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Père gâté, fils fauché?

«Il y a vingt ans, les parents tenaient à léguer un héritage, même modeste, à leurs enfants. Aujourd'hui, ils veulent profiter de la vie.»

Photo : Jacques Nadeau
Ils ont fait partie de la première génération de Québécois francophones à accéder en masse à un niveau de vie relativement élevé. Ils arrivent aujourd'hui à l'âge d'une retraite bien méritée et devront malheureusement nous quitter un jour. Quelle sera alors la taille du magot à se partager? Les baby-boomers auront-ils déjà tout dépensé?

La somme totale des actifs détenus par les baby-boomers au Canada friserait actuellement le billion (1000 milliards) de dollars, à en croire une récente enquête de la firme de sondages Decima Research. Plus de 71 % de l'ensemble de la population déclare vouloir laisser un héritage à son décès, dit le sondage, et au moins la moitié des gens (54 %) s'attendraient à recevoir une part de ce magot, qu'ils évalueraient en moyenne à 283 000 $. On saurait d'ailleurs déjà à quoi on veut consacrer cet argent. Les deux tiers seraient économisés ou investis. Le reste, disent les répondants, serait consacré au remboursement de l'hypothèque, à l'achat d'une deuxième maison ou encore à des rénovations et à des voyages.

«Il est possible qu'une bonne partie des baby-boomers arrivent à s'assurer une retraite relativement confortable tout en laissant des actifs appréciables à leur décès», dit Jocelyne Houle-LeSarge, directrice générale et secrétaire de l'Institut québécois de planification financière ainsi que présidente de l'organisme Question retraite. «Il y a autant d'experts optimistes que d'experts pessimistes sur la question. Mais si je ne devais donner qu'un seul conseil aux gens, ce serait de ne pas compter là-dessus.»

Définis par les démographes comme la génération des personnes nées entre 1946 et 1966, les baby-boomers ont pourtant la réputation d'avoir été gâtés par la vie au Québec. Les statistiques tendent d'ailleurs à confirmer cette opinion, du moins en ce qui concerne les premiers membres de cette cohorte, nés entre 1946 et 1955 et qui arrivent aujourd'hui à l'âge de la retraite. L'essor économique de l'après-guerre, la Révolution tranquille et la construction de l'État-providence leur ont permis de jouir, au cours de leur vie, d'un confort matériel beaucoup plus considérable que celui de leurs parents au même âge, conclut une récente étude de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), intitulée Vie des générations et personnes âgées: aujourd'hui et demain. Ils ont par exemple eu droit à un revenu individuel moyen de 60 % supérieur à celui de leurs parents en dollars constants, ils ont été de 10 à 18 % plus nombreux à être propriétaires de leur domicile et ils disposent d'un bien meilleur coussin pour la retraite à la Régie des rentes du Québec, auprès de leurs employeurs et sous forme de REER.

Une longue et coûteuse retraite

Mais avant de parler d'héritage, encore faut-il avoir assuré sa retraite, ce qui est loin d'être le cas pour plusieurs baby-boomers. D'abord parce que tous ne se sont pas autant enrichis que les autres. La situation s'est même détériorée par rapport à la génération précédente, note l'ISQ, pour des catégories plus vulnérables comme les immigrants, les inactifs, les célibataires, les personnes de langue maternelle autre que le français et l'anglais ou encore les familles de sept personnes ou plus.

Plusieurs autres n'ont pas assez économisé en prévision de leurs vieux jours, pensent les experts. Bien que le nombre de personnes cotisant à des régimes privés de retraite et à des REER ne cesse de croître chaque année, un travailleur québécois sur deux n'a toujours pas accès à un régime de retraite privé, rappelle Question retraite. L'an dernier, un sondage de la Banque de Montréal révélait qu'aujourd'hui, un baby-boomer sur cinq n'aurait toujours pas mis un sou de côté en prévision de sa retraite et que seulement 28 % d'entre eux disposeraient d'économies ou de placements totalisant 100 000 $ ou plus.

