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Procès Lacroix - Du «blanchiment d'argent» chez Norbourg

Vincent Lacroix s'est adonné à du blanchiment d'argent non pas avec de l'argent provenant du trafic de drogues, mais avec celui des investisseurs, à hauteur de 137 millions, qui était sous la garde de Northern Trust, a avancé la juricomptable Guylaine Leclerc au procès de l'ancien numéro un de Norbourg.

«Il a fait de multitudes de transactions extrêmement laborieuses, des entrées et des sorties dans ses sociétés et comptes bancaires. Ce flux monétaire continuel, sans logique, n'est pas du tout une pratique commerciale normale», a avancé le dernier témoin de l'Autorité des marchés financiers (AMF). «Il s'agit d'une stratégie ayant pour but de cacher l'origine réelle de la provenance des fonds. Il s'agit d'un processus de blanchiment d'argent, ici pas de stupéfiants, mais de l'argent gardé chez Northern Trust», a-t-elle soutenu.

Mme Leclerc s'y connaît en matière de blanchiment d'argent. Elle est intervenue dans plus d'une centaine de dossiers de ce type, ce qui l'a menée dans tous les coins du pays, de 1991 à 2005.

Pressée de questions par le juge Claude Leblond de la Cour du Québec, la juricomptable a expliqué qu'une des caractéristiques d'une opération de blanchiment consiste à injecter de l'argent dans le système bancaire. Dans le cas à l'étude, l'argent des investisseurs était rapatrié de chez Northern Trust pour être placé dans l'un ou l'autre des 26 comptes bancaires de Vincent Lacroix ou d'une de ses sociétés.

Cela fait, il cherchait à brouiller les pistes en faisant passer l'argent d'un compte à l'autre, sans logique. Par la suite, il s'agissait de «le remettre dans le système économique pour pouvoir l'utiliser, pour pouvoir en profiter», a expliqué Mme Leclerc.

La mise à jour du stratagème a donné du fil à retordre à son équipe, a admis la juricomptable. Il a fallu bâtir des banques de données pour identifier l'origine des fonds et débusquer les traces de fraude dans les états financiers ainsi que dans les grands livres comptables des sociétés Norbourg, a-t-elle indiqué. «Les traces étaient passablement brouillées. On a mis de très nombreuses heures à décortiquer tout ça», a avancé Mme Leclerc, qui est au coeur des 51 constats d'infractions à la Loi sur les valeurs mobilières faisant l'objet du procès.

«Je savais que nous étions dans un contexte de fraude et que tout ça partait de Northern Trust. Mais si quelqu'un arrive à froid, dans un contexte d'honnêteté, ce n'est pas la même situation», a-t-elle ajouté.

Un autre élément a mis les juricomptables sur la piste: un document trouvé par la GRC dans le bureau de Vincent Lacroix qui établissait «les avances de fonds» à Vincent Lacroix.

Par contre, elle a qualifié le processus suivi par Lacroix de «primaire» en ce qu'«il ne faisait pas appel à des paradis fiscaux».

À un moment donné, le juge a émis l'hypothèse que le maquillage des livres comptables visait notamment à «ne pas éveiller les soupçons» du service de comptabilité de Norbourg. Mme Leclerc n'a pu affirmer que tel était le cas, son équipe n'ayant pu interroger aucune des personnes travaillant à ce service interne de comptabilité. «Ça peut être ça. Si les gens travaillaient en silos, que la gauche ne savait pas ce que faisait la droite et que les gens ne se parlaient pas, ça peut être une explication», a-t-elle dit.

Au cours de son témoignage en début de procès, son associé, l'enquêteur François Filion, avait établi que par 137 retraits «irréguliers» Vincent Lacroix aurait détourné à son profit 115 millions, frustrant ainsi 9200 investisseurs.

Depuis le début du témoignage de la juricomptable, lundi, Vincent Lacroix s'est rembruni. Il parle peu, prend très peu de notes, contrairement à son habitude. Ses mains tremblaient quand il a tendu un document. Selon l'avocat Eric Downs de l'Autorité des marchés financiers, M. Lacroix est prêt à faire des admissions.

On peut s'attendre à ce que le contre-interrogatoire de Mme Leclerc soit bref. Après une pause, demain et vendredi, le procès pourrait reprendre lundi, cette fois avec les témoins de Vincent Lacroix, s'il poursuit dans cette voie.
 
 
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