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Le huard touche un sommet de 33 ans

La silhouette d’une plate-forme pétrolière se devine derrière les bateaux amarrés au Cap, en Afrique du Sud. L’élan actuel du dollar canadien s’explique en partie par le cours du pétrole brut, qui a clôturé la journée d’hier à 91,86 $US
Photo : Agence Reuters
La silhouette d’une plate-forme pétrolière se devine derrière les bateaux amarrés au Cap, en Afrique du Sud. L’élan actuel du dollar canadien s’explique en partie par le cours du pétrole brut, qui a clôturé la journée d’hier à 91,86 $US
Le dollar canadien a atteint hier son niveau le plus élevé en 33 ans sous l'impulsion d'un baril de pétrole à 92 $US, certains économistes se disant convaincus que le huard n'a pas fini son ascension dans l'immédiat mais qu'une correction pourrait refroidir ses ardeurs à plus long terme.

Le dollar a grimpé hier jusqu'à 1,0427 $US avant de battre en retraite pour terminer la séance à 1,0393 $US. Depuis que le Canada a laissé flotter sa devise en 1970, abandonnant le système rigide qui était en place, le niveau le plus élevé atteint par le dollar s'est chiffré à 1,0443 $US, le 25 avril 1974.

Cet élan, croient plusieurs économistes, s'explique en partie par le cours du pétrole brut, qui a clôturé la journée à 91,86 $US après avoir touché pendant la nuit de jeudi à hier un sommet historique de 92,22 $US. Pour justifier la hausse du prix de l'or noir ces derniers jours, la majeure partie des spécialistes soulignent principalement le regain de tension diplomatique entre les États-Unis et l'Iran, qui alimente la spéculation. Certaines inquiétudes surgissent aussi au sujet du niveau des stocks américains et européens.

«La devise canadienne continue de défier la gravité. Le huard a connu une hausse de 20 % depuis le début de l'année contre le billet vert et de 11,5 % contre l'euro», a écrit l'équipe d'économistes du Mouvement Desjardins dans une note de recherche.

«Je ne pense pas que ce mouvement à la hausse [du dollar canadien] va prendre fin de sitôt», a dit à l'agence Bloomberg le stratège en chef du secteur des devises chez Bear Stearns à Londres, Steve Barrow. «Le prix du pétrole brut est élevé et le dollar américain est faible. Ces deux facteurs servent d'appui à la devise canadienne.»

Record absolu en 1864

Pour surpasser son record absolu, toutefois, la devise canadienne a encore du chemin à faire. Il remonte au XIXe siècle, à l'époque de la guerre civile américaine qui secouait profondément l'économie des États-Unis. Si le dollar canadien et la devise américaine étaient plus ou moins à parité en 1862, les choses se sont détériorées rapidement: le 11 juillet 1864, le dollar canadien pouvait acheter 2,78 $US.

Dans un livre d'histoire publié par la Banque du Canada, on explique que «l'Union décida, pour mettre fin à la spéculation, de suspendre les opérations sur l'or pendant les deux dernières semaines de juin [1864], décision qui fut suivie, au début juillet, des avancées des Confédérés sur Baltimore et Washington, et d'incursions en Pennsylvanie».

Pour justifier le niveau élevé du dollar en 2007, les facteurs sont plus nombreux qu'au XIXe siècle. Le Mouvement Desjardins a écrit que, sur une «base technique», l'engouement pour la devise semble «poussé à un maximum», notamment par la spéculation.

«Après une période de mollesse au début de l'année, la forte appréciation du huard place maintenant la devise bien au-dessus de sa tendance de long terme. Les positions nettes sur les contrats non commerciaux du dollar canadien, une mesure de la spéculation des marchés, n'ont jamais été aussi élevées», a écrit le Mouvement Desjardins. Au total, selon lui, la devise «approche des niveaux compatibles avec une période de consolidation, voire de correction».

Points positifs mais...

D'ici là, tout semble sourire au huard. Le cours du pétrole est à la hausse. Cela, affirment bon nombre d'analystes, s'explique moins par la demande réelle que par l'effet des spéculateurs qui ont envahi le marché. Parmi les autres facteurs qui jouent en faveur du dollar canadien figurent le mouvement à la baisse du taux d'intérêt de la Réserve fédérale américaine, l'économie mondiale qui ronronne, la demande de matières premières qui se porte bien, etc.

Un point d'interrogation important, toutefois: l'économie américaine, qui s'est mise à tousser avec le ralentissement marqué dans le secteur immobilier. Les mises en chantier, par exemple, affichent leur plus faible cadence depuis 1992, tout juste après la récession américaine sous George Bush père.

Selon Stéfane Marion, économiste en chef adjoint à la Financière Banque Nationale, les États-Unis sont une variable incontournable. «On n'a jamais vécu de cycle de ralentissement américain dans un contexte de mondialisation aussi puissant», a-t-il dit lors d'un entretien. «On peut parler d'un dollar américain et de perspectives moches au chapitre de la croissance, mais il faudra voir au cours des semaines et des mois comment se dessinera au juste la réaction de l'économie mondiale par rapport à ça.»

La Financière Banque Nationale travaille avec une fourchette de prévision de 97 ¢US à 1,04 $US pour l'année qui vient. Pour expliquer la hausse des derniers jours, M. Marion a dit qu'un ensemble de facteurs est en cause, du pétrole aux excédents du gouvernement fédéral en passant par la faiblesse du dollar américain.

Si le ralentissement américain affectait l'économie mondiale, a dit M. Marion, la spéculation à la hausse se calmerait et le dollar canadien reviendrait forcément bien à l'intérieur de cette fourchette. «Cette fourchette est appropriée et on n'a pas l'intention de la modifier. N'oublions pas qu'on revient de loin; peut-il vraiment y avoir une nouvelle hausse?»
 
 
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