Lorsqu'on sait que les prestations de la Régie des rentes du Québec et des autres régimes publics ne dépassent pas un maximum de 16 000 $ par personne par année et qu'on évalue qu'un retraité aura besoin, chaque année, de 70 % du revenu brut de ses cinq meilleures années pour maintenir son niveau de vie, on se rend compte que plusieurs baby-boomers s'exposent à de bien mauvaises surprises, dit Jocelyne Houle-LeSarge. «Les gens n'ont pas de mal à économiser en vue d'un voyage à Cuba, mais lorsqu'il est question de la retraite, il y a toujours une autre priorité qui passe devant, que ce soit les dettes d'études, une nouvelle auto, une maison, la famille, les études des enfants... »

Plusieurs personnes ne se rendent toujours pas compte à quel point la retraite risque de durer longtemps, note Paul Rioux, comptable et planificateur financier. Il n'est pas rare, rappelle-t-il, que quelqu'un qui prend sa retraite à 60 ou 65 ans ait encore bon pied bon oeil 20 ou 25 ans plus tard. Dans ces circonstances, il devra avoir accumulé des provisions considérables non seulement pour s'offrir tout le confort et les voyages dont il a rêvé mais aussi pour payer les soins dont il aura besoin à la fin de sa vie, lorsque le poids des ans se fera sentir davantage. «Pas besoin d'être devin pour savoir que les services publics seront réservés à des cas de plus en plus lourds et que les autres devront trouver des façons de se les offrir autrement», dit M. Rioux.

Il est vrai que leurs maisons et leurs chalets ont pris beaucoup de valeur ces dernières années et qu'ils pourront en tirer de bonnes sommes. «Mais êtes-vous récemment allé voir le prix des logements pour les personnes âgées?, demande M. Rioux. Ça peut coûter entre 1500 $ par mois pour un studio et 3500 $ pour un cinq et demi. Ça veut dire 42 000 $ par année!»

Tout flamber

Le manque de prévoyance de certains baby-boomers québécois n'a rien d'extraordinaire, fait remarquer Pierre Fortin, professeur de sciences économiques à l'Université du Québec à Montréal. La course à la consommation et à l'endettement s'observe dans toutes les strates de la population et partout dans le monde, fait-il remarquer. Il n'y a qu'à voir, dit-il, la dégringolade du taux d'épargne des ménages, passé de 10,6 % du revenu net en 1986 à seulement 1,2 % en 2006 au Québec. «C'est vrai même pour les gouvernements!»

Certains peuvent aussi avoir été plus prévoyants mais malchanceux dans leurs placements, poursuit l'économiste. L'éclatement de la bulle technologique au début des années 2000 en a forcé plus d'un à retarder le début de sa retraite.

Même si vos parents ont accumulé plus d'argent qu'ils n'en ont besoin pour leur retraite, cela ne signifie pas que vous hériterez d'une fortune, continuent les experts. Un livre publié aux États-Unis il y a dix ans et rapidement devenu un best-seller résume bien l'état d'esprit qui habite un grand nombre de baby-boomers devant ces questions, dit Paul Rioux. Il s'intitulait Die Broke (Dépensez tout, vivez mieux en français). «Ça dit de gérer ses finances personnelles et sa retraite de façon à ce que vous dépensiez vos derniers sous pour payer l'entrepreneur de pompes funèbres qui vous enterrera», résume-t-il.

Traduite de façon moins spectaculaire, l'idée consiste à s'accorder le droit de profiter pleinement de l'argent qu'on a gagné tout au long de sa vie. Cela n'empêche pas de donner une partie de ses avoirs à ses proches. Toutefois, plutôt que de le faire sous forme d'héritage qui viendrait après le décès, les baby-boomers aiment de plus en plus le faire de leur vivant, par exemple en payant les études universitaires des enfants, en les amenant en voyage pour leur faire découvrir le monde, en les aidant à acheter leur première maison ou en contribuant à un fonds d'épargne pour les petits-enfants.

«On sent nettement une différence de culture entre les baby-boomers et leurs parents», fait remarquer Noël Lajoie, un notaire de Québec spécialisé dans la planification successorale. «Il y a 20 ans, les gens tenaient à pouvoir léguer un héritage, même modeste, après leur décès. Il y avait une sorte de fierté à pouvoir laisser quelque chose. Aujourd'hui, les gens accordent moins d'importance au fait de laisser un héritage. Ils veulent profiter de la vie. Et ils cherchent plus à analyser la situation dans son ensemble et visent une démarche qui commencerait avant leur décès et qui pourrait se poursuivre après.»

