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Procès Lacroix: entre détresse et réalisme

Vincent Lacroix hier au Palais de justice de Montréal.
Photo : Jacques Nadeau
Vincent Lacroix hier au Palais de justice de Montréal.
Après des mois de comptabilité acrobatique, d'allégations vaseuses et d'accusations sans détour, le procès de Vincent Lacroix a quitté sa bulle juridique hier pour plonger dans la réalité violemment démoralisante que vivent les victimes du scandale Norbourg les plus durement frappées.

Au terme de la séance, pendant laquelle M. Lacroix est resté de marbre alors que les victimes vacillaient entre pleurs, soupirs et tremblements, le juge Claude Leblond a mis en relief une autre réalité: le public entretient peut-être des espoirs trop grands en ce qui concerne la sentence.

«La population a parfois de la difficulté à comprendre qu'un juge exerce, non pas une discrétion personnelle, mais judiciaire», a lancé le juge Leblond en sachant très bien que la remarque serait notée, pas seulement par les avocats de l'Autorité des marchés financiers (AMF), mais aussi par les journalistes présents.

Ce commentaire du juge Leblond est survenu après que l'AMF eut déposé une étude pour tenter de faire valoir sa demande d'une peine sévère à l'endroit de M. Lacroix. Reconnu coupable mardi de 51 chefs d'accusation pénaux pour avoir violé la Loi sur les valeurs mobilières du Québec, ce dernier risque une peine de prison de cinq ans moins un jour et des amendes pouvant atteindre cinq millions de dollars pour chaque chef.

L'étude, réalisée pour le compte des Autorités canadiennes en valeurs mobilières, comporte notamment un sondage selon lequel sept personnes sur dix croient que les fraudeurs «s'en tirent en général» et que ceux qui se font prendre «se font habituellement imposer tout au plus une peine légère». Il n'en fallait pas plus pour que le juge interrompe l'avocat de l'AMF.

«Les sentences ne sont pas imposées en fonction de la clameur publique», a-t-il lancé à un des avocats de l'AMF, Me Éric Downs. Elles le sont en vertu des «règles de droit», a-t-il ajouté.

Le juge a réservé trois jours pour les représentations sur sentence, lesquelles ont débuté hier matin et devraient se terminer demain. Il n'a pas été question du moment précis où serait annoncée la sentence.

Histoire atroces

De 9h30 à 12h15, l'AMF a fait défiler devant le juge Leblond cinq personnes qui ont tout perdu dans le détournement de 115 millions dont M. Lacroix a été reconnu coupable. Au total, 9200 personnes ont été flouées.

L'une d'elles, Diane Ruest, est une retraitée d'Hydro-Québec qui a perdu plus de 60 000 $. Incapable de se dénicher du travail à Rimouski, elle a déménagé à Trois-Rivières pour travailler dans un centre d'appels. Ce faisant, elle a cependant laissé derrière elle sa soeur, très lourdement affectée par un anévrisme et dont elle s'occupait beaucoup.

«Quand on perd un montant comme ça, on est comme anéanti», a-t-elle dit en réprimant une envie de pleurer évidente. «J'ai pensé au suicide très sérieusement, a-t-elle ajouté quelques minutes plus tard. Mais j'ai eu de l'aide.» Elle s'est tue, puis s'est assise. «Faut pas que je tombe malade», a-t-elle ajouté avant de dire qu'elle ne pourrait pas retourner à Rimouski dans les prochaines semaines pour voir sa soeur. «Je passerai Noël seule... et pauvre.» Au moment de quitter le banc des témoins, elle a fusillé Vincent Lacroix d'un regard dont l'intensité est à peu près impossible à décrire.

Un autre investisseur floué, Gilles Viel, a raconté au juge qu'il porte avec une très grande douleur deux chapeaux: celui de victime et celui de représentant en épargne collective... dont les clients ont perdu 1,2 million dans l'affaire Norbourg. «Vous n'avez pas idée à quel point les gens se sont défoulés contre moi», a-t-il dit au juge.

