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Toronto se paie Montréal

En cédant son autonomie pour devenir une filiale spécialisée du Groupe TSX inc. (rebaptisé Groupe TMX) déjà propriétaire de la Bourse de Toronto, le conseil d'administration de la Bourse de Montréal répond à une logique de complémentarité canadienne qui pourrait lui coûter cher à long terme.

Depuis que Montréal a abandonné les transactions d'actions pour se concentrer sur les produits dérivés, en 1999, Toronto n'a pas réussi à profiter de la situation pour contrer l'attrait croissant que représentent les autres Bourses du continent, comme New York et NASDAQ, pour l'inscription de nouveaux titres. À l'échelle de la planète, un mouvement de fusions et d'acquisitions de Bourses a même relégué Toronto à un rôle de gentille Bourse régionale, qualificatif dont Bay Street ne se gênait pas pour affubler Montréal, il y a dix ans.

On ne peut certes pas nier la logique d'affaires qui a présidé à la prise de contrôle à laquelle nous venons d'assister, et que l'on voudrait nous présenter comme une fusion. Les deux Bourses offrent des services qui leur sont propres et qui se complètent bien; les deux font face à des conditions de marché difficiles en ces temps de turbulence, et les deux sont de très petite taille à l'échelle du monde.

Dans le cas de Toronto, la vague d'acquisitions de gros joueurs canadiens comme Alcan et Inco par des sociétés étrangères est en train de lui faire perdre des plumes. Aux prises avec un rétrécissement de ce marché traditionnel, en désespoir de cause, Toronto menaçait Montréal de créer sa propre Bourse de produits dérivés dès 2009. L'opération lui aurait coûté les yeux de la tête, mais elle aurait aussi fait très mal au Québec.

Placé devant cette menace, le conseil des actionnaires de la Bourse de Montréal a d'abord entrepris de négocier des alliances avec d'autres parquets comme celui de Chicago pour la création d'une éventuelle Bourse canadienne du carbone, et le NY Mercantile Exchange qui est même devenu actionnaire de la Bourse de Montréal. Récemment, la Bourse de Montréal faisait même l'acquisition du Boston Options Exchange, une Bourse automatisée d'options sur actions.

Montréal aurait donc aussi pu se vendre à d'autres que Toronto, une réalité connue des gens de Toronto et qui explique, en partie du moins, le montant relativement élevé de la transaction (1,3 milliard de dollars).

C'est aussi pour cela que Toronto a consenti à plusieurs des exigences posées par les autorités québécoises et le conseil de la Bourse de Montréal. Ainsi, Montréal aura son propre conseil d'administration et déléguera cinq représentants au conseil de la société mère torontoise.

Qui nommera ces gens, quel sera leur degré d'indépendance compte tenu du fait qu'ils seront issus d'un conseil local qui n'a rien d'indépendant? Nous n'en savons rien, et cela inquiète l'un des actionnaires de la Bourse, la Caisse de dépôt et placement. D'où l'importance de la consultation publique que tiendra l'Autorité des marchés financiers en début d'année, à la demande de la ministre de Finances.

En mettant la main sur la Bourse de Montréal, Toronto se donne les moyens de présenter un éventail plus complet de services. La formule d'acquisition arrêtée devrait permettre à Montréal de maintenir un niveau d'activités et d'emplois intéressant, à court et à moyen terme, et à Toronto de résister encore un peu aux attaques venues d'ailleurs. Mais, avant de donner son aval définitif à la transaction, Québec doit s'assurer que la situation n'évoluera pas au détriment de Montréal dans l'éventualité de la vente du futur Groupe TMX intégré à des intérêts étrangers.






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  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 11 décembre 2007 04h37
    Travailler ensemble ou disparaitre...
    « Pour être et demeurer indépendant, vaut mieux être riche et en santé. Il faut savoir que les principaux investisseurs à la Bourse de Montréal sont de grandes entreprises de Toronto. Il est bien évident que si, en 2009, à la fin du moratoire de dix ans négocié sous le règne du en 1999, la Bourse de Toronto se dotait d'une Bourse des produits dérivés, Montréal n'avait que son déclin à envisager. Et le Premier ministre du Québec ne serait pas à la veille d'annoncer la création d'une Bourse du carbone à Montréal. Dans la vraie vie, vaut mieux accepter de négocier que de disparaître...
    Georges Paquet »

  • Bernard Tremblay
    Abonné
    mardi 11 décembre 2007 07h17
    Interrogation
    « Comment faire confiance à un conseil d'administration en majorité anglophone de Toronto pour assurer le plein développement de la Bourse de Montréal, alors que ces mêmes gens refusaient il y a quelques semaines à peine une fusion avec un président francophone de Montréal.

    S'il est vrai que l'argent représente le pouvoir, on vient de confirmer encore une fois, que ce même pouvoir doit se faire en anglais... à partir de Toronto.

    Bernard Tremblay »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 11 décembre 2007 07h57
    Nationalisme économique ?
    « Vous écrivez : «Québec doit s'assurer que la situation n'évoluera pas au détriment de Montréal dans l'éventualité de la vente du futur Groupe TMX intégré à des intérêts étranger».