Entreprise à vendre

Il arrive toutefois qu'on ait tellement d'argent qu'il ne soit pas possible, même pour les plus jouisseurs, de tout dépenser. On estime par exemple que presque la moitié (45 %) des 7,8 billions (7800 milliards) de dollars d'actifs détenus par les ménages canadiens sont entre les mains de seulement 4 % de la population. «Notre clientèle à nous, c'est ce 4 %», dit Bernard Letendre, vice-président et directeur général pour le Québec à la BMO Banque privée Harris. «Ce sont des gens qui veulent profiter de l'argent qu'ils ont gagné mais qui veulent aussi transmettre, après leur décès, un patrimoine à leurs enfants et à leurs petits-enfants, ainsi qu'à des causes qui leur tiennent à coeur.»

Les évaluations diffèrent dans ce domaine. Selon certains, il y aurait 248 000 Canadiens qui disposeraient d'un million et plus. Selon d'autres, il y en aurait 375 000. Une grande partie de ces gens sont des propriétaires de PME qui devront vendre leurs entreprises pour empocher leur fortune. Le problème, c'est qu'ils le feront presque tous en même temps, dit le banquier.

Il y a deux ans, une enquête de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) établissait que quatre chefs de PME sur dix souhaitaient se retirer des affaires d'ici 2010 et que sept sur dix comptaient le faire d'ici 2015. Plusieurs d'entre eux aimeraient pouvoir passer la barre à leurs enfants, mais à moins d'avoir des rejetons millionnaires ou très amis avec des banquiers, cela signifierait de renoncer aux millions que pourrait leur rapporter la vente de leurs entreprises. «Ce qui arrive souvent, malheureusement, c'est que les chefs d'entreprise doivent se résoudre à vendre la compagnie à des étrangers», rapporte Bernard Letendre.

La génération sandwich

Le fait d'avoir été jusqu'à présent la génération la plus choyée d'un point de vue économique n'a pas que des avantages et s'accompagne aussi de responsabilités financières plus lourdes, préviennent les experts. Plusieurs baby-boomers doivent encore aujourd'hui venir en aide, personnellement et financièrement, à leurs parents qui n'ont pas eu la même chance qu'eux de se préparer une retraite confortable. Ils continuent souvent aussi à soutenir financièrement leurs enfants.

Tous ne sont pas des Tanguy qui s'incrustent à la maison. Il est vrai que l'avenir s'annonce prometteur pour ceux qui ont 20 ans aujourd'hui tant les perspectives du marché de l'emploi sont bonnes pour eux. Mais la vie a été nettement plus difficile pour les plus vieux qui ont 40 ans et qui n'ont souvent jamais cessé de courir après des emplois précaires.

Bien qu'ils doivent, encore aujourd'hui, continuer à aider un peu tout le monde, les baby-boomers doivent se faire à l'idée qu'eux-mêmes n'auront probablement pas droit aux mêmes égards.

La raison en est simple, rappelle Pierre Fortin: «Leurs parents ont eu en moyenne quatre enfants. Comme il y a toujours un sans-coeur dans chaque famille, ça laissait quand même trois enfants pour s'occuper d'eux. Les baby-boomers ont eu en moyenne un enfant et demi. Ça laisse un demi-enfant pour s'occuper d'eux lorsqu'ils auront 70 ou 75 ans. Ça va être un fardeau énorme pour ce demi-enfant. Il ne pourra pas tout faire.» Les gouvernements n'auront pas le choix de compenser le travail que ces enfants ne pourront pas faire, dit l'économiste de l'UQAM.

Sauf que les enfants que les baby-boomers n'ont pas faits manqueront aussi à l'économie québécoise et, par voie de conséquence, aux revenus de l'État, note le comptable et planificateur financier Paul Rioux. Il est fortement à craindre, répète-t-il, que les gouvernements n'auront pas toutes les ressources financières nécessaires et que les baby-boomers devront se payer eux-mêmes certains services en allant piger une fois de plus dans les réserves qu'ils pensaient pouvoir léguer.
 
 
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  • Yann Takvorian
    Inscrit
    samedi 13 octobre 2007 04h15
    bof-bof
    Faisant partie de la génération X qui est arrivée en fin de cohorte pour ramasser les miettes toute sa vie, je me fiche royalement des pleurnicheries de ces bébés gâtés qui ont tout eu, tout pris et ne laisseront rien que des ruines (je parle là, pour le Québec).

