dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 11h52


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les travaux de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois - Quelle récolte pour un rapport ?

À l'instar de l'ensemble de la société québécoise, l'agriculture a beaucoup changé depuis un demi-siècle. Et le monde aussi. On achète maintenant des cornichons qui viennent d'Asie. Les frontières tombent et le temps presse pour s'adapter ou alors dépérir. Il y a urgence d'ajuster un système qui a été bon pour les producteurs depuis 35 ans et qui a aussi profité aux transformateurs agroalimentaires. Sans compter les citadins qui se sont installés à la campagne et l'enjeu aujourd'hui incontournable de la protection de l'environnement. La Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois a livré un rapport qui annonce des réformes substantielles.

La liste des rapports de commissions qui dorment sur les tablettes dans les officines gouvernementales est interminable. En sera-t-il de même avec le document présenté cette semaine par la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois? «Mon premier souhait est que les gens le lisent attentivement, en se demandant si nos propositions ont du sens ou pas», a confié Jean Pronovost, président de cette commission. Après coup, on pourra décider de donner suite ou non à la totalité ou à quelques-unes des 49 recommandations de ce rapport, résultat de 18 mois de travail et de 770 mémoires et témoignages.

Mardi, le jour même de la publication de ce rapport, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) émettait un communiqué intitulé «Une étape déterminante vers une première politique agricole et agroalimentaire québécoise». Et pourtant, dès le lendemain, le conseil des ministres décidait de faire fi d'une des recommandations significatives du rapport en nommant Christian Lacasse président du conseil de la Financière agricole, qui remplace ainsi Laurent Pellerin, celui-ci ayant occupé ce poste depuis la création de la Financière, en 2001.

La recommandation n° 48 se lit comme suit: «Que le gouvernement revoie sans délai la composition du conseil d'administration de la Financière agricole, conformément aux dispositions de la loi sur la gouvernance des sociétés d'État.» En avril 2006, le gouvernement déposait un énoncé de politique portant sur la gouvernance des sociétés d'État. Cette politique stipule qu'au moins les deux tiers des membres du conseil d'administration, dont le président, doivent se qualifier à titre d'administrateurs indépendants. Le conseil de la Financière agricole compte 11 membres dont cinq, y compris le président du conseil, sont choisis parmi des personnes désignées par l'Union des producteurs agricoles (UPA). En outre, le président-directeur général est également choisi en consultation avec l'UPA. La Financière ayant un portefeuille de prêts agricoles de 4,3 milliards de dollars, les administrateurs issus de l'UPA ne peuvent pas être considérés comme étant indépendants.

Où se situe Laurent Lessard, ministre de l'Agriculture, par rapport à cette question? «Le rapport vient d'être déposé et la loi sur la Financière agricole continue de s'appliquer, mais on y apportera des modifications tenant compte de la politique de la gouvernance.» En attendant, il fallait nommer un président du conseil. M. Lessard a toutefois mentionné qu'il y a des particularités pour la culture avec l'ADA et l'agriculture avec l'UPA, «deux monopoles» qui ont leurs propres règles, notamment au chapitre des conditions de travail et des organismes de réglementation (tribunal pour l'une, régie pour l'autre). Il faudra trouver une façon de concilier ces particularités avec le principe de la gouvernance, a prévenu le ministre.

Le statut unique de l'UPA

Quant au vote sur le choix d'une association, le ministre Lessard a affirmé que cela ne fait pas partie de ses priorités. Il faut d'abord décortiquer le rapport, qui comprend 250 recommandations en comptant les sous-alinéas. Il faudra ensuite peaufiner la vision, définir une politique, élaborer un plan d'action et ouvrir des chantiers en pensant aux consommateurs, à la relève, etc. Le ministre veut faire tout ça cette année. À ses yeux, les défis à relever maintenant sont ceux des produits qui arrivent de Chine et d'ailleurs, et il ne faut donc pas se diviser en ce moment.