Orateur sans égal doté d'une verve extraordinaire, M. Viel, 61 ans, a livré un témoignage poignant qui ne laisse aucun doute sur l'enfer qu'il vit depuis août 2005. Lui et son épouse ont perdu 265 000 $ et en ont récupéré 27 000. «Monsieur le juge, j'aimerais m'enfermer dans une cabane en Alaska, là où j'ai travaillé brièvement dans ma jeunesse, a-t-il dit. Mais j'ai six enfants, et six petits-enfants, et un père n'a pas le droit d'abandonner.» Son médecin lui a suggéré de se calmer. «Gilles, un anévrisme ou un infarctus, c'est ça qui t'attend si t'es pas tranquille.»

Certains clients qui étaient avec lui depuis plusieurs années ont peur de lui confier de l'argent de nouveau. «Ils me disent: "Qu'est-ce qui me dit que ça n'arrivera pas encore?" Monsieur le juge, je ne suis pas capable de répondre à cette question», a-t-il ajouté avant de se lancer dans un plaidoyer sur le rétablissement de la confiance, les institutions publiques et l'avenir. «Il faut qu'on apprenne de ça. Faut que ce soit ben, ben clair, ben, ben clair.»

Lacroix peu ému

Prenant des pages et des pages de notes, M. Lacroix a très peu regardé les victimes pendant les témoignages. Il était assis à deux mètres à peine. Le juge lui a donné la possibilité de leur poser des questions, mais il a refusé.

Suivi comme d'habitude par la presse jusqu'au stationnement de la rue Saint-Jacques, près du Palais de justice, M. Lacroix n'a presque rien dit. Au bout d'un certain temps, il a plié. «Ç'a été une dure journée pour tout le monde», a-t-il dit, un trémolo perceptible dans la voix. M. Lacroix n'est jamais emporté par l'émotion.

Quelques mètres plus loin, il s'est frayé un chemin entre deux voitures stationnées, a payé son dû et s'est mis au volant de ce qui semblait être une Ford Taurus de deux ou trois ans avant de s'engager dans la circulation.

Lorsqu'il reviendra en cour ce matin, M. Lacroix pourra parler à sa guise. Le juge lui a indiqué hier qu'il pouvait, s'il le désirait, «expliquer les circonstances des infractions» et même amener des témoins. M. Lacroix a dit avoir contacté deux témoins, sans préciser qui. Il croit en avoir pour «trois ou quatre heures».

M. Lacroix a été reconnu coupable mardi d'avoir pigé à 137 reprises dans l'épargne des clients des fonds Norbourg et Évolution. Les gestes reprochés, qui ont eu lieu de 2000 à 2005, totalisent 115 millions de dollars. L'argent a servi à son usage personnel de même qu'à Norbourg, pour acheter des compagnies, des immeubles, faire des prêts, etc.

Puisque la GRC enquête également sur le dossier Norbourg, il est possible que des accusations criminelles soient un jour déposées.






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 13 décembre 2007 07h05
    Un beau cas pour la torture à Guantanamo
    « Pour lui faire avouer où il a caché le fric qu'il n'a pas dépensé aux danseuses, faudrait l'envoyer à Guantanamo. Ils vont lui servir des trucs assez efficaces comme celui de de la noyade, qu'il va tout avouer même ce qu'il ne sait pas.

    Ça lui ferait pas mal plus mal que l'AMF ou que la RCMP. Ici, au Canada, on ne peut quand même pas le lapider même si on commence à avoir quelques immigrés spécialistes en la matière dont Hérouxville cherche à se protéger. »

  • Etienne Merven
    Inscrit
    jeudi 13 décembre 2007 08h56
    Suite et fin
    « Lacroix sera probablement condamné à une peine de 5 ans de prison (c'est ce qui doit être prévu par la loi) et une amende minime au regard des fonds détournés. Il purgera un tiers de sa peine (ou peut-être moins) et sera libéré pour bonne conduite. Ensuite, il repartira à la maison comme monsieur tout le monde, vivra heureux et aura beaucoup d'enfants... le tout en pêtant dans la soie. Pour ce qui est de l'amende, il aura l'embarras du choix quant au compte bancaire dans lequel piger : celui de Suisse, des Caymans, de Jersey, des Bahamas... Bref, ça ne fera certainement pas un trou dans ses finances.
    Et en passant, il aura brisé de nombreuses vies, jeté des gens à terre et peut-être même poussé certaines personnes au suicide.
    Ainsi va la loi au Canada. Les voleurs sont rarement punis conformément à leurs vols. La loi est réellement trop « clémente » pour ce genre de crime. De toute façon, comme me disait un de mes oncles : « La loi est faite par les voleurs pour les voleurs ». D'ailleurs, avez-vous entendu un seul politicien s'insurger de l'affaire Norbourg? Dans l'affirmative, rappelez-moi son nom, car je n'ai rien entendu!
    En conclusion, contrairement à ce que l'on pense, « le crime paye », pour peu que l'on soit capable de se regarder dans un miroir tous les matins. Et Lacroix a l'air de pouvoir le faire! »

  • Mau Watt
    Inscrite
    jeudi 13 décembre 2007 09h14
    règles de droit ?
    « Les règles de droit sont créés par nos élus et appliquer par les juges.