    Comme on fait son lit, on se couche dit le dicton. Comme on fait sa vie, on la meurt dirais-je. Et si l'Age des Ténèbres n'a pas fait salle comble, c'est que ca commence à saouler d'entendre toujours les mêmes chialer que "la mariée est trop belle".

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 13 octobre 2007 08h50
    Peut-on être pauvres et heureux en même temps ?
    Analyse intéressante mais ça semble être la misère des riches. Je me demande, par comparaison, s'il y a un genre de baby-boom en Haïti, en Afghanistan, au Nunavut ou au Cambodge et si leurs vieux ont des REER pour compenser afin de ne pas mourir de faim et de froid avant de mourir de vieillesse.

    C'est souvent le cas, quand on se regarde on se désole mais quand on se compare...on se console. Notre bon gouvernement va tout nous arranger ça avec ses futures ventes d'électricité aux Américains à condition que nos inuits le laisse construire d'autres barrages vu qu'ils utilisent aussi les services gouvernementaux plus que les rivières, pour la pêche.

    À la place de passer nos hivers en Floride, on les passera au Centre d'achats...on en a des jolis aussi par ici.

  • André Plante
    Abonné
    samedi 13 octobre 2007 10h00
    Les baby-boomers de 1956 à 1966
    Enfin on fait la différence entre les baby-boomers plus jeune et ceux plus vieux. Les plus jeunes sont loin d'avoir eu tous les avantages des plus vieux et ont souvent subi la vague faite par les précédents. On dirait que cela va se poursuivre à la retraite et dans la maladie. Le système de santé sera essoufflé quand les jeunes boomer y arriveront. Ils subiront une fois de plus, mais pour la dernière fois, le contre coup du passage de cette génération dont il ont entendu parler toute leur vie. C'est gazant à la longue mais ce n'est la faute à personne.

  • Josianne Millette
    Abonnée
    samedi 13 octobre 2007 13h10
    Faire les liens
    Je m'en voudrais de ne pas profiter de l'occasion pour faire un lien avec l'endettement étudiant et la hausse des frais de scolarité : non seulement nous ne serons pas assez pour supporter complètement nos parents vieillissants et leur offir l'ensemble des services dont ils auront besoin par le biais de nos impôts et de l'aide au "maintien a domicile", mais nous serons encore endettés jusqu'au cou nous aurons a faire rouler l'économie et aider nos propres enfants(si on en a)a payer leurs études, dont les coûts auront explosé d'ici la, si on suit la logique actuelle. La véritable génération sandwich, ça va être nous autres, les enfants des baby-boomers. Malheureusement pour nous, nous sommes outrageusement minoritaires au plan démographique et condamnées a être identifiés a l'image que se fait de nos le "pouvoir gris", qui commence a s'intéresser pas mal plus a sa retraite et son confort de fin de vie qu'a l'avenir d'une société et de ses adultes de demain.

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    samedi 13 octobre 2007 15h15
    Quels avantages, André Plante ?
    Quels avantages les plus vieux boomers ont-ils eus par rapport aux plus jeunes ?

    Les baby-boomers qui arrivent maintenant à la retraite proviennent en très grande majorité de la classe ouvrière et sont issus de familles nombreuses. Ils sont donc au travail depuis une quarantaine d'années car ils ont commencé jeunes, vers l'âge de 15 ans à gagner leur vie. Ils ont contribué -et contribuent encore- sur tous les plans, financier, social et culturel à l'essor de la société.

  • Simon Garneau
    Abonné
    samedi 13 octobre 2007 16h45
    Le mythe et la réalité
    On voit souvent des 'articles concernant à la génération des baby-boomers. Étant né en 1946, fais partie de cette génération. On a une vision très déformée de la réalité du passé, je n'ai pas vécu cette période de rêve mythique qu'on me décrit et je ne suis pas le seul. À la fin de mes études universitaires en science, je devais un an de salaire et j'ai connu le chômage.
    C'est vrai que nous avons plus de biens que nos parents, mais nos enfants en ont considérablement plus que nous, au même âge et leur niveau moyen de scolarité est beaucoup plus élevé, ce qui est un capital inaliénable extraordinaire.
    Tous ces biens matériels que notre génération a bâtis, maison, routes, hôpitaux et autres infrastructures publiques ne vont pas s'évaporer en fumée à notre décès. Il ne restera à la génération suivante qu'a les entretenir au lieu d'avoir à les construire.
    On me parlera de dettes que la nouvelle génération aura à rembourser, mais à qui devront-ils rembourser cette dette, à la génération de leurs parents, dont ils auront hérité?
    Nous vivons actuellement la période la plus prospère et la plus riche depuis le début de l'humanité, à nous tous d'en profiter.