Les premières réactions des partis d'opposition à l'Assemblée nationale montrent très peu d'intérêt pour une remise en question du statut unique de l'UPA. Dans un contexte de représentation minoritaire, on conçoit difficilement que le gouvernement s'engage seul sur ce terrain. Néanmoins, l'idée d'associations concurrentes à l'UPA qui germait déjà ici et là se trouve peut-être dans un terreau beaucoup plus fertile grâce à l'appui officiel de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (CAAAQ). Il s'agit donc d'une carte de plus dans le jeu d'un gouvernement qui voudrait éventuellement exercer des pressions sur l'UPA dans l'hypothèse où celle-ci traînerait la patte dans l'application des réformes à accomplir.

La CAAAQ, qui s'était inquiétée pendant des mois de voir l'attention des médias être essentiellement tournée vers d'autres commissions (Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables et Johnson sur le viaduc de la Concorde), a été ravie de la couverture médiatique à la parution de son rapport. M. Pronovost et les deux autres commissaires, Mario Dumais et Pascale Tremblay, ont terminé leur mandat mais ont tout de même tenu à discuter mercredi de leur rapport avec certains journalistes. M. Pronovost a exprimé une crainte que toute l'attention soit portée sur le statut de l'UPA dans le système agricole québécois. «On ne dit pas que l'UPA n'est pas une bonne organisation ni qu'elle fait mal son travail», a-t-il précisé d'entrée de jeu. Toutefois, en proposant que la loi soit modifiée pour permettre l'existence de plus d'une association professionnelle représentative, la commission, a-t-il expliqué, veut que les débats sur les enjeux agricoles et agroalimentaires ne se fassent pas seulement au sein des instances de l'UPA. Le choix des associations, qui serait fait tous les cinq ans par les producteurs afin de les représenter, faciliterait la participation aux débats pour les consommateurs et le public en général.

Comme il y aurait des critères précis à respecter pour devenir une association reconnue, c'est-à-dire pour avoir une certaine taille, un éventail significatif de productions et des sections régionales suffisamment représentatives, l'UPA serait la seule organisation à répondre à ces critères dans les conditions actuelles. M. Pronovost pense qu'il faudrait quelques années pour que d'autres associations puissent mettre sur pied une organisation et recruter un bassin suffisant de producteurs. À ceux qui disent que cela fragiliserait les agriculteurs, le président répond que partout ailleurs, il y a toujours une organisation dominante. Et il pose la question suivante: les travailleurs de la construction sont-ils fragilisés par l'existence de trois centrales, la FTQ, la CSN et la CSD? La commission s'inspire grandement du modèle ontarien, où trois associations d'agriculteurs sont reconnues.

Donnez-moi de l'oxygène

Si on voulait ajouter une trame musicale à ce rapport, il faudrait citer les paroles d'une chanson de Diane Dufresne: «Donnez-moi de l'oxygène». L'idée consistant à permettre aux producteurs de voter en faveur de leur association préférée a pour objectif d'ouvrir «le système qui a été bâti comme une forteresse qui protège moins qu'avant». Et si on ne fait rien, insistent les commissaires, «le système va graduellement étouffer l'agriculture». Le président ajoute ceci: «L'agriculture ne tire pas profit de son plein potentiel.»

Il faut insuffler de l'oxygène dans le système afin de faire de la place pour les jeunes, surtout pour la relève non agricole, c'est-à-dire les jeunes dont les parents n'ont pas de ferme à leur léguer. Il faut aussi de l'oxygène pour faciliter l'épanouissement de nouvelles formes d'agriculture. La mise en marché collective, explique le président, a été conçue pour une production standard et non pas pour des produits de niche, lesquels ont du mal à se faire une place dans le système. Cette rigidité s'étend à plusieurs aspects. «Comment se fait-il qu'il soit si difficile à une école d'équitation ou à une table champêtre de pouvoir s'installer en territoire agricole? Il faut lâcher du lest. Le statu quo n'est pas une option», s'exclame M. Pronovost.

