des années 1980. Mais le phénomène est nouveau pour les grandes compagnies internationales», souligne Yves Mathieu, de l'Institut français du pétrole.

Un des facteurs est le nationalisme de certains États riches en pétrole ou en gaz, comme le Venezuela et la Russie, très soucieux de garder la main mise sur leur sous-sol, explique M. Mathieu.

L'expropriation de l'américain ConocoPhillips au Venezuela en juin 2007 lui a fait perdre 1,09 milliard de barils de réserves, et fait chuter son taux renouvellement de 159 % à 29 %. Après la cession de parts dans le projet Sakhaline 2 en Russie, le taux de remplacement de Shell tombe de 109 % à 17 %.

La flambée des prix du pétrole a aussi pesé sur les réserves.

Plus le prix du brut augmente, plus le nombre de barils que la compagnie comptabilise en réserves ou en production dans son contrat de partage de production baisse, expliquent Total et Chevron.

Cet effet prix a représenté un manque-à-gagner de 24 % dans le taux de renouvellement de Total. Il a fait baisser les réserves de Chevron de 30 %.

Toutefois, avec un pétrole cher, «l'exploitation des gisements difficiles devient rentable», nuance Pierre Terzian, de l'hebdomadaire Petrostrategies.

Mais «les délais de mise en production d'une découverte s'allongent», différant d'autant l'enregistrement des réserves, ajoute M. Mathieu.

Ces retards sont liés au fait que les groupes pétroliers vont chercher l'or noir de plus en plus loin, dans des conditions techniques difficiles, qui génèrent des pénuries en matériel et en hommes.

«Des compagnies qui ont un permis d'exploration sous les pieds peuvent attendre deux ans pour un appareil de forage», selon M. Terzian.

Les projets sont aussi retardés par des pays qui cherchent à «obtenir une part du gâteau», comme le gouvernement kazakh qui va augmenter sa part dans l'exploitation du champ pétrolier de Kashagan.

Les majors sont également concurrencées par de nouvelles compagnies. «La concurrence chinoise en Afrique est très importante. Les Chinois cherchent des matières premières à l'échelle mondiale pour nourrir leur croissance», rappelle M. Mathieu.

La définition des réserves, homologuées par le gendarme boursier américain, la Securities and exchange commission, est en outre «très restrictive» et pourrait bientôt changer, souligne

M. Terzian.

Une major, qui a aussi des comptes à rendre à ses actionnaires, «n'a pas forcément intérêt à avoir trop d'argent immobilisé dans le sol», estime Jean-Marie Chevalier, de l'université Paris-Dauphine.

Selon un membre de l'Association pour l'étude des pics de production de pétrole et de gaz, «s'il y a des contraintes politiques, on entre en déclin» physique de réserves.

Si les majors ne renouvellent pas leurs réserves les années suivantes, elles ont, actuellement, environ 15 années de production annuelle devant elles, selon l'IFP.
 
 
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