    Simon Garneau
    Québec
    garsim46@hotmail.com

  • Jean Desjardins
    Abonné
    dimanche 14 octobre 2007 11h51
    De la chance ou du coeur au ventre ?
    Je suis né en 1946.

    Issu d'une famille ouvrière de huit enfants, j'ai eu l'occasion (la chance?) de faire mes études classiques via 'le prêt d'honneur' et en travaillant l'été, dès mes 14 ans. Pendant mes études universitaires, même scénario : du travail en usine sur les 'horaires 12-8, 8-4, 4-12' dès le lundi suivant la fin des cours en mai et ce, jusqu'au vendredi précédant leur reprise en septembre. Pas d'automobile, un logis à partager avec 3 colocs à Montréal (à l'époque, on ne collait pas à la maison paternelle, faute de place), une alimentation limitée au strict nécessaire pour rester en santé, peu ou pas d'argent pour sortir avec les filles et, enfin, une obligation d'achever mes études 'au plus sacrant' afin de pouvoir accéder au marché du travail et me sortir la tête de l'eau. Il va de soi que j'ai dû rembourser mes dettes d'étude pendant une dizaine d'années, ce qui m'apparaissait tout à fait 'normal' dans les circonstances.

    Par la suite, je me suis trouvé une job (quelle chance!) dans le secteur sécurisant du para-public. J'ai délaissé le secteur para-public (et une belle pension garantie...) pour le secteur privé après une douzaine d'années, constatant que je risquais de m'y assécher vivant. Risque (chance?) qui en valait la peine car c'est là que j'ai découvert d'autres horizons pour finalement me retrouver copropriétaire d'une entreprise qui a connu sa part de succès à force d'imagination, de créativité, de travail et de combativité. À l'époque, petit salarié et père d'une jeune famille avec deux enfants (pas de congé parental, SVP!), j'ai du faire face à la hausse vertigineuse du prix des maisons et j'ai eu à rembourser une hypothèque dont le taux a généreusement varié entre 11% et 18%.

    Aujourd'hui à ma retraite, je demeure actif. J'ai aidé des jeunes à lancer leur propre entreprise, je suis des cours d'histoire, je voyage, je pratique plusieurs activités sportives. Je vais régulièrement au concert, au ballet, au théâtre. Je m'occupe de mes petits-enfants. Je demeure intellectuellement actif. J'essaie de me rendre utile aux autres, quand c'est possible. Je continue à payer mes impôts et il y a peu de chance que je reçoive un jour une pension gouvernementale (RPC). Ah oui! J'oubliais. On m'a récemment diagnostiqué un cancer pas trop agressif (quelle chance!) contre lequel j'ai décidé de me battre, 'naturellement'.

    Bref, au cours de ma vie, j'ai essayé de contribuer au mieux à l'essor de la Société qui m'a permis de me comporter comme tout être humain adulte et responsable. J'ai conquis mon autonomie 'à la dure' et je tenterai toujours de garder le contrôle sur ma propre vie. Je refuse de me plaindre et j'agis. C'est ce que j'ai appris à faire le mieux, je pense.

    Chanceux le gars en fin de compte, direz-vous. Ça, je pense que ce n'est pas aussi clair qu'on aime bien le dénoncer concernant les 'baby boomers' dont je suis, en conformité avec la mode actuelle.

    À l'instar des propos de madame Marie Lauzier et de monsieur Simon Garneau, en effet, on oublie trop souvent que les 'baby boomers' ont dû relever le défi de travailler et de se battre vigoureusement pour transformer l'héritage des générations qui les ont précédé en projet de Société québécoise (au plan socio-économique) somme toute 'pas si pire', sachant d'où on est parti. Quant au plan politique, on verra si les générations suivantes réussiront à en tirer quelque chose de mieux... Je le souhaite !