Il rêve par exemple de voir sur les tablettes des magasins autant de variétés de sirop d'érable qu'il y en a pour l'huile l'olive. À cela, M. Dumais ajoute ceci: «On exporte le sirop d'érable en baril, comme le pétrole!» Il faut miser sur des produits à valeur ajoutée. Des transformateurs se plaignent qu'ils ont beaucoup de mal à convaincre certaines fédérations de producteurs d'adapter leurs produits à la demande des marchés. Par exemple, les Rôtisseries St-Hubert déplorent qu'il leur a fallu énormément de temps avant de pouvoir obtenir des poulets correspondant à leurs critères propres. Olymel fait la même critique à propos de son porc certifié «coop», qui est en demande sur les marchés internationaux et que ses usines québécoises lui fournissent depuis moins de deux ans. à raison de 1,2 million de porcs sur un total de près de six millions de bêtes. Mais le marché voudrait davantage de ce produit.

Ces exemples répondent à une demande importante de la CAAAQ: celle de partenariats dans le cadre des plans conjoints, qui portent essentiellement sur la production de masse. Il faudrait que le système soit plus souple pour permettre des ententes particulières entre un acheteur et un certain nombre de producteurs. Le prix de base négocié dans le plan conjoint serait toujours respecté et l'entente particulière accorderait un prix supérieur aux producteurs participants. Dans l'esprit des commissaires, la production de masse va demeurer dominante, mais il faut que le système facilite grandement l'entrée de petites productions, de petites fermes, qui bénéficieraient des mêmes avantages que les grosses productions, soit, à l'heure actuelle, le lait, le porc et la volaille.

Une proposition-choc de la CAAAQ consiste à rendre universelle l'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). Actuellement, celle-ci crée des iniquités entre les diverses productions et les régions et profite davantage aux grandes entreprises. En outre, note M. Pronovost, pour établir le montant des compensations versées en vertu l'ASRA, des critères précis existent: les coûts de production qui sont indexés et les niveaux de rendement qui ne le sont pas! Il y a donc une faille. La commission propose que l'ASRA tienne compte de la taille des fermes, du caractère nordique de la production québécoise et des contraintes sociales (salaire minimum, etc.), inexistantes dans plusieurs pays concurrents. Il faudrait aussi tenir compte de l'éloignement et, dans certains cas, offrir un appui ponctuel incitatif pour en arriver à de meilleures pratiques, pour se tourner vers la production biologique ou pour tout autre objectif valable.

Le mot de la fin: la CAAAQ est pour l'écoconditionnalité sans restrictions.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Paul Lafrance
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 06h42
    Je n'y connais pas grand chose, mais...
    « Expliquez moi donc pourquoi on paie les produits laitiers beaucoup plus cher au Québec qu'en Alberta (où je viens tout juste de séjourner?), et ce, malgré le fait que nous subventionnions les producteurs à même nos impôts. De plus, il semble qu'il y ait unanimité autour du fait que l'UPA possède trop de pouvoirs et pourtant, aucun gouvernement n'ose intervenir de peur de s'aliéner une partie de l'électorat. Pourquoi, lorsqu'une telle situation se produit, les trois principaux Partis politiques ne s'entendent pas pour prendre une position commune et en faire part à la population au cours d'une conférence de presse. De cette façon, aucun Parti ne serait pénalisé et seule la population sortirait gagnante.
    Paul Lafrance
    Québec »

  • Michel Lemay
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 08h07
    15 des 17 régions du Québec sous le joug de l'UPA
    « Les nombreux comités de citoyens qui se sont mobilisés depuis une quinzaine d'année pour sauvegarder l'intégrité des campagnes appuient sans réserve le rapport Pronovost et le démantèlement du monopole de l'UPA. Rappelons qu'ils se sont tous frappés dramatiquement au contrôle du territoire par l'UPA . Rappelons également que les autorités municipales ont été empêchées d'exercer leur mandat d'aménagement du territoire et de protection de l'eau.

    Le constat de la Commission sur l'avenir de l'agriculture est clair et net : le monde agricole est gravement malade. Il doit se libérer du carcan qui l'étouffe, modifier ses structures et ses façons de faire et surtout, innover. Le problème n'est pas l'agriculteur, il en est plutôt la victime. La cause est directement relié au manque de leadership du ministère de l'agriculture qui a cédé ses pouvoirs au monopole syndical. Quand une industrie s'effondre, c'est qu'elle ne répond plus aux besoins de ses clients, qu'elle est improductive ou qu'elle manque de vision.

