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Pour une politique agricole basée sur la souveraineté alimentaire

Le rapport de la commission est prévu pour janvier 2008

On peut d’ores et déjà affirmer que la souveraineté alimentaire devra figurer comme un élément essentiel, voire incontournable, d’une nouvelle vision pour le développement des secteurs agricole et agroalimentaire québécois.
Photo : Pascal Ratthé
On peut d’ores et déjà affirmer que la souveraineté alimentaire devra figurer comme un élément essentiel, voire incontournable, d’une nouvelle vision pour le développement des secteurs agricole et agroalimentaire québécois.
La Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois a terminé les consultations publiques qui l'ont menée dans toutes les régions du Québec et qui ont pris fin hier à Montréal. Les commissaires se retirent maintenant dans leurs quartiers pour analyser et faire la synthèse d'une somme colossale de mémoires et de propositions diverses, les unes montrant des pistes de convergence, les autres étant nettement contradictoires. Cela forcera les commissaires à faire des choix déchirants dans certains cas. Le rapport, dont la publication est prévue pour janvier 2008, est donc attendu avec grand intérêt par beaucoup de monde.

Au départ, Jean Pronovost, président de la commission, avait clairement indiqué que son objectif était d'en arriver à «une nouvelle vision pour le développement des secteurs agricole et agroalimentaire québécois». On peut d'ores et déjà affirmer que la souveraineté alimentaire devra figurer comme un élément essentiel, voire incontournable, de cette vision.

Ce fut presque un coup de théâtre hier alors que 40 organisations québécoises de premier plan, réunies dans le cadre d'un sommet pour la souveraineté alimentaire, ont signé et remis à la commission «une déclaration demandant aux gouvernements de Québec et du Canada de faire de la souveraineté alimentaire la pierre d'assise de leur politique alimentaire et agricole et d'assumer un leadership international dans la promotion de l'exception agricole et du droit des peuples à la souveraineté alimentaire».

Ce regroupement comprend une gamme très variée d'institutions, sociétés et entreprises, telles la Banque Nationale, le Mouvement Desjardins, les centrales syndicales FTQ, CSN et CSQ, les groupes environnementaux Équiterre et Greenpeace ainsi que l'Union des consommateurs, l'Union des producteurs agricoles, les grandes coopératives agricoles et divers autres organismes. «Compte tenu de ses dimensions sociales, environnementales et culturelles, l'agriculture doit jouir d'un traitement similaire à celui prévu pour la culture par la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l'UNESCO», y lit-on. Cette déclaration précise que «la souveraineté alimentaire ne va pas à l'encontre du commerce dans la mesure où ce dernier est subordonné au droit des peuples à une alimentation locale, écologique, saine et produite par leur territoire à des conditions équitables qui respectent le droit des agriculteurs et des travailleurs agricoles à des conditions de travail et de rémunération décentes». Bref, résume Frédéric Paré, d'Équiterre, «ce contrat social satisfait les besoins des uns — se nourrir — comme des autres — bien vivre de l'agriculture».

Une déclaration de principe, c'est une chose, mais son application très concrète, c'en est une autre. C'est sur ce terrain que la commission veut faire porter son rapport. Par exemple, tout le monde souhaite que davantage de produits québécois se retrouvent sur les tablettes des magasins alors qu'Aliments du Québec est l'unique label reconnu. Pourtant, après dix ans d'existence, cette initiative est loin d'avoir atteint une visibilité satisfaisante. Les fonds manquent, les grandes chaînes disent constater un faible d'intérêt et il y a même des producteurs qui doivent se faire pousser dans le dos pour entrer dans le jeu. On constate un phénomène semblable du côté des marchés publics. Sauf quelques grands marchés à Montréal et un à Québec, on compte environ une cinquantaine de petits marchés à travers le Québec qui offrent leurs services quelques jours par semaine. En Ontario, sous l'impulsion du gouvernement, on dénombre aujourd'hui une centaine de marchés qui génèrent la vente de produits locaux pour une valeur de 150 millions de dollars.

