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Procès Norbourg - Lacroix renonce à présenter une défense

Les plaidoiries auront lieu le 12 novembre

Vincent Lacroix a annoncé hier au juge qui mène son procès qu’il ne comptait finalement présenter aucun témoin pour sa défense et qu’il faisait lui-même le choix de ne pas témoigner.
Photo : Jacques Nadeau
Vincent Lacroix a annoncé hier au juge qui mène son procès qu’il ne comptait finalement présenter aucun témoin pour sa défense et qu’il faisait lui-même le choix de ne pas témoigner.
Les plaidoiries au procès de Vincent Lacroix auront lieu le 12 novembre, a déterminé le juge, après que le fondateur de Norbourg eut subitement décidé hier de ne pas témoigner et de ne pas faire entendre son ancien bras droit qui l'a dénoncé aux autorités en 2005.

M. Lacroix, qui n'a donc présenté aucun témoin pour sa défense, ne s'était pas encore remis de la séance brutale de lundi, lors de laquelle le juge Claude Leblond a affirmé que la quasi-totalité de ses témoins potentiels n'étaient pas pertinents compte tenu des chefs d'accusation.

La séance matinale a démarré sur les chapeaux de roue lorsque M. Lacroix a avisé le juge Leblond qu'il s'arrêtait là. «C'est votre choix», a dit le juge, qui a fait pendant 46 jours de procès un travail exceptionnel au plan de l'équité et de la pédagogie, puisque M. Lacroix n'a pas d'avocat. Lors des plaidoiries, les deux parties devront s'en tenir aux éléments de preuve déjà présentés.

À la sortie du tribunal en fin de journée, M. Lacroix a offert un bref point de presse dans lequel il a déploré la tournure des événements, réfléchi à l'idée d'aller en appel et commenté le verdict que rendra le juge.

«Êtes-vous coupable?», a carrément demandé une journaliste. «C'est le juge qui va décider. Avec la défense que j'ai présentée, on sait déjà tous le verdict. Donc...» Quelques minutes plus tard, un autre a renchéri: «Craignez-vous la prison?» M. Lacroix est demeuré calme: «Tu sautes pas au plafond en sachant que tu peux t'en aller en prison, mais comme j'ai toujours dit, je vais faire face à la musique.»

Soupçonné par l'Autorité des marchés financiers (AMF) d'avoir orchestré un détournement de 130 millions à même l'épargne de 9200 clients, M. Lacroix fait face à 51 chefs d'accusation de nature pénale pour diverses infractions à la Loi sur les valeurs mobilières du Québec.

L'AMF allègue que M. Lacroix a mis la main sur ces sommes en déjouant le gardien de valeurs, Northern Trust, et qu'il a ensuite supervisé une opération de maquillage comptable chez Norbourg pour ne pas éveiller les soupçons des autorités.

Les chefs portent notamment sur la manipulation de la valeur de fonds communs et la falsification de documents. Jusqu'à présent, M. Lacroix, qui refuse de plaider coupable, est la seule personne à avoir fait face à des accusations. L'AMF demande pour chaque chef une peine de cinq ans moins un jour et des amendes allant jusqu'à cinq millions.

Stratégie anéantie

Lorsque le juge a annulé témoin après témoin lundi, première journée de la défense de M. Lacroix, ce dernier a eu un choc. Sur une trentaine de témoins potentiels, il ne lui en restait plus que deux: lui-même et son ancien vice-président aux finances, Éric Asselin. Coincé dans le temps, il n'avait pas préparé son témoignage et a dit au juge qu'il ne comptait pas convoquer M. Asselin si tôt pour sa défense.

M. Asselin a joué le rôle de délateur à l'été 2005 et bénéficie aujourd'hui d'une immunité complète auprès de l'AMF et de la GRC. Prié d'expliquer ce qui l'a poussé à renoncer à ce témoin alléchant, M. Lacroix a dit en point de presse que l'exercice n'aurait servi à rien puisque ses autres témoins ont été refusés.

Pour justifier sa décision de ne pas témoigner lui-même, M. Lacroix a dit qu'il n'en voyait pas la pertinence là non plus, et ce, en raison des attaques portées contre sa crédibilité au cours du procès. Il va de soi, aux yeux de tout observateur, que M. Lacroix se serait aussi exposé à la possibilité d'un contre-interrogatoire très désagréable face à l'avocat de l'AMF, Me Éric Downs.

Après que M. Lacroix eut confirmé qu'il lançait la serviette, Me Downs s'est dit prêt à attendre jusqu'à lundi pour que M. Lacroix ait le temps de préparer son propre témoignage s'il le voulait. M. Lacroix a maintenu sa décision.

Aller en appel?

À l'extérieur du palais de justice de Montréal, M. Lacroix a affirmé à la presse qu'il ne s'attendait pas «à ce scénario-là» dans le cadre de sa défense. «Je pense que lundi [lorsque ses témoins ont été refusés], j'aurais préféré qu'un camion de béton me passe dessus», a ajouté M. Lacroix.

Il n'exclut pas, cependant, de porter la cause en appel s'il était déclaré coupable. «Je prends ça étape par étape. Je dois analyser ça pour voir si je peux aller en appel, mais il est certain que je vais préparer des choses en ce sens.»

M. Lacroix impute une partie des problèmes de Norbourg à une transaction qu'il a effectuée avec la Caisse de dépôt et placement en 2003. Il s'agit de l'acquisition des Fonds Évolution. M. Lacroix a affirmé à maintes reprises qu'il y avait dans ces fonds un trou de 20 millions, ce que la Caisse nie et qu'un rapport juricomptable a réfuté.

L'ancien président de Norbourg aurait donc aimé faire entendre certaines personnes de la Caisse. Il a affirmé hier que Norbourg aurait voulu entamer des poursuites à l'époque, mais que l'enquête effectuée par l'AMF à partir de novembre 2004 a entraîné une grosse charge de travail.

Par ailleurs, M. Lacroix a encore accusé l'AMF hier d'être en conflit d'intérêts. Celle-ci se trouve au banc des accusés dans le cadre d'un recours collectif qui lui reproche un certain degré de négligence dans le dossier Norbourg. L'AMF a mis sur pied son propre recours.

À ce chapitre, une des requêtes déposées par M. Lacroix en ce sens avant le procès a finalement été rejetée hier par le juge Leblond.

Le procès pénal se déroule devant la Cour du Québec. Puisque la GRC enquête elle aussi, des accusations de nature criminelle pourraient un jour s'ajouter.
 
 
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