    Les membres de la commission soulignent avec force ce manque de leadership et suggèrent de briser le monopole exercé par l'Union des producteurs agricoles qu'ils jugent profondément anti-démocratique. La liberté d'adhésion est un leurre car il faut être membre de l'UPA pour bénéficier du crédit de taxes municipales ou pour accéder aux principaux programmes de subventions, de crédit agricole, d'assurances ou de service-conseil. La majorité de ces programmes sont administrés par des organismes sous contrôle direct ou indirect de l'UPA. Par exemple, cinq des membre du CA de la Financière agricole proviennent de l'UPA. Comment réagirait l'industrie manufacturière si la FTQ administrait les programmes de prêts et de subventions aux entreprises ? Notons que la Financière cumule un déficit de 352 millions de dollars. Au lendemain de la publication du rapport, Christian Lacasse était nommé à la présidence par le gouvernement, autant dire ministre de l'agriculture.

    Les lobbyistes de l'UPA sont payés (per diem) par le cartel pour siéger sur tous les CA des organismes régionaux et nationaux du Québec (CLD, Comités consultatifs agricoles, Comités de bassin versant, Centres de recherche agricole, la liste est longue) alors que les citoyens ne peuvent compter que sur le bénévolat. Les principes de bonne gouvernance qui régissent l'équilibre des pouvoirs et des contre-pouvoirs en prennent pour leur rhume !

    Il n'est pas exagéré d'affirmer, à l'instar de l'Institut économique de Montréal que l'UPA est également un cartel économique qui s'oppose à plusieurs principes de la libre entreprise. Le système de quotas et de la mise en marché collective tel qu'appliqué est un frein direct à la libre entreprise, particulièrement pour les jeunes qui voudraient se lancer en agriculture. D'autant plus que les règles établies ne profitent généralement qu'à l'establishment agricole et laissent peu de place à l'innovation et aux productions de créneaux qui émergent généralement des marginaux. Il est impératif d'assouplir ces règles au bénéfice de la relève et des petits producteurs. Cette mainmise d'un syndicat unique sur tout un pan de l'économie s'apparente à celui des régimes totalitaires avec la bénédiction d'un gouvernement centralisateur qui agit envers les régions comme le fédéral envers les provinces.

    Monsieur Christian Lacasse, président du syndicat, affirme que la protection du territoire agricole est essentiel. Il a raison. Bien que ce territoire ne représente que 2 % de l'espace québécois, il représente plus de 85 % de l'espace habité du Québec. L'UPA a droit de veto sur toute demande collective de dézonage, par exemple une demande municipale. Une récente étude démontre également que la majorité des demandes individuelles de dézonage sont rejetées par l'UPA (qui doit être consultée, selon la loi) sans égard à la valeur agricole des terres en question ou aux besoins de développement économique. Face à un tel monopole, que reste-t-il du pouvoir des élus municipaux ?

    Le rapport de la commission fait consensus: l'Union des municipalités du Québec, l'Union des consommateurs, Solidarité Rurale, l'Union des citoyens du Québec, la Coop Fédérée, les industries de transformation et de distribution (viandes DuBreton et Rôtisseries St-Hubert entre autre), Équiterre, Greenpeace, l'Union paysanne, etc. appuient le rapport sans équivoque. Sauf le ministre Lessard qui confirme sa dépendance au monopole et se désiste devant ses responsabilités par opportunisme électoral. Pourquoi ne propose-t-il pas un parti unique à l'assemblée nationale ? Nos élus n'auraient plus à débattre et pourraient tous partager la même vision du néant et l'appliquer mur à mur à la grandeur du Québec...

    L'UPA gère directement ou indirectement plus de 830 millions de dollars des contribuables et seuls ses membres bénéficient des 95 millions de dollars de crédit de taxes foncières. Avec une telle contribution venant de sa poche, le contribuable a-t-il le droit de questionner ce monopole ? A-t-il le droit d'exiger des élevages sans hormones de croissance ou sans OGM ? La règle de base des affaires est de répondre au besoin du client. Comment expliquer l'impatience des Rôtisseries St-Hubert qui attendent toujours du poulet sans antibiotique après cinq ans de demandes répétées ? Comment expliquer que certains transformateurs soient freinés dans leur développement par manque de produits bio (particulièrement le porc) dont la demande excède l'offre ? Aucun slogan ou étiquette ne pourra supplanter ces règles essentielles: répondre au besoin du client et innover. C'est le prix à payer pour être sur les tablettes et y rester.

