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Citigroup appelle à l'aide un émirat du Golfe

Un doute est jeté sur la solidité de la banque américaine

28 novembre 2007  Actualités économiques
Des investisseurs à la Bourse de Dubaï. Alors que le pétrole frôle les 100 $US le baril, Qatar, Dubaï et Abou Dhabi ont rivalisé d’activisme financier dans tous les secteurs ces derniers mois, par l’entremise de leurs fonds souverains.
Photo : Agence Reuters
Des investisseurs à la Bourse de Dubaï. Alors que le pétrole frôle les 100 $US le baril, Qatar, Dubaï et Abou Dhabi ont rivalisé d’activisme financier dans tous les secteurs ces derniers mois, par l’entremise de leurs fonds souverains.
New York — Citigroup va renflouer ses caisses en vendant une part de son capital à Abou Dhabi pour 7,5 milliards $US, mais ce sauvetage précipité jette le doute sur la solidité de la première banque américaine par la taille de bilan.

D'un côté, les marchés étaient soulagés par l'apport de l'émirat, qui tombe à pic pour une banque affaiblie par la crise des crédits hypothécaires à risque (subprime). De l'autre, ils s'inquiétaient que Citigroup ait dû appeler l'émirat à l'aide, et ce, au prix fort, en lui accordant d'énormes intérêts.

«Cette recapitalisation de Citigroup est une bonne nouvelle. Elle arrive comme une bouffée d'oxygène», a commenté Peter Cardillo, analyste chez Avalon Partners. «Mais le retour à la stabilité à un coût», a relevé la Deutsche Bank, en soulignant que Citigroup a accepté de rémunérer les fonds apportés par Abou Dhabi 11 % par an, un taux particulièrement élevé.

Au total, la banque devra donc verser à Abou Dhabi d'ici à 2010-11 plus de 1,7 milliard $US en intérêts.

«Ce taux d'intérêt élevé souligne les problèmes de Citigroup, qui paie cher l'investissement d'Abou Dhabi. Mais cet investissement renforce son capital et montre que l'émirat la considère comme une valeur positive à long terme», estime Patrick O'Hare, de Briefing.com. «Mais ce n'est pas une panacée: Citigroup reste affaiblie par les incertitudes sur l'ampleur de son exposition aux subprimes», conclut-il.

L'apport d'Abou Dhabi sera ensuite converti en actions Citigroup en 2010-11, ce qui donnera à l'émirat jusqu'à 4,9 % du capital de la banque, dont il deviendra ainsi le premier actionnaire.

Pas une première

Ce n'est pas la première fois que Citigroup est renflouée par un investisseur du Golfe: son premier actionnaire est déjà le prince Al Walid bin Talal, qui possède 3,6 % de Citigroup.

Grâce à l'apport d'Abou Dhabi, Citigroup va immédiatement redresser son bilan: cet apport regonflera ses fonds propres, laminés par des dépréciations massives sur son portefeuille de crédits hypothécaires.

«Cette opération lui donne une marge de manoeuvre pour reconstituer son bilan [...], passer des dépréciations supplémentaires et améliorer ses provisions face aux défauts de paiements», a analysé la Deutsche Bank dans une note lundi. «Mais elle ne lui permettra pas de faire les trois», poursuit-elle, en avertissant aussi que l'opération réduira mécaniquement le bénéfice par action, et pourrait entraîner une diminution du dividende.

Contrainte de rechercher des appuis financiers dans le Golfe, Citigroup a vu son étoile décliner ces derniers mois: encore première banque du pays en terme d'actifs, elle est maintenant passée deuxième en valeur boursière, derrière Bank of America, car son action a fondu de plus de 30 % depuis début octobre, et de 44 % depuis juin.

La crise des crédits de mauvaise qualité a plombé ses comptes, l'obligeant à déprécier son portefeuille de plus de trois milliards $US au troisième trimestre, puis d'annoncer quelques jours plus tard encore huit à 11 milliards de dépréciations supplémentaires à prévoir au quatrième trimestre.

Le prince Al Walid, choqué par ces dépréciations à répétition, a lâché le p.-d.g. Charles Prince, une des figures de Wall Street, qui début novembre a dû démissionner. Citigroup n'a actuellement qu'un président par intérim en attendant de trouver un successeur à M. Prince.

Sa rivale Goldman Sachs a encore affaibli l'image de Citigroup la semaine dernière, en affirmant qu'elle devra en fait passer au moins 15 milliards de dépréciations supplémentaires.
 
 
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