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L'argent ne vaut plus rien

Au-delà de l'actuel brasse-camarade des subprimes, il faut voir une grande réalité: la planche à billets tourne et tourne depuis fort longtemps. Le seul fait nouveau: elle tourne à un rythme démentiel depuis août dernier, soit au moment de l'éclatement de la bulle des prêts hypothécaires à haut risque et de leurs papiers commerciaux et produits dérivés sous-jacents.

Depuis, les banques centrales n'ont pas cessé d'injecter des tonnes de liquidités dans le système bancaire. D'abord, à coup de quelques dizaines de milliards de dollars, puis à coup de centaines de milliards de dollars en décembre pour aider les grandes institutions de ce monde à fermer leurs livres et à combler leurs besoins d'argent. La Réserve fédérale, la banque centrale américaine, a même innové en invitant les banques à un encan mettant à leur disposition toutes les liquidités voulues pour le temps qu'il faudra aux meilleures conditions possibles (c'est-à-dire à des taux d'intérêt bien inférieurs à ceux exigés pour les prêts interbancaires).

Rappelez-vous. Après les malheureux événements du 11 septembre 2001, les États-Unis ont amorcé une véritable fuite vers l'avant. Pour éviter la récession à tout crin, les autorités monétaires ont poussé les taux d'intérêt à des planchers jamais vu depuis quarante ans. Pour ce faire, ils ont accéléré sensiblement la croissance de la masse monétaire. L'industrie de l'automobile y est allée des prêts sans intérêt. L'effet fut tel qu'elle a atteint un rythme de production annuelle record deux mois à peine après l'effondrement des deux tours du World Trade Center.

On n'a pas hésité à recycler les pétrodollars du Moyen-Orient en commandes d'avions pour Boeing. Là encore, à coup de dizaines de milliards de dollars. Au même moment, le gouvernement américain dépensait hors budget pas moins de 150 milliards de dollars par année pour financer ses guerres, celles de l'Irak et de l'Afghanistan.

Une véritable mer de liquidités s'est ainsi abattue sur le système bancaire et l'économie. Cette mer de liquidités a poussé les mises en chantiers dans la stratosphère pendant plus de quatre ans. Cette effervescence s'est traduite par une enflure des prix des immeubles qui a abouti à une véritable bulle immobilière et, aujourd'hui, à son éclatement.

Du génie à revendre

Cette mer de liquidités a aussi fouetté le génie de nos grands financiers, ceux-là mêmes qui gèrent vos caisses de retraite et fonds communs d'investissement. De leur perchoir, ils innovent. Ils ont créé les prêts hypothécaires à haut risque. Contre eux, ils ont émis différents niveaux d'obligations dites «collératilisées» (excusez! Je dois ici inventer le mot) pour les assortir de Default Swap (pas traduisible!) eux-mêmes, je crois — ouf! — émis par des firmes d'assurance contre les risques de défauts sur obligations qui, probablement, gèrent leur propre risque sur le marché en prenant position dans des contrats à terme. Des firmes d'assurance sans le sou, du moins si l'on se fie aux radiations de 2,7 milliards de dollars que doit prendre la banque CIBC à cause de l'insuffisance des réserves de la firme d'assurance ACA. Du génie, ils en ont nos grands financiers. Du génie pour multiplier les niveaux de services et produits et, avec eux, les sources de généreuses commissions prises à même votre épargne, un réservoir sans fin de richesse (je l'espère pour vous, épargnants).

Voilà maintenant que ces centaines de milliards de dollars sortis de la planche à billets se consument sous forme de radiations de dizaines de milliards de dollars prises par les grandes banques américaines et européennes sur leurs prêts octroyés à qui mieux mieux. Elles ont ainsi radié pas loin de 70 milliards $US au troisième trimestre et encore autant au quatrième trimestre.