    Je crois bien que la situation va évoluer au détriment de Montréal, vente ou pas vente de la Bourse de Toronto dans le futur. Le principe "c'est mieux quand c'est plus gros" doit s'arrêter quand une nation perd ses contrôles importants...me semble. »

  • Sylvain Racine
    Abonné
    mardi 11 décembre 2007 13h51
    R.I.P. Quebec
    « Le Québec est en chute libre. Prochaines étapes: élire l'ADQ et donner une majorité à Stephan Harper. Et d'ici dix ans, le Canada ne sera qu'un état américain qui se fera piller de son pétrole et autres ressources naturelles.

    Je suis déjà parti avant que tout ça arrire, mais ça fait mal de voir tout ce dont j'avais le plus peur arriver plus vite que prévu.

    Nous sommes loin de ce Québec libre, loin de ce Québec fort dans un Canada uni. En fait, derrière les plaques d'immatriculation, ça ne devrait pas être "Je me souviens", mais "Je suis indifférent".

    C'est pas étonnant que beaucoup de Français émigrés au Québec retournent en après un bref moment. Ils ont aussi leurs scandales, leur droite, mais au moins ils ont un pays et de la fierté, deux choses que les Québécois et Québécoises n'ont jamais eues, n'ont pas et n'auront jamais.

    P.S.: alors, c'est quand qu'on privatise les soins de santé? »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 11 décembre 2007 15h55
    Capitalisme et inféodation
    « Il ne faut s'en faire trop, comme le pense Georges Paquet. Le capitalisme sans limitation politique et l'inféodation du Québec au Canada et du Canada aux États-Unis est dans l'ordre des choses. Et il ne faudrait surtout pas changer l'ordre des choses.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 11 décembre 2007 16h40
    @ M. Racine
    « M. Racine écrit : «Je suis déjà parti avant que tout ça arrire, mais ça fait mal de voir tout ce dont j'avais le plus peur arriver plus vite que prévu».

    J'espère que, comme vous prédisez que le Québec est à la veille de devenir un État américain pas trop apprécié, que vous n'êtes pas parti pour vivre là.

    Je crois que vous êtes un peu trop pessimiste. Des solutions s'en viennent pour le Québec, plus vite que vous le pensez, foi de Jean-François Lisée et de quelques unes de ses bonnes idées. »

  • Georges Paquet
    Abonné
    mardi 11 décembre 2007 16h52
    À Roland Berger
    « Il faudrait que M. Berger nous dise comment il s'y prendrait pour changer l'ordre des choses. Les achats et les fusions entre des entreprises de même nature se sont souvent montrés positifs pour tout le monde. Un des exemples que j'ai à l'esprit est le comportement de la société française Air Liquide qui a acheté, il y a quelques années la sociétée Canadian Liquid Air. Cette acquisition a évité que la société française ne s'installe à Montréal et devienne une rivale de Canadian Liquid Air et force éventuellement la société canadienne à faire face à la faillite et à la mise à pieds de ses employés. On a plutôt vu les travailleurs de Canadian Liquid Air être absorbés par Air Liquide et poursuivre leur travail et accumuler leur fonds de pension.
    Quand on a le choix entre travailler ensemble ou disparaitre il me semble qu'il ne faut pas être plus bête que son ombre.
    Georges Paquet »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 11 décembre 2007 17h13
    Pourquoi pas Bruxelles?
    « S'il faut être gros pourquoi pas une seule bourse, mooondiale, à Bruxelles? Mondialisation oblige. Parlons tous anglais et écoutons tous Céline, d'un continent à l'autre.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • André Julien
    Inscrit
    mardi 11 décembre 2007 18h48
    Sans une vraie Bourse à Montréal, l'AMFest-elle encore utile ?
    « En vendant la Bourse de Montréal, les québécois ont-ils décidé d'abandonner la direction des marchés financiers à une entité canadienne unique "ad mare usque ad mare" ? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 12 décembre 2007 10h38
    @ Georges Paquet
    « Georges Paquet écrit : «il y a quelques années la sociétée Canadian Liquid Air. Cette acquisition a évité que la société française ne s'installe à Montréal et devienne une rivale de Canadian Liquid Air et force éventuellement la société canadienne à faire face à la faillite et à la mise à pieds de ses employés».

    Selon ce raisonnement, faudrait bannir la concurrence qui peut faire fermer les entreprises. Les McDo achètent les Burger King etc...

    Qu'est-ce que ça vous fait M. Paquet que la Bourse de Montréal, un élément très important financier pour le Québec, soit dirigée à 75 % par des anglophones de Toronto ?

    Est-ce que Montréal ne peut plus diriger une bourse ? Bigger is meilleur ? "expression bilingue" »

  • Georges Paquet
    Abonné
    mercredi 12 décembre 2007 15h47
    À Gilles Bousquet
    « Cher Monsieur,
    Vous n'avez pas lu les arguments au complet. Je dis que ce sont déjà des sociétés de Toronto qui sont les principaux actionnaires de la bourse de Montréal. Si vous laissez les gens de Toronto mettre en place une Bourse des produits dérivés, Montréal se retrouvera à gérer son déclin, car les gros actionnaires redirigeront leurs investissements vers Toronto. Je dis qu'il vaut mieux négocier que de disparaître.
    Ça ne me paraît pas si difficile que celà à comprendre.

    Georges Paquet »

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