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Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour Quebecor World

Échec de la vente des activités européennes

Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Quebecor.
Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Quebecor.
Une nouvelle tuile est tombée sur la tête de Quebecor World hier, avec le rejet, par les actionnaires de la compagnie néerlandaise RSDB, d'un projet de vente des activités européennes de la filiale de Quebecor.

La nouvelle a encore une fois fait plonger en Bourse le titre de la filiale spécialisée en imprimerie et aux prises avec de graves problèmes de liquidités. L'action a perdu d'un coup 47 % de sa valeur, tombant à 1,18 $ avant de remonter et de clôturer à 1,90 $ (-15,9 %). On est loin du sommet de cette année de 17,25 $ atteint en février, et encore plus loin des 40 $ que valait l'action dans ses beaux jours, il y a cinq ans.

Des analystes n'ont pas hésité hier à brandir le spectre de la banqueroute. «Il y a une possibilité de plus en plus probable que Quebecor World ait à déclarer faillite», a commenté dans une note Adam Shine, analyste à la Financière Banque Nationale.

L'entreprise n'a pas voulu commenter cette hypothèse, ni donner plus de détails sur ses prochaines démarches. L'agence de notation DBRS a fait passer sa cote de crédit de B à CCC avec perspective négative.

Les raisons du refus par les actionnaires de RSDB, lors d'un vote en assemblée extraordinaire d'un projet de transaction pourtant approuvé par la direction de l'entreprise néerlandaise, n'ont pas été dévoilées. «Nonobstant le résultat du vote par les actionnaires de RSDB, Quebecor World continue de croire que l'ensemble des conditions de l'entente représentait une transaction équitable pour toutes les parties concernées», a déclaré dans un communiqué l'imprimeur québécois.

«Il peut y avoir toutes sortes de raisons, a commenté en entrevue Michel Tessier, analyste à Valeurs Mobilières Banque Laurentienne. Ce qui peut paraître bon à une direction ne l'est pas toujours pour les actionnaires. Chose certaine, le secteur traverse d'importantes difficultés ces temps-ci et les perspectives de rentabilité de Quebecor World n'ont pas cessé de se dégrader ces dernières années.»

Lourd fardeau

La nouvelle arrive à un très mauvais moment pour la filiale de Quebecor World, qui traîne un lourd fardeau d'endettement et devra bientôt faire face à une nouvelle obligation financière importante, laquelle prendra la forme d'un rachat d'actions privilégiées au début du mois de mars. Elle s'ajoute à l'annonce le mois dernier, puis à l'annulation une semaine plus tard d'un plan de refinancement de quelque 750 millions, qui s'est heurté à des marchés financiers déjà méfiants à l'égard des entreprises qui connaissent des difficultés et devenus complètement fermés depuis l'éclatement de la crise du crédit.

Quebecor World a fait savoir hier qu'elle continuait «activement d'explorer et d'évaluer des possibilités de financement et autres alternatives afin de renforcer davantage [son] bilan et son fonds de roulement».

Sa société mère se gardera probablement d'augmenter son propre niveau d'endettement pour voler au secours de sa filiale en difficulté, a estimé Michel Tessier. Elle pourrait en revanche, selon lui, chercher un moyen de mettre à profit l'important parc immobilier de Quebecor World. Elle est probablement en quête aussi d'une entreprise ou d'une firme privée d'investissement prête à acheter la filiale au complet. «Malheureusement, le contexte n'est pas très favorable», a noté l'analyste.

Annoncé au début du mois dernier, le projet de vente pour 341 millions $US des activités européennes de Quebecor World devait lui permettre de réduire de 100 millions sa dette à long terme et de détenir 30 % du capital-action de la nouvelle entité européenne. La transaction portait sur 18 imprimeries employant 4000 travailleurs, situées en Autriche, en Belgique, en Espagne, en Finlande, en France, au Royaume-Uni et en Suède. Ces activités européennes de Quebecor World comptent pour environ 15 % à 20 % du chiffre d'affaires de la filiale, comparativement à plus de 75 % en Amérique du Nord et à 5 % en Amérique latine. Elles ont néanmoins une signification particulière pour le président et chef de la direction de sa société mère, Pierre Karl Péladeau, qui en a dirigé les destinées et l'expansion de 1994 à 1997.

La déconvenue de Quebecor World hier n'a pas manqué de se répercuter sur sa société mère, qui en détient 35 % des parts et 84 % des droits de vote. Le titre de Quebecor inc. a clôturé hier à 36,99 $, soit un recul de 83 ¢.

***

Avec Reuters et la Presse canadienne
 
 
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