    Bien sûr, la chance fait partie de l'équation. Par exemple, naître en santé et sans déficience physique ou intellectuelle, c'est manifestement une chance qui n'a aucun rapport avec la responsabilité de la personne qui en bénéficie. Quant à moi, le 'coeur au ventre' est un élément beaucoup plus significatif de cette équation. Ce coeur au ventre des 'baby boomers', je suis d'avis qu'il a été un facteur moteur dans l'évolution et les succès de la Société québécoise au fil des ans. Je suis surpris qu'on tarde à le reconnaître et qu'on s'acharne, une fois de plus, à pisser du vinaigre sur les aspects moins jojos que cela a pu amener, parfois.

    Conclusion. Je défie quiconque (jeunes, X, Y, Z, baby-boomers qui n'ont pas pris le train, jeune-vieux et vieux, etc.) de revenir en 1946 et de recommencer le tout d'une façon bien meilleure que l'héritage qu'a laissé la génération des 1946-1966.

    Et 'by the way', comme dirait Foglia, en quoi ai-je volé quelque chose à qui que ce soit ? Qu'on m'explique.


    Jean Desjardins

  • Amélie Turcot
    Abonné
    lundi 15 octobre 2007 11h06
    J'ai 26 ans et j'ai tout eu...
    Je suis née en 1981 et j'ai tout eu. Vraiment, mes parents 1951 et 52 ont réussi, en en suant un bon coup, à tout me donner ce qu'ils ont pu. Et je ne les remercierai jamais assez. J'essaie de leur faire honneur en leur offrant des petits enfants avec des esprits dignes de leurs enseignements. Et c'est tout ce que je peux faire. L'argent de leur retraite, ils l'ont bien gagné et tant mieux s'ils sont capable d'en profiter longtemps. Et ils feront bien ce qu'ils veuelent avec.

    Pour ma part, j'ai eu l'appui nécessaire et j'ai du travailler dur également. Je ne comprends pas quand ma génération se plaint de ne pas en avoir assez alors que je constate plus souvent qu'autrement une lâcheté paralysante. Comment peut-on accéder à des études postsecondaires prestigieuses et se vautrer autant dans une vie sans but?

    En fait, je crois que toute personne avec un peu de jugement est capable de comprendre qu'elle est seule responsable de la vie qui est en cours. Déniaisez-vous ou taisez-vous. Franchement, c'est un manque de respect que de se plaindre et ne rien faire pour que ça change. Si se prendre en main dans la vie est de réclamer quelque chose qu'on croit nous est du, l'humanité ne progressera pas très longtemps encore.

    Merci à nos générations précédentes et fonrçons-nous un peu.

  • Hervé Gauthier
    Inscrit
    mardi 16 octobre 2007 16h53
    Les générations n'ont pas reçu la même chose de l'État
    En tant que coordonnateur de l'étude de l'Institut de la statistique qui est mentionnée dans l'article, je me permets de porter à votre attention, pour le bénéfice de vos lecteurs et lectrices qui ont émis des commentaires, une information qui est contenue dans le même ouvrage, mais dans le chapitre 14 qui porte sur les dépenses sociales. Cette information pourrait éclairer le débat sur ce que les générations ont reçu de la part des gouvernements.

    En effet, dans ce chapitre, je fais une estimation de ce que chaque groupe de générations a reçu entre les années 1961 et 2001 (voir la figure 14.11, à la page 341). Bien sûr, il y a des estimations dans ces chiffres, mais l'allure des courbes qui représentent les différentes générations est sûrement significative. Ainsi, on peut comparer ce que les premières générations du baby-boom, nées dans la période 1946-1951, ont obtenu comme services et transferts des gouvernements (provincial et fédéral) pendant ces 4 décennies, avec ce qu'ont obtenu les générations plus jeunes du baby-boom, celles de 1956-1961, ou encore avec les générations de l'après-baby-boom, nées à partir de 1966.

    La progression de la dépense sociale moyenne par groupe d'âge, d'une génération à l'autre, est nette. Dans leur adolescence, au début des années 1960, les premières générations du baby-boom n'ont profité que du début de l'État-providence. Ce n'est que plus tard, notamment dans les années 1980, à la même étape de vie, que les générations 1966 et suivantes ont bénéficié d'un État-Providence presque parvenu à maturité.

    Il ne s'agit évidemment que d'un aspect de la question de ce qu'ont vécu chaque génération, puisqu'on pourrait voir aussi des aspects comme la participation au marché du travail, le chômage, la contribution aux recettes de l'État, la descendance démographique...

    Vous pouvez accéder gratuitement à l'ouvrage de l'Institut en consultant le site Web suivant :
    http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions


    Hervé Gauthier

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