Autant de milliards de dollars évaporés projettent une vision quelque peu apocalyptique de la situation économique des pays occidentaux. Mais n'ayez crainte. La planche à billets tourne et tourne. Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, a d'ailleurs pu constater que l'outil monétaire risquait de s'enrayer à cause des lourdes pertes subies par les banques. Ces dernières, préoccupées à panser leurs plaies, ne sont certainement pas d'humeur à accroître leur portefeuille de prêts. Aussi, même en injectant des tonnes de liquidités dans le système bancaire, risque il y a que l'argent ne se rende pas dans les mains des consommateurs sous forme de prêts accrus.

Aussi M. Bernanke a-t-il fait appel la semaine dernière à George W. Bush pour qu'il appuie à fond sur l'accélérateur fiscal. Ce dernier aurait bien pu larguer par avion des dizaines de milliards de dollars au-dessus des grandes villes américaines. Mais, décence oblige et afin d'éviter une tuerie entre des citoyens voulant s'arracher les billets venant du ciel, George W. Bush entend débloquer rapidement une enveloppe budgétaire de 145 milliards de dollars US pour être distribuée par un retour direct d'impôt de l'ordre de 800 $US par habitant et peut-être d'autant pour ceux qui ne gagnent pas suffisamment pour payer des impôts.

La machine est donc en marche pour sortir l'économie américaine du bourbier. Mais, sachez que cette orgie de liquidités injectées dans le système survient alors que le taux d'inflation s'est élevé à 4,1 % en 2007 aux États-Unis. Conclusion: l'argent ne vaut plus grand-chose. L'or continuera de bouffer les dollars américains et toutes les devises de ce monde.

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.caÍ
 
 
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  • l poisson
    Inscrit
    mardi 22 janvier 2008 02h05
    "Les bonus indécents des banquiers"
    ( article paru dans le quotidien Le Monde )

    Les bonus indécents des banquiers


    "C'est une chose pour les banquiers de se verser à eux-mêmes des bonus massifs quand ils réalisent de fantastiques profits pour leurs actionnaires. Continuer à le faire à l'issue d'une année où le système financier a connu une véritable crise cardiaque, et où Wall Street a dû être sauvée en urgence par une baisse des taux de la banque centrale, en est une autre, qui a quelque chose d'obscène.

    Le fait que les cinq plus grands établissements de Wall Street aient payé leurs employés 66 milliards de dollars en 2007 - 9 % de plus qu'en 2006 - est particulièrement dérangeant.

    La légitimité des gains dans le système capitaliste vient de l'idée que ceux qui travaillent dur et prennent des risques bien calculés gagnent beaucoup d'argent, et que ceux qui sont fainéants et prennent des risques absurdes en payent le prix. Ce système de la carotte et du bâton est supposé créer une économie efficace. Mais ce dont nous sommes témoins aujourd'hui à New York et à Londres est un système de la carotte et de la carotte. Les banquiers gagnent beaucoup d'argent quand ils font bien et beaucoup d'argent quand ils font mal.

    Ce système de rémunération des financiers a deux conséquences très graves. Premièrement, il attire de plus en plus de gens talentueux dans la finance. Comment des professions nobles et indispensables comme l'enseignement, la médecine ou, simplement, le management dans les entreprises classiques peuvent-elles lutter ? Accaparer le potentiel de talent par une seule activité n'est pas la base d'une société et d'une économie prospères.

    Deuxième conséquence dangereuse de cette situation : le système de carotte et de carotte encourage Wall Street à prendre des risques toujours plus importants. Après tout, plus le pari est important, plus la carotte obtenue est importante, si les choses se passent bien. Et si cela se passe mal, vraiment mal, les banques centrales se porteront au secours des établissements et du système.

    Le marxisme est une philosophie qui a fait faillite. Mais sa critique du capitalisme - les profits sont privatisés et les risques socialisés - a toujours contenu une part de vérité. Les derniers bonus extravagants à Wall Street en sont la démonstration. Si cela provoque des réactions brutales du reste de la société, les financiers ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes."