    Nos élus se prennent pour des rois du monde... étroitement liés aux détenteurs de la richesse (environ 18% de la population)...

    Ces élus font les règles de droit.

    Exemple... un crime économique de la nature du «scandale Norbourg»... risque au Monsieur fraudeur (Lacroix)... 5 ans moins 1 jour de détention et même moins car il purgera environ 1 sixième de sa peine.

    Donc, une estimation de 11 mois de prison.

    Voilà le sens de justice dans ces règles de droit ?

    Qui écrit ces règles de droit déjà ?

    ------------

    À suivre aujourd'hui... la saga Mulroney-Shreiber »

  • Jean-Paul Le Bourhis
    Abonné
    jeudi 13 décembre 2007 09h45
    La dignité baffouée
    « Tout a commencé par une décision plus que douteuse de notre vénérée Caisse de dépôt qui a remis la clé de fonds communs à un malfrat répugnant de ses connaissances du nom de Vincent Lacroix (ancien employé ou contractuel de l'institution si je ne m'abuse) dans un marché si mal ficelé qu'il équivalait à remettre à l'insu des épargnants, le contenu intégral de leur coffre-fort - placé symboliquement dans ce qui avait la résistance antimagouillage des enveloppes brunes - que le bonhomme s'est empressé lui de dissimuler à la vue des honnêtes gens. Que notre ex-vénérée Caisse soit parvenue par la suite à convaincre le ou les représentants de ceux qui la poursuivaient de lui épargner le douloureux affront de se voir clouer au piloris lors d'un procès où elle avait à mon humble avis de bonnes chances d'être condamnée à rembourser les épargnants floués, voilà qui en dit plus long sur la longueur et la viscosité de ses tentacules.que sur son courage social et son sens des responsabilités. Après avoir provoqué un effroyable cataclysme, on se cache la tête dans les sables bitumineux en espérant que cela ne tache pas trop notre joli plumage. En vain. Car il y aura toujours des petits rigolos venus de nulle part pour nous remettre sur la sellette (ou le nez dans vous savez quoi).

    Je lisais votre article et j'étais encore une fois bouleversé par le destin de toutes celles et ceux qui ont vu leurs rêves de retraite envolés. La justice semble impuissante à forcer le vampire à remettre le sang dans les veines des victimes qu'il a anémiées et conduites pour certaines mêmes au seuil de la mort. L'argent des gens est devenu par banale opération de blanchiment ni plus ni moins que son argent. Un jour peut-être le triste sire ira faire un petit séjour en prison, mais à dix, vingt, trente, voir cinquante millions de dollars de revenus par année d'incarcération ainsi légitimés, il serait sot de se plaindre de la rugosité des draps. D'ailleurs, son lit, il ne manquera pas de le quitter au sixième de sa peine... si jamais il est condamné, s'entend !

    Je connais Gilles Viel depuis toujours. Nous nous sommes très peu vus depuis la fin de nos études. J'en ai gardé le souvenir d'un honnête homme, intègre jusqu'à la pointe des ongles, droit comme un chêne, parfait gentleman, aimable, serviable et aimé de tous. Il y a une dizaine d'années, il a organisé un conventum pour tous les anciens de la défunte Académie de Québec (devenue Cégep Ste-Foy). C'est avec beaucoup de plaisir que je l'ai retrouvé tel qu'en lui-même, déjà père de six enfants, communiquant tout sourire par radiation sensible son immense chaleur. Ce que je pensais de lui, de son éthique, m'a alors été confirmé par plusieurs qui eux avaient eu la chance de le fréquenter. De voir que la carrière de cet homme intègre, son image de marque, sa réputation d'investisseur rigoureux a été indirectement entachée par les agissements d'un vaurien fini, m'attriste profondément.

