Un premier patron victime des subprimes
Le p.-d.g. de Merrill Lynch quitte ses fonctions
31 octobre 2007
Actualités économiques
Photo : Agence Reuters
Stan O’Neal
New York — Le p.-d.g. de la banque d'affaires Merrill Lynch, Stan O'Neal, a quitté hier ses fonctions sur fond de résultats désastreux du groupe en pleine crise des subprimes, mais payant aussi une usure en interne pour sa gestion tyrannique du pouvoir. Un chèque de 160 millions $US accompagne sa «démission».
Il s'agit du premier patron d'une grande banque mondiale à endosser personnellement la responsabilité des pertes liées aux crédits à risques. «M. O'Neal et le conseil sont tombés d'accord sur le fait qu'un changement à la direction serait le meilleur moyen pour Merrill Lynch d'avancer et de se concentrer sur les moyens de maintenir des performances solides dans toutes ses activités», a commenté la banque.
Cette dernière a choisi un administrateur, Alberto Cribiore, comme président non exécutif par intérim, et va continuer d'examiner des candidatures en interne et en externe.
Les mauvaises performances du groupe ces derniers mois, avec des dépréciations records de près de huit milliards $US au troisième trimestre, expliquent le départ de Stanley, dit Stan, O'Neal, poussé à la démission par ses administrateurs, dont plusieurs sont pourtant en place grâce à lui.
Une initiative de trop
Mais c'est aussi la dernière initiative en date de M. O'Neal sur l'avenir du groupe qui aura eu raison de la patience du conseil pour ce dirigeant au tempérament notoirement difficile.
La semaine dernière, M. O'Neal a contacté le p.-d.g. de la banque Wachovia en vue d'un rapprochement sans consulter les administrateurs, déjà échaudés par les dépréciations records du troisième trimestre, selon des sources citées par la presse. Prié de s'expliquer devant le conseil d'administration, M. O'Neal aurait démenti considérer une fusion avec une autre banque, alors que certains analystes envisagent sérieusement ce scénario. Ceux de Deutsche Bank tablaient encore lundi sur un prix de rachat de Merrill à 100-120 $US par action.
Un rapprochement aurait été le bienvenu pour M. O'Neal: selon un document au régulateur boursier SEC, le p.-d.g., en cas de fusion de Merrill avec une autre banque, pouvait empocher plus de 200 millions en émoluments de départ. Selon la presse, M. O'Neal a obtenu 160 millions pour sa démission, à l'issue de négociations difficiles.
Le désaveu de M. O'Neal est aussi celui du modèle qu'il a mis en place au sein du groupe, ayant fait évoluer agressivement Merrill depuis fin 2002 sur le créneau des placements à risques, réputés pour leurs forts rendements. Ce même modèle est responsable des dépréciations records pour le groupe, essentiellement dans le portefeuille d'actifs adossés à des créances de mauvaise qualité (les «CDO»).
Merrill Lynch a accusé les pires résultats du secteur au troisième trimestre, entre perte nette et dépréciations bien plus importantes que celles annoncées lors d'une opération vérité début octobre. Selon sa grande rivale Goldman Sachs, d'autres mauvaises nouvelles pourraient encore tomber, avec 4,5 milliards de dépréciations au quatrième trimestre.
Certains analystes émettent toutefois des inquiétudes sur l'après O'Neal chez Merrill Lynch. Selon ceux de Fox-Pitt, son départ «crée de l'incertitude sur la qualité de son remplaçant. Les candidats internes ont peu d'expérience et les candidats externes les plus cités risquent de ne pas être intéressés par le poste».
«M. O'Neal a fait du bon travail à la direction du groupe, à l'exception de l'ampleur des pertes dans les produits financiers adossés à de la dette», renchérissent ces analystes.
Ceux de Goldman Sachs s'inquiètent que désormais «Merrill Lynch se montre moins désireuse de prendre des risques, ce qui ferait obstacle à la capacité de la banque de générer le même niveau de bénéfices auquel nous nous étions habitués depuis plusieurs trimestres».
Il s'agit du premier patron d'une grande banque mondiale à endosser personnellement la responsabilité des pertes liées aux crédits à risques. «M. O'Neal et le conseil sont tombés d'accord sur le fait qu'un changement à la direction serait le meilleur moyen pour Merrill Lynch d'avancer et de se concentrer sur les moyens de maintenir des performances solides dans toutes ses activités», a commenté la banque.
Cette dernière a choisi un administrateur, Alberto Cribiore, comme président non exécutif par intérim, et va continuer d'examiner des candidatures en interne et en externe.
Les mauvaises performances du groupe ces derniers mois, avec des dépréciations records de près de huit milliards $US au troisième trimestre, expliquent le départ de Stanley, dit Stan, O'Neal, poussé à la démission par ses administrateurs, dont plusieurs sont pourtant en place grâce à lui.
Une initiative de trop
Mais c'est aussi la dernière initiative en date de M. O'Neal sur l'avenir du groupe qui aura eu raison de la patience du conseil pour ce dirigeant au tempérament notoirement difficile.
La semaine dernière, M. O'Neal a contacté le p.-d.g. de la banque Wachovia en vue d'un rapprochement sans consulter les administrateurs, déjà échaudés par les dépréciations records du troisième trimestre, selon des sources citées par la presse. Prié de s'expliquer devant le conseil d'administration, M. O'Neal aurait démenti considérer une fusion avec une autre banque, alors que certains analystes envisagent sérieusement ce scénario. Ceux de Deutsche Bank tablaient encore lundi sur un prix de rachat de Merrill à 100-120 $US par action.
Un rapprochement aurait été le bienvenu pour M. O'Neal: selon un document au régulateur boursier SEC, le p.-d.g., en cas de fusion de Merrill avec une autre banque, pouvait empocher plus de 200 millions en émoluments de départ. Selon la presse, M. O'Neal a obtenu 160 millions pour sa démission, à l'issue de négociations difficiles.
Le désaveu de M. O'Neal est aussi celui du modèle qu'il a mis en place au sein du groupe, ayant fait évoluer agressivement Merrill depuis fin 2002 sur le créneau des placements à risques, réputés pour leurs forts rendements. Ce même modèle est responsable des dépréciations records pour le groupe, essentiellement dans le portefeuille d'actifs adossés à des créances de mauvaise qualité (les «CDO»).
Merrill Lynch a accusé les pires résultats du secteur au troisième trimestre, entre perte nette et dépréciations bien plus importantes que celles annoncées lors d'une opération vérité début octobre. Selon sa grande rivale Goldman Sachs, d'autres mauvaises nouvelles pourraient encore tomber, avec 4,5 milliards de dépréciations au quatrième trimestre.
Certains analystes émettent toutefois des inquiétudes sur l'après O'Neal chez Merrill Lynch. Selon ceux de Fox-Pitt, son départ «crée de l'incertitude sur la qualité de son remplaçant. Les candidats internes ont peu d'expérience et les candidats externes les plus cités risquent de ne pas être intéressés par le poste».
«M. O'Neal a fait du bon travail à la direction du groupe, à l'exception de l'ampleur des pertes dans les produits financiers adossés à de la dette», renchérissent ces analystes.
Ceux de Goldman Sachs s'inquiètent que désormais «Merrill Lynch se montre moins désireuse de prendre des risques, ce qui ferait obstacle à la capacité de la banque de générer le même niveau de bénéfices auquel nous nous étions habitués depuis plusieurs trimestres».
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

