Un risque élevé
Ouf! La récente crise de liquidité est très révélatrice. Elle vous révèle à quel point vous encourez dans vos portefeuilles (fonds d'investissement et caisses de retraite) un niveau de risque passablement plus élevé que ce que vous imaginiez.
Des risques élevés jusque dans vos fonds d'investissement monétaires. C'est peu dire lorsqu'on sait que les fonds monétaires sont, dans tout le spectre des produits financiers, le type de placement prétendument presque sans risque. C'est là que, en effet, les petits épargnants parquent leurs liquidités croyant pouvoir y accéder en tout temps, capital et intérêt récupéré intégralement. Or, la récente crise de liquidité nous révèle que ce n'est pas nécessairement le cas. L'intervention tous azimuts de la Banque Nationale du Canada — elle a racheté pour deux milliards de dollars (c'est du bacon pour une banque de cette taille) les papiers commerciaux à effets adossés inscrits dans ses fonds monétaires — a de quoi inquiéter. Que ce serait-il passé sans cette intervention in extremis de notre banque québécoise? Car, voyez-vous, une intervention aussi massive montre que ces papiers commerciaux de piètre qualité pesaient lourd dans la composition des fonds monétaires de la banque. Des papiers commerciaux qui, dans la récente crise de liquidité, ne trouvaient plus preneurs. Autrement dit, sans l'intervention de la banque, de petits épargnants (des clients de la Banque Nationale) auraient été dans l'impossibilité d'encaisser en tout ou en partie leur argent investi. Une telle situation aurait pu dégénérer en déclenchant un vent de panique parmi tous les détenteurs d'unités de tels fonds pourtant presque sans risque.
Risque plus élevé, dis-je. Facile de comprendre pourquoi. Le secteur financier ne cesse de multiplier le nombre de ses intermédiaires. Comment? En créant de nouveaux produits ou de nouvelles structures de financement. C'est ainsi que l'on a aujourd'hui une multitude de fonds de contreparties (hedge funds) à travers le monde qui spéculent (le terme n'est pas trop fort) sur tout ce qui est monnayable. Des fonds de contreparties bourrés de dettes dont les gestionnaires spéculent sur les denrées, les métaux industriels, le gaz naturel, le pétrole, les devises, etc.
Il y a aussi de nombreux fonds privés pratiquant à tour de bras les acquisitions de grandes et très grandes entreprises en recourant à outrance à l'endettement.
Il y a aussi tout ce processus de titrisation autrefois réservé aux seuls titres hypothécaires. Ce processus consiste à regrouper dans un portefeuille des hypothèques contre lequel on émet des certificats épousant en moyenne les caractéristiques desdites hypothèques. Processus de titrisation poussé maintenant plus loin alors que l'on regroupe dans un même portefeuille des hypothèques à haut risque, à taux variables et autres, ainsi que divers prêts à la consommation contre lesquels on émet des titres de très courte échéance, soit les fameux papiers commerciaux à effets adossés à l'origine de la récente crise de liquidité. Outre les banques (elles émettent de tels effets), plusieurs compagnies privées se spécialisent dans l'émission de ces papiers commerciaux, comme Coventree, dans laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec vient quasiment de perdre sa mise.
Tous ces intermédiaires — la banque qui regroupe les hypothèques et autres créances pour les vendre, la compagnie qui les achète pour émettre des papiers commerciaux de piètre qualité, le courtier qui vend ces papiers commerciaux de piètre qualité — commandent de grasses commissions. Et, pourtant, tout ce beau monde s'abreuve à la même source, c'est-à-dire à votre épargne. À votre épargne investie dans les fonds communs d'investissement. À celle tirée de chacune de vos paies hebdomadaires pour être investie dans la caisse de retraite de votre employeur. Le hic: les rendements moyens à long terme tirés des divers marchés financiers sont limités. Dans le cas de la Bourse, ce rendement moyen à long terme oscille entre 8 % et 10 %. Les généreuses commissions versés aux intermédiaires financiers de plus en plus nombreux grugent dans ce rendement potentiel limité. Aussi, ces intermédiaires, pour parvenir à se payer grassement tout en vous accordant un rendement décent, n'ont pas d'autres choix que d'investir votre épargne dans des placements de plus en plus risqués.
Voilà ce que met en lumière la récente crise de liquidité. Une crise heureusement contenue par l'intervention massive des banques centrales de par le monde. Une crise qui n'est pas nécessairement terminée, du moins dans le cas des papiers commerciaux à effets adossés. Car les actifs leur servant de collatéral évoluent dans un contexte économique qui se dégrade de jour en jour. En juillet, le nombre des mises en chantier aux États-Unis est tombé sous la barre de 1,4 million d'unités, un niveau qui s'approche dangereusement de ceux enregistrés en période de récession. Les ventes d'automobiles ont littéralement dégringolé en juillet. Or, la récente crise de liquidité a forcé les banques et autres prêteurs à durcir leurs critères d'admission tout en haussant les taux exigés. Ce resserrement du crédit provoqué par la crise de liquidité ne peut qu'accentuer au cours des prochains mois le ralentissement déjà très palpable des secteurs de la construction et de l'automobile au sud de notre frontière.
Conclusion: méfiez-vous de vos fonds communs d'investissement et de vos caisses de retraite. Assurez-vous que leur portefeuille ne se compose que de titres de très haute qualité (titres à revenus fixes et actions de très solides entreprises). Nos élus et dirigeants doivent pour leur part questionner les gestionnaires de nos caisses de retraite qui ont épousé cette tangente consistant à investir dans des actifs de moins en moins liquides (papiers commerciaux à effets adossés mais aussi participation dans des aéroports, privatisation d'entreprises et prise de participation directe dans diverses infrastructures). Des actifs dont il est très difficile de déterminer la réelle valeur marchande.