    Le ministre Lessard souffre de "transférite", une maladie incontrôlable qui le pousse à vouloir transférer toutes ses responsabilités à une tierce personne. Malheureusement, il a choisi monsieur Lacasse, un des artisans de l'équipe du désastre. Vive le ministre ! En attendant, le contribuable remplit les coffres de la Financière agricole pour éponger les déficits.

    Michel Lemay, Kamouraska »

  • Antoine Brochu
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 13h12
    La stabilité des revenus agricoles : pas seulement une question de subventions
    « Je suis réjoui par le contenu du rapport de la commission. Immédiatement suite à son dépôt, des voix moins conservatrices quoique très crédibles se sont faites entendre, rendant envisageable le virage agricole tant attendu. Désormais, l'agriculture raisonnée n'est plus prônée en public par les seuls groupes écologistes, chevelus nu-pieds et autres granos. On sent maintenant qu'il s'agit du discours admis par le plus grand nombre, porté par l'analyse, l'objectivité et la raison.

    On a beaucoup parlé de la suggestion faite au rapport de rendre le programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles universel, que j'applaudis; le support financier accordé suite à une année moins faste ou à une catastrophe naturelle est nécessaire pour chacun. Cependant, on a trop peu souligné le fait qu'en premier lieu, il est de la RESPONSABILITÉ de l'agriculteur, de par ses méthodes, d'assurer la stabilité de ses revenus d'année en année. Pour illustrer ce fait, je citerai deux exemples, entre plusieurs autres, relevant de notions élémentaires de saines pratiques agricoles, soient la création de biodiversité et le choix des hybrides de maïs.

    L'importance de la biodiversité dans la stabilité des revenus agricoles est généralement admise et ne nécessite que peu d'explications. En effet, si on cultive plusieurs espèces différentes, on sera moins vulnérable financièrement advenant l'infestation d'un insecte ravageur spécifique à une culture, par exemple. Tôt ou tard, le couperet tombera nettement plus sèchement sur celui qui place chaque année ses oeufs dans le même panier. Cette notion de biodiversité s'intégrera aisément dans un paysage agricole pluraliste comptant davantage d'entreprises de taille réduite, moins axé sur la monoculture.

    Parlons un peu du maïs, cette culture étant très répandue chez nous. Chaque année, les agriculteurs se voient offrir de nombreux hybrides (variétés, si on veut) différents. À chacun de ceux-ci est attribué un nombre d'unités thermiques maïs -UTM- spécifique. Il s'agit en quelque sorte ici de la quantité de chaleur devant être accumulée durant la vie du plant avant que l'épi ne soit mûr pour la récolte. À ce chapitre, les hybrides sont en règle générale classés en deux catégories : les « chevaux » de course et ceux dits de trait. Ces derniers, aux UTM modérés, donneront des rendements moyens d'une manière stable, d'année en année. Les hybrides de course, aux UTM élevés et parfois irréalistes pour certaines régions, donneront des rendements élevés les années chaudes, mais nuls ou presque suite à une saison moins favorable. On imagine bien la position de gambler dans laquelle se retrouve le cultivateur au moment d'acheter ses semences : UTM élevé et à risque ou UTM bas mais avec rendement assuré? Il est de la RESPONSABILITÉ de l'agriculteur de choisir des hybrides qui sauront lui assurer des revenus qu'il juge suffisamment stables au fil des années et l'état ne doit pas cautionner les mauvaises pratiques agricoles de ceux qui auront été trop audacieux dans leurs choix en remboursant des cultures n'étant pas parvenues à terme.