    Et cela m'amène à penser que la part de responsabilité collective dans ce dramatique fiasco est des plus grandes. Nous ne pouvons rester les bras croisés et assister sans broncher, comme des clones de l'escroc Lacroix, au naufrage de tant de vies dont le seul crime aura été d'avoir eu la naïveté de croire que leurs avoirs placés prudemment étaient en sécurité et pouvaient leur assurer une retraite sinon confortable du moins digne et à l'abri de l'indigence. Je crois que nous devons inciter nos politiciens à intervenir comme ils le font régulièrement en notre nom pour dédommager les victimes de l'acte barbare dont ils ont été, sont et seront pour le reste de leurs jours, les innocentes victimes.

    Jean-Paul Le Bourhis
    synopsis@xplornet.com »

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 13 décembre 2007 12h46
    Le plus grand criminel de l'histoire du Québec va faire un an de prison
    « Pour une "petite société" comme le Québec (je compare avec les States of course) 115 millions de dollars c'est une somme vraiment COL-LOS-SA-BLE. A peine quelques dizaines de familles ont pareil patrimoine. Pis encore!

    Qu'un individu ait pu voler pareille fortune sous le nez de l'Autorité des marchés, et pas très loin de la Caisse de dépot et de Desjardins, dépasse l'entendement et soulève bien des questions qui n'ont pas encore été répondues.

    Passe encore si Lacroix avait volé ce fric à ces institutions. Le cout par victime serait mineure. Mais là on parle de 9200 victimes, de leur conjoint(e) et de leurs enfants. Des dizaines de milliers de victimes qui ont tout perdu dans plusieurs cas. Si on exclut les crimes contre la personne, Vincent Lacroix est certainement le pire criminel de notre histoire. Il va avoir 5 ans et va en faire une grosse en-dedans pas plus!

    Bienvenue au Canada. Bienvenue dans la république de bananes.

    Si on ajoute les 115 millions pour le procès Pickton et les 300 pour le procès Air India, sans parler du procès sur le kirpan ou toute l'Affaire Mulroney, on a là du matériel pour une commission d'enquête sur l'administration de la Justice au Canada. De loin le plus grand malade au Canada »

  • Michel HAins
    Abonné
    jeudi 13 décembre 2007 13h29
    Régle de droit 2
    « Je suis d'accord avec Mau
    Comment un juge peut-il s'en tenir à probablement ne donner que 5 ans, qui n'en fera que 11 mois à une telle ordure. Je me demande monsieur le juge comment vous pourrez après votre jugement prédisible, vous regardez dans un miroir et ou regarder en face ces gens qui ont été VOLÉS qui n'ont pas probablement gagné un salaire équivalent au votre ainsi que votre confortable pension à vie.
    C'est une honte et je ne comprends pas que le politique tout partis confondus ne font pas de pression sur l'AMF pour combler les 60 millions manquant pour rembouser ceux qui ont été floués,car ne nous trompons pas si cela a pu se produire c'est que l'AMF n'a pas fait son travail qui est à veiller à ce que ce genre de crime ne puisse arriver.
    Lacroix ya plus rien à en tirer parcontre l'AMF oui. Nous devrions taper sur le bon clou pour obtenir quelque chose de positif dans cette hisoire. Soit le remboursement à ces gens comme si ce vol c'était produit dans une banque que lAMF avait la garde.POINT FINAL »

  • Daniel Beaudry
    Abonné
    vendredi 14 décembre 2007 00h47
    Illogique la justice
    « Si vous tuez avec une arme, vous passerez votre vie en prison. Si vous tuez de façon indirecte on considère que ce n'est pas un meurtre.
    Monsieur Lacroix aura raccourci bien des vies par la perte de moyens de subsistence et par le stress immense qu'il a causé. Comment définit-on le fait de raccourcir la vie de quelqu'un ?
    Pour cela Monsieur Lacroix passera derrière les barreaux à peu près le même temps qu'un petit voleur à l'étalage qui aura pris $100 de marchandise.
    Bien d'accord avec Mau Watt
    Il y a d'autres personnes indirectement responsables de ce gâchis et il faut trouver um moyen d'indemniser les victimes.
    C'est dans l'intérêt collectif à mon humble avis.
    Daniel Beaudry »

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