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L'épargne chinoise finance l'endettement américain

12 novembre 2007  Actualités économiques
Un fermier récolte des pommes de terre dans le centre de la Chine. L’économie chinoise a beau tourner à plein régime, seule une partie de la population en bénéficie. Les inégalités entre les villes et la campagne, notamment, se creusent sans ce
Photo : Agence Reuters
Un fermier récolte des pommes de terre dans le centre de la Chine. L’économie chinoise a beau tourner à plein régime, seule une partie de la population en bénéficie. Les inégalités entre les villes et la campagne, notamment, se creusent sans ce
Les pays «pauvres» sont-ils devenus les nouveaux banquiers des pays «riches»? L'accroissement spectaculaire des réserves de change des pays asiatiques (1400 milliards $US pour la seule Chine à la fin de l'année 2007), l'accumulation de pétrodollars dans les pays du Golfe et en Russie, les remboursements anticipés des dettes de l'Argentine ou du Brésil font penser que les pays en développement financent désormais les pays industrialisés.

«Sur le plan moral, cette situation est assez choquante», juge Dominique Plihon, professeur d'économie à Paris-XIII et président du conseil scientifique de l'association Attac. La fuite des capitaux vers les pays du Nord briderait, en effet, le développement des économies émergentes qui sont loin de disposer des capitaux nécessaires pour améliorer leurs infrastructures.

Ce paradoxe n'est que partiellement vrai. Les chiffres des investissements directs étrangers publiés par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) l'attestent: les pays industrialisés ont reçu 857 milliards $US de capitaux en 2006, mais ils en ont exporté plus encore (1022 milliards). Pour les pays en développement, la situation est inverse: ils ont reçu plus (379 milliards) qu'ils n'ont exporté (174 milliards).

«En fait, analyse Boris Cournède, économiste à la division des politiques économiques et monétaires de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le déficit de la balance courante du G7 est surtout un phénomène américain. Aux États-Unis, le déficit atteindra 842 milliards de dollars cette année. La nouveauté est qu'il est financé par le surplus commercial de la Chine et par celui des pays pétroliers, alors qu'autrefois, les rééquilibrages se faisaient entre pays développés.»

Ce que confirme Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, lorsqu'il passe en revue les grandes zones économiques: «L'Amérique latine et l'Union européenne à quinze sont grosso modo à l'équilibre. La première devrait être déficitaire pour financer son développement, mais le traumatisme de la crise de la dette a été si fort que les pays d'Amérique latine préfèrent ne plus avoir de dettes — au risque de ralentir leur croissance — plutôt que de revivre des plans de rigueur et le chômage qui en a résulté.»

M. Artus ajoute: «Les pays pétroliers enregistrent un excédent équivalent à 18 % de leur produit intérieur brut; la Chine, un excédent de 8 % à 9 %; l'Asie est à +4 %. L'Inde est en déficit de -3 %; l'Europe centrale et orientale, de -6 % et les États-Unis dépassent les -6 %.»

In fine, «nous arrivons à une situation étonnante», qui dure maintenant depuis plusieurs années, commente Xavier Musca, directeur du Trésor. Certains pays émergents, la Chine en tête, investissent massivement dans les bons du Trésor américain. En d'autres termes, la Chine finance une grande partie du déficit colossal de la première économie mondiale.

Pour le reste, elle investit désormais directement ses capitaux excédentaires dans le capital des sociétés occidentales. «D'où la création d'un fonds souverain chinois pour optimiser les placements du pays», indique Yves Zlotoswski, économiste à la Coface. Il a fait notamment parler de lui en prenant près de 10 % de Blackstone, l'un des principaux fonds d'investissement américain.

En 2007, l'excédent commercial de la République populaire devrait atteindre 220 milliards $US, alors que le déficit des États-Unis se creusera à 750 milliards.

Inquiétude

Le déséquilibre des relations financières entre les deux économies ne manque pas d'inquiéter. «Nous sommes en présence d'une anomalie des épargnes dans ces deux pays», explique M. Artus. «La Chine épargne trop, car ses ménages mettent de côté pour compenser l'absence de protection sociale, et ses entreprises, qui ne peuvent obtenir des prêts d'un système bancaire bloqué, aussi», ajoute le chef économiste de Natixis.

En revanche, aux États-Unis, les particuliers comme l'État fédéral sont habitués à vivre à crédit et n'épargnent pas assez. «Les Américains vivent très largement au-dessus de leurs moyens», insiste M. Plihon. Outre-Atlantique, l'afflux des devises en provenance de Chine ou du Golfe contribue à maintenir les taux d'intérêt à des niveaux très bas, ce qui n'encourage pas l'épargne.

Beaucoup d'économistes soulignent les effets pervers d'une croissance chinoise essentiellement tournée vers l'extérieur. Les pays du G7 estiment que l'économie tourne à plein régime grâce à la sous-évaluation du yuan, par rapport au dollar ou à l'euro.

Cette sous-évaluation «de l'ordre de 20 % à 30 %», calcule M. Plihon, favorise les exportations au détriment des importations. Mais seule une partie de la population récolte les fruits d'une croissance de plus de 11 % l'an. «Il y a les laissés-pour-compte. Entre les villes et les campagnes, les inégalités se creusent», indique M. Plihon.

En outre, cette politique monétaire génère de l'inflation qui est estimée à plus de 6 %. Et alimente des tensions sociales. Dans ce contexte, les ménages chinois investissent massivement dans l'immobilier ou en Bourse et contribuent à former des bulles spéculatives.

D'autre part, la multiplication des investissements chinois en Afrique est critiquée, car les pays industrialisés soupçonnent Pékin de tenter de s'approprier les matières premières du continent grâce à ses montagnes d'excédents.

Cette situation explique le rapport de force que les États-Unis cherchent à imposer à la Chine à laquelle ils ne cessent de réclamer une réévaluation du yuan, pensant que la faiblesse de la monnaie chinoise contribue à détruire des emplois chez eux.

Le G7 et le Fonds monétaire international ont joint leurs voix à celle de Washington pour demander au gouvernement chinois de réviser sa politique monétaire, le 19 octobre.
 
 
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  • François Gerin
    Inscrit
    lundi 12 novembre 2007 08h44
    Le tigre de papier
    Hier, à «Tout le monde en parle», Mia Farrow reprochait au président Bush de ne pas user de son «influence» pour tancer les Chinois au sujet du Darfour. Quelle influence ? Il suffirait aux Chinois de remettre sur le marché les 1 400 milliards d'obligations américaines qu'ils détiennent pour faire crouler l'économie de la «plus grande puissance mondiale». Bush est un abruti à la solde du grand capital, mais il n'est pas fou (enfin, pas tout à fait). Les États-Unis ne sont plus qu'un tigre de papier qui s'agite pour ne pas trop faire paniquer ses créanciers en créant l'illusion qu'il contrôle bien la situation. Moi, si j'étais Américain, je perdrais vite fait mon arrogance et je me ferais tout petit, tout petit.

  • Sylvain Racine
    Abonné
    lundi 12 novembre 2007 14h39
    Sombre avenir!
    Il s'agit d'une question de semaines selon moi avant que le monde entier doive faire face à une crise économique majeure.

    Un article de Bloomberg dans mondialisation.ca qui n'annonce rien de plaisant. A lire!

    http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&

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