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Montréal lancera son marché climatique le 30 mai

Québec — Le Marché climatique de Montréal, une coentreprise de la Bourse de Montréal et de la Chicago Climate Exchange, a annoncé hier qu'il entendait lancer la négociation de contrats à terme sur unités d'équivalent en dioxyde de carbone (CO2) le 30 mai, sous réserve de l'obtention des approbations réglementaires requises.

La publication par le gouvernement conservateur, lundi, de précisions sur les objectifs canadiens de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), a donné à la Bourse la «certitude» dont elle avait besoin pour fixer la date du début des activités.

Ce sera le premier contrat à terme lié aux émissions de gaz à effet de serre (GES) négocié au Canada, a souligné le président et chef de la direction de la Bourse de Montréal, Luc Bertrand, dans un communiqué.

Dans un premier temps, les entreprises ne pourront pas acheter et vendre des «crédits de pollution» par l'entremise du Marché climatique. Pour cela, il faudra d'abord qu'Ottawa établisse un système de surveillance électronique des crédits échangés. Dans son récent budget, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a prévu 66 millions de dollars sur deux ans pour y parvenir.

Le début de la négociation du contrat à terme sur le CO2, le 30 mai, jouera toutefois un rôle fondamental: il permettra, pour la première fois, de chiffrer la valeur d'une tonne de carbone au Canada en 2010, alors que les cibles fédérales entreront en vigueur.

Ce «signal de prix» indiquera aux entreprises s'il vaut la peine d'investir dans des technologies pour réduire leurs émissions ou s'il sera plus économique d'acheter des crédits, en 2010. Entre-temps, les entreprises pourront gérer leur risque à l'égard des GES en achetant des contrats à terme sur le CO2.

Certains investisseurs, qu'ils soient individuels ou institutionnels, auront aussi intérêt à acheter des contrats à terme afin de couvrir leur exposition à des actions d'entreprises polluantes. Ces joueurs financiers permettront d'accroître les liquidités sur le Marché climatique.

Prix variable

À l'heure actuelle, une tonne de carbone vaut environ 5 $US aux États-Unis, où il n'existe pas de cibles de réduction contraignantes, et 22 $US en Europe, où s'applique le protocole de Kyoto.

Dans le cadre de son Fonds d'investissement technologique, Ottawa a fixé à 15 $ le prix d'une tonne de carbone. Il faudra voir si le marché ira au-dessus ou en deçà de ce seuil. Dans le cadre d'une transaction récente, la Ville de Montréal a vendu des crédits à Gaz Métro au taux de 7 $ la tonne.

Le fait d'avoir des cibles absolues, comme en Europe, ou fondées sur l'intensité des émissions, comme au Canada, n'a pas nécessairement d'impact sur le prix du carbone, a estimé le vice-président de la Bourse de Montréal responsable du Marché climatique, Léon Bitton, au cours d'un entretien téléphonique. Le marché établit le prix en fonction de la perception que les cibles sont contraignantes ou non, une évaluation qui reste à faire au Canada.

«La demande de produits dérivés environnementaux ne cesse de croître à l'échelle mondiale, et le moment est venu de créer une masse critique de transactions au Canada», a affirmé le président du conseil d'administration et fondateur de la Chicago Climate Exchange, Richard Sandor.

Les produits offerts par le Marché climatique de Montréal permettront aux entreprises de «gérer leurs risques d'émissions au moindre coût possible» et de stimuler l'innovation technologique en matière de réduction des émissions de GES, a estimé M. Bitton.

Seulement la moitié des secteurs industriels sont visés par les objectifs de réduction fédéraux. L'arrivée d'un contrat à terme sur le CO2 pourrait néanmoins inciter des entreprises des autres secteurs à réduire leurs propres émissions avant que le prix de la tonne de carbone ne devienne prohibitif.

Au cours d'un entretien téléphonique, le ministre fédéral des Travaux publics, Michael Fortier, s'est réjoui de ce qu'il voit comme une «bonne nouvelle pour Montréal». Il a reconnu que d'autres bourses, comme la Winnipeg Commodity Exchange, pourraient concurrencer Montréal un jour, mais a dit avoir bon espoir que la métropole tirera bien son épingle du jeu.

Le lancement du Marché climatique de Montréal doit encore être approuvé par l'Autorité des marchés financiers.

La Banque mondiale a évalué à quelque 100 milliards $US la valeur du marché mondial du carbone. L'activité dans le secteur s'est élevée à 30 milliards $US en 2006 et a vraisemblablement doublé à 60 milliards $US en 2007.

Le titre de la Bourse de Montréal a clôturé vendredi à 33,19 $, en hausse de 1,8 %, à la Bourse de Toronto.
 
 
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