L'UPA comme paratonnerre

Parmi les faits marquants de ces audiences, il y a certainement eu les critiques multiples à propos de la trop grande place qu'occuperait l'Union des producteurs agricoles (UPA) dans le système agricole et agroalimentaire depuis un demi-siècle. Certains, comme l'Union paysanne, demandent la liberté de choix à cotiser à une organisation de type syndical. Les transformateurs ont porté des attaques massives contre la loi de la mise en marché qui, selon eux, favorise injustement les producteurs, tout comme le feraient la Régie des marchés agricoles et même le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.

À toutes ces attaques, tombées sur l'UPA comme la foudre sur un paratonnerre, Laurent Pellerin a réagi stoïquement. «Après l'orage, le paratonnerre est toujours là», a-t-il ajouté en conférence de presse. Reste à savoir ce qu'en dira la commission. «On s'attend à ce que la commission envoie un message pour inspirer la confiance en l'avenir et remonter le moral de notre monde, car si l'avenir n'est pas intéressant, les gens vont sortir de l'agriculture pour aller occuper des emplois plus payants», a déclaré M. Pellerin. Quant à la remise en question du statut unique de l'UPA, le président souligne que cette organisation est «un forum de consensus qui représente ce que ses membres font», ce qui donne une très grande diversité à l'intérieur de l'UPA. Il y a par exemple un syndicat des producteurs de lait biologique, qui a son propre réseau de transport et son prix. «On n'a pas toutes les solutions, mais on en a certaines», a ajouté M. Pellerin, notant que la grogne des transformateurs est là depuis longtemps et que certains d'entre eux n'ont jamais rien à dire contre les producteurs et leur organisation.

Quoi qu'il en soit, les rapports entre les producteurs et les transformateurs et plus particulièrement la loi sur la mise en marché collective feront certainement l'objet d'un chapitre important dans le rapport de la commission. Y aura-t-il des ajustements? Si oui, lesquels? Encore hier, l'Association des abattoirs avicoles disait souhaiter «la modernisation de la gestion de l'offre» afin que les éleveurs de volailles soient entièrement responsables de leur décision d'augmenter la production de 3,5 % alors que les acheteurs prévoient des besoins accrus de 0,5 % au cours de la prochaine année. Dans le contexte actuel, ce sont les transformateurs qui devront assumer les coûts d'inventaire de cette surcapacité dont les éleveurs auront été responsables.

Dans le domaine du porc, Olymel dit ne plus avoir les moyens d'attendre et demande au gouvernement de s'atteler à la tâche de modifier les mécanismes de la mise en marché. Les transformateurs soutiennent que les ajustements attendus depuis longtemps deviennent urgents dans le contexte d'une ouverture des marchés. Cette préoccupation fait partie du mandat de la commission, qui doit examiner les scénarios possibles à l'Organisation mondiale du commerce puisqu'il s'agit pour elle de préparer l'avenir, quel qu'il soit, comme M. Pronovost l'a lui-même confirmé au Devoir avant la tenue des audiences nationales.

Au fait, parmi ceux qui ont été reçus par la commission au cours des audiences nationales tenues ces deux dernières semaines à Québec et à Montréal, Gaétan Lussier, président de l'Institut canadien de recherches sur les politiques agroalimentaires, a probablement été celui qui a fait la présentation la plus avant-gardiste. Certains pourraient même être tentés de penser que M. Lussier parlait d'agriculture-fiction. Ce n'est pas son avis: les Pays-Bas, par exemple, dépensent déjà des millions pour une agriculture et une industrie agroalimentaire qui misent sur les sciences de la vie. «La convergence de la science de la vie et de la technologie va créer de nouvelles plateformes scientifiques et de nouveaux modèles d'affaires. Nous ne sommes pas loin de produire des récoltes qui auront un impact fondamental sur la santé et le processus biologique. Il y a là le potentiel de révolutionner une bonne partie du milieu rural. Une révolution pharmaceutique est possible sur les fermes par la production de protéines révolutionnaires», a-t-il expliqué. Son mot de la fin? «Il ne s'agit pas de détruire ce qui existe mais de bâtir ce qui s'en vient.»
 
 
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  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    dimanche 9 septembre 2007 07h26
    L'art de nommer les choses
    "Souveraineté alimentaire", un joli néologisme pour "Agriculture monopolistique" ou "Protectionisme agro-alimentaire". Ça change tout, en effet, il faudrait vendre les droits de propriété intellectuelle au latifundistes sud-américains, je parierais qu'il y a un marché. La souveraineté est décidément mise à toute les sauces.

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