    L'agriculture ne doit en aucun cas négliger un fait qui lui est intrinsèque depuis la nuit des temps : elle est sujette aux caprices de la nature et à ses frasques. En regardant l'avenir à moyen ou long terme, on sait déjà que surviendront parfois sécheresses, infestations de ravageurs et saisons moins favorables. C'est là une des réalités de l'agriculture et l'agriculteur responsable, professionnel et bien informé sait en tenir compte et entretenir son autonomie à face à l'état. Je suggère donc que d'une manière ou d'une autre, la responsabilisation des agriculteurs quant la stabilité de leurs revenus au fil des ans soit prise en compte dans le fonctionnement d'un éventuel système d'assurance stabilisation des revenus agricoles révisé. »

  • Philippe Champagne
    Inscrit
    lundi 25 février 2008 02h25
    Le rapport Pronovost
    « Le jour de ma fête, avec la collaboration de Robert Dutrisac, Claude Turcotte a publié les grandes idées dans notre journal, ressorties du rapport Pronovost.

    Le même midi, Pierre Maisonneuve recevait Jean Pronovost à qui je n'ai jamais eu accès, à qui je voulais demander si durant son examen il avait eu une pensée pour nos coopératives agricoles, qu'il s'agisse d'Agropur ou de toute autre de moyenne ou petite envergure.

    Mais il semble que Radio Canada fait de la discrimination entre les différents intervenants qui se présentent hors les ondes, au téléphone, pour participer avec les invités à la tribune du jour. Je les dénonce d'ailleurs sur mon site http://tribunes.forumslog.com

    Faudra-t-il élargir le mandat de l'ombudsman à la société d'état pour empêcher celle-ci de n'entendre que ceux et celles qu'elle veut bien entendre, en snobinarde, sur ses tribunes de 15 minutes ouvertes ou fermées à leurs auditeurs?

    Une mesure du rapport est la recommandation de maraudage syndical dans les jardins réservés traditionnellement à l'U nion des P roducteurs A gricoles, qui jusqu'à maintenant a fait la pluie et le beau temps dans nos champs québécois, à tous les 5 ans. Après 40 ans, il faudrait mettre un holà à ces nouveaux "bums" corporatifs.

    Ne sont-ce pas à eux qu'on doit chaque année fin janvier, début février, la hausse des produits laitiers ?
    et il n'y a pas si longtemps, la farine de base avait doublé dans les boulangeries artisanes.

    Ajoutez le prix du litre d'essence à 1,25 $... et voyez les prix augmenter dans les grandes surfaces alimentaires prochainement.

    «La commission propose que la Régie des marchés agricoles, qu'on a souvent accusée de pencher du côté des producteurs, ait deux représentants choisis à partir d'une liste présentée par les producteurs, deux autres suggérés par les transformateurs et les distributeurs, deux autres reconnus pour leur compétence professionnelle mais n'exerçant pas de fonction au sein d'une organisation du secteur et deux régisseurs, dont le président-directeur général choisi par le gouvernement.

    Quant à la Financière agricole, qui a eu jusqu'à maintenant comme président du conseil le président de l'UPA, il lui faudrait désormais des administrateurs indépendants, conformément à la règle qui s'applique à toutes les sociétés d'État.»

    Je suis fort déçu. Le lendemain de la parution du rapport, le journaliste disait déjà que le gouvernement avait mis de côté cette recommandation, y nommant Christian Lacasse en remplacement de Laurent Pellerin. Plus ça change, plus c'est pareil.

    Le rapport recommande que le gouvernement continue de leur verser les mêmes sommes annuelles qu'au cours des cinq dernières années, soit environ un milliard.

    Selon les commissaires, une formation collégiale serait un pré requis pour les producteurs agricoles.

    «La commission veut nettement hausser le niveau de compétence des producteurs en suggérant à la Financière agricole, après une période de transition de cinq ans, de donner accès à ses programmes d'aide financière aux producteurs qui auraient un diplôme d'études collégiales spécialisées en agriculture. Ce serait le niveau minimal de formation pour obtenir cette aide financière.»

    Du beau travail en somme, terni seulement par des media comme la SRC qui n'ouvre pas la porte à toutes les interventions. J'y ai même entendu un habitué, Yves Rioux d'Amour, leur parler en accusant les nationalistes québécois d'avoir nui à l'agriculture. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond à la société d'état. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Chronique
Idées
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009