    Hugo Dixon
    Article paru dans l'édition du 22.01.08

  • Philippe Rolin
    Inscrit
    mardi 22 janvier 2008 05h33
    L'or et ...
    L'or et l'argent, et le platine, le palladium, et aussi le cuivre dont les asiatiques ont tant besoin, et les céréales, et le ciment, les médicaments etc...
    Donc le systeme continuera de fonctionner, tant bien que mal.
    Aujourd'hui et demain je consommerai, peut-être un peu moins, mais suffisamment pour que vivent avec de la monnaie dévaluée les hommes de l'an 2008. Cela dit sans évoquer les progrès technologiques, et le travail à coût réduit des asiatiques.

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 22 janvier 2008 08h05
    Enfin!
    Normal et plus que normal. Enfin, une bonne nouvelle de dire que l'argent n'a plus de valeur. On va sauver la planète si on chage une fois pour toute de paradigme. C'est une très bonne bonne nouvelle.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 22 janvier 2008 11h44
    Consommons!
    C'est le nouveau sonnet des lutins de la consommation: consommons jusqu'à dilapider les ressources de la planète, après ça restera au plus fort la ressource.

    Claude L'Heureux, Québec

  • Sylvain Racine
    Abonné
    mardi 22 janvier 2008 14h28
    Et l'Iran s'apprête à ouvrir sa bouse en eurodollars... ça va "krasher"
    Attendez de voir lorsque l'Iran va ouvrir sa bourse du pétrole comme prévu au début du mois de février. Le pétrole se transigera en pétroeuros au lieu des pétrodollars. Il est à parier que Total ou encore Statoil préfèreront aussi transiger leur pétrole en euros. Chose certaine, New York sera délaissé. À ce moment, ce sera 100% vrai que l'argent US (et canadien) ne vaudra plus rien.
    Ça va être la nausée pendant une décennie. Et le cycle va reprendre. On va encore dire qu'il ne faut plus jamais laisser les banques jouer dans la cours des actions et des bonds, ce qui était aussi dans les conclusion de la commission américaine post 1929.

  • Richard Larouche
    Inscrit
    mardi 22 janvier 2008 21h38
    L'humanité : esclave du système absurde qu'elle a créé
    Dans le monde actuel, ce sont les grandes banques qui contrôllent la quantité d'argent en circulation de même que sa valeur, en vertu de la loi de l'offre et de la demande. Sur les marchés boursiers, une foule d'individus ne font rien de bon, ils ne font que spéculer et pelleter des nuages et nous expliquer des phénomène économique avec n'importe quoi. Pendant ce temps là, les gouvernements agissent comme des girouettes et cherchent des solutions à court terme qui ne font que reléguer temporairement les problèmes aux oubliettes au lieu de réfléchir aux causes profondes desdits problèmes.

    Autopsie d'un système désuet et misérable!

    Au départ, l'argent représentati un outil pour faciliter les échanges. C'est effectivement plus pratique de payer nos biens avec des pièces de monnaies plutôt que de devoir trainer une poche de 50 kilos de farine avec nous.

    L'argent n'est pas mauvais en soi, mais quand il est géré de façon aussi stupide qu'à l'heure actuelle et quand l'argent nous créé de toutes pièces des périodes de paranoïa collective comme c'est le cas présentement, il y a un sérieux problème. C'est l'humain qui est devenu esclave de l'argent (et du temps, mais comme la plupart vivent selon le dicton "du temps c'est de l'argent"...).

    Ce n'est pas en partant en guerre (contre l'Iran?) qu'on pourra régler les problèmes... n'en déplaisse aux républicains.

    Cela dit, la décroissance économique serait souhaitable pour la planète autant que pour les êtres humains qui, en consommant moins de cochonneries inutiles pourraient avoir davantage de temps à consacrer aux choses qui comptent vraiment dans la vie. Au lieu de générer de la paranoïa, la situation actuelle devrait nous exhorter à penser de façon créative et à se libérer collectivement des chaînes d'un système ultra-capitaliste qui nous mêne tout droit vers le précipice.

    Cessons de perdre notre vie à la gagner!

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