***
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
Des risques élevés jusque dans vos fonds d'investissement monétaires. C'est peu dire lorsqu'on sait que les fonds monétaires sont, dans tout le spectre des produits financiers, le type de placement prétendument presque sans risque. C'est là que, en effet, les petits épargnants parquent leurs liquidités croyant pouvoir y accéder en tout temps, capital et intérêt récupéré intégralement. Or, la récente crise de liquidité nous révèle que ce n'est pas nécessairement le cas. L'intervention tous azimuts de la Banque Nationale du Canada — elle a racheté pour deux milliards de dollars (c'est du bacon pour une banque de cette taille) les papiers commerciaux à effets adossés inscrits dans ses fonds monétaires — a de quoi inquiéter. Que ce serait-il passé sans cette intervention in extremis de notre banque québécoise? Car, voyez-vous, une intervention aussi massive montre que ces papiers commerciaux de piètre qualité pesaient lourd dans la composition des fonds monétaires de la banque. Des papiers commerciaux qui, dans la récente crise de liquidité, ne trouvaient plus preneurs. Autrement dit, sans l'intervention de la banque, de petits épargnants (des clients de la Banque Nationale) auraient été dans l'impossibilité d'encaisser en tout ou en partie leur argent investi. Une telle situation aurait pu dégénérer en déclenchant un vent de panique parmi tous les détenteurs d'unités de tels fonds pourtant presque sans risque.
Risque plus élevé, dis-je. Facile de comprendre pourquoi. Le secteur financier ne cesse de multiplier le nombre de ses intermédiaires. Comment? En créant de nouveaux produits ou de nouvelles structures de financement. C'est ainsi que l'on a aujourd'hui une multitude de fonds de contreparties (hedge funds) à travers le monde qui spéculent (le terme n'est pas trop fort) sur tout ce qui est monnayable. Des fonds de contreparties bourrés de dettes dont les gestionnaires spéculent sur les denrées, les métaux industriels, le gaz naturel, le pétrole, les devises, etc.
Il y a aussi de nombreux fonds privés pratiquant à tour de bras les acquisitions de grandes et très grandes entreprises en recourant à outrance à l'endettement.
Il y a aussi tout ce processus de titrisation autrefois réservé aux seuls titres hypothécaires. Ce processus consiste à regrouper dans un portefeuille des hypothèques contre lequel on émet des certificats épousant en moyenne les caractéristiques desdites hypothèques. Processus de titrisation poussé maintenant plus loin alors que l'on regroupe dans un même portefeuille des hypothèques à haut risque, à taux variables et autres, ainsi que divers prêts à la consommation contre lesquels on émet des titres de très courte échéance, soit les fameux papiers commerciaux à effets adossés à l'origine de la récente crise de liquidité. Outre les banques (elles émettent de tels effets), plusieurs compagnies privées se spécialisent dans l'émission de ces papiers commerciaux, comme Coventree, dans laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec vient quasiment de perdre sa mise.
Tous ces intermédiaires — la banque qui regroupe les hypothèques et autres créances pour les vendre, la compagnie qui les achète pour émettre des papiers commerciaux de piètre qualité, le courtier qui vend ces papiers commerciaux de piètre qualité — commandent de grasses commissions. Et, pourtant, tout ce beau monde s'abreuve à la même source, c'est-à-dire à votre épargne. À votre épargne investie dans les fonds communs d'investissement. À celle tirée de chacune de vos paies hebdomadaires pour être investie dans la caisse de retraite de votre employeur. Le hic: les rendements moyens à long terme tirés des divers marchés financiers sont limités. Dans le cas de la Bourse, ce rendement moyen à long terme oscille entre 8 % et 10 %. Les généreuses commissions versés aux intermédiaires financiers de plus en plus nombreux grugent dans ce rendement potentiel limité. Aussi, ces intermédiaires, pour parvenir à se payer grassement tout en vous accordant un rendement décent, n'ont pas d'autres choix que d'investir votre épargne dans des placements de plus en plus risqués.
Voilà ce que met en lumière la récente crise de liquidité. Une crise heureusement contenue par l'intervention massive des banques centrales de par le monde. Une crise qui n'est pas nécessairement terminée, du moins dans le cas des papiers commerciaux à effets adossés. Car les actifs leur servant de collatéral évoluent dans un contexte économique qui se dégrade de jour en jour. En juillet, le nombre des mises en chantier aux États-Unis est tombé sous la barre de 1,4 million d'unités, un niveau qui s'approche dangereusement de ceux enregistrés en période de récession. Les ventes d'automobiles ont littéralement dégringolé en juillet. Or, la récente crise de liquidité a forcé les banques et autres prêteurs à durcir leurs critères d'admission tout en haussant les taux exigés. Ce resserrement du crédit provoqué par la crise de liquidité ne peut qu'accentuer au cours des prochains mois le ralentissement déjà très palpable des secteurs de la construction et de l'automobile au sud de notre frontière.
Conclusion: méfiez-vous de vos fonds communs d'investissement et de vos caisses de retraite. Assurez-vous que leur portefeuille ne se compose que de titres de très haute qualité (titres à revenus fixes et actions de très solides entreprises). Nos élus et dirigeants doivent pour leur part questionner les gestionnaires de nos caisses de retraite qui ont épousé cette tangente consistant à investir dans des actifs de moins en moins liquides (papiers commerciaux à effets adossés mais aussi participation dans des aéroports, privatisation d'entreprises et prise de participation directe dans diverses infrastructures). Des actifs dont il est très difficile de déterminer la réelle valeur marchande.
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