Commission sur l'avenir de l'agriculture - Jean Pronovost souhaite élargir le débat
Photo : Jacques Grenier
Jean Pronovost, président de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois?
Jean Pronovost, président de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois (CAAAQ), souhaite la participation des médias et du grand public. «Il faut sortir le débat du cercle de ceux qui fréquentent l'agriculture de façon quasi quotidienne», déclarait-il hier dans le cadre d'une longue entrevue au Devoir, à la veille des audiences nationales de la commission qui auront lieu à Québec et à Montréal au cours des deux prochaines semaines.
Selon lui, les Québécois connaissent peu le système agricole, qui est compliqué. «Il faut qu'ils le comprennent, qu'ils collaborent en payant plus cher pour certains produits et en contribuant par leurs taxes au soutien de l'agriculture. Il est important qu'ils sachent pourquoi», a-t-il expliqué. Mais la démarche de la CAAAQ ne vise pas seulement les consommateurs et les contribuables.
Plan de match
L'avenir même de l'agriculture passe par des changements. «On va tout mettre en oeuvre pour poser sur la table un plan de match dont le gouvernement pourra s'emparer afin de mieux ménager la suite des choses», promet le président. Y a-t-il des orientations imaginables? «Il y a déjà des pistes sur la table, mais il faudra aussi en imaginer, sinon les turbulences actuelles vont s'accentuer», poursuit-il. Selon lui, «l'agriculture québécoise a de belles forces et plusieurs éléments sur lesquels on peut compter», mais on n'en est pas moins «à l'heure du choix».
Sans entrer dans les détails, car la commission en est encore à l'étape de l'écoute, M. Pronovost avance qu'il «faudra faire des choix stratégiques et se donner des orientations qui tiendront compte d'un certain nombre d'éléments de la problématique actuelle». En d'autres mots, il faudra concentrer les énergies dans les secteurs où il y a un avenir et délaisser les autres où il y en a moins ou pas du tout.
Dans l'esprit du président de la CAAAQ, il n'est nullement question de mettre la hache dans le système agricole mis en place il y a un demi-siècle, mais le temps est venu de procéder à des adaptations qui peuvent entraîner «des changements dans les lois, dans la façon de fonctionner et dans les programmes gouvernementaux».
Quelle différence y a-t-il entre la démarche de la présente commission et celle d'Héon en 1955, alors que sévissait une crise agricole, ou celle d'April dix ans plus tard? «C'était un travail qui se basait sur des diagnostics qui étaient vrais il y a 50 ans. Le gouvernement avait alors mis en place un système. Nous, on arrive 50 ans plus tard. Ça décrit le travail à faire, c'est-à-dire regarder la même réalité, mais qui a vieilli, évolué, changé et qui s'est transformée depuis 50 ans.»
Parmi les changements, M. Pronovost rappelle que, dans son enfance, on ne retrouvait des oranges que dans les bas de Noël, alors qu'aujourd'hui on a des fruits exotiques à longueur d'année. Cela fait partie du phénomène de la mondialisation, qui a tendance à faire disparaître les frontières, y compris celles mises en place pour la protection des agricultures locales. Quoi qu'il en soit, «avec un système qui date de 50 ans, il faut le regarder, en discuter pour voir s'il y a des choses à changer et il faudra se le dire, tout comme pour les choses à conserver».
Sécurité alimentaire
Par ailleurs, il y a tous les enjeux concernant la sécurité alimentaire de produits qui viennent d'ici et d'ailleurs, il y a les enjeux environnementaux, l'usage des pesticides, la qualité de l'eau. «Le consommateur a un rôle à jouer là-dedans. C'est pour ça qu'on essaie d'élargir le débat», insiste le président, qui souhaite le même souci d'adhésion de la part du monde agricole. «Si l'on veut que notre rapport ne reste pas sur les tablettes, il faut qu'on arrive à faire les consensus les plus larges possibles, même s'ils ne sont pas parfaits. Il faut que les acteurs eux-mêmes partagent cette vision pour qu'elle fonctionne», dit-il. Car M. Pronovost pense qu'il sera possible d'atteindre un consensus sur une vision globale de l'agriculture, à la condition de laisser place à une variété de choses, et non pas de se cantonner dans un seul modèle de ferme. «Notre mandat se veut plus rassembleur.»
M. Pronovost explique que la commission vise l'adoption d'une approche permettant d'intégrer tous les éléments et les aspects qui font partie de son mandat. «On se situe à l'altitude qu'il faut pour intégrer et voir les interrelations entre les parties. C'est un peu comme si on nous demandait de faire une planification stratégique de tout le secteur agricole et agroalimentaire, de voir les forces, les faiblesses», explique-t-il. Mais comment atteindre cette intégration? Il évoque la théorie des dominos. Il faut trouver la bonne pièce, celle qui permettra de faire tomber en place toutes les autres.
Démarche pragmatique
Le président insiste particulièrement sur le caractère pragmatique de la démarche de la commission. Aux audiences nationales de Québec et de Montréal, où une centaine de personnes et groupes d'envergure nationale sont invités, on leur demande de présenter la synthèse de leur position. «Ce sera pour eux le moment de se mouiller en présentant leurs solutions. Mais il faudra que celles-ci soient réalistes aux yeux du public et du gouvernement. La politique, c'est l'univers du possible. Nous sommes dans cet univers. Il faudra que ce soit des choses faisables pour remplir notre mission», prévient-il.
Quand viendra le temps de rédiger un rapport dont la publication est prévue pour janvier 2008, quelle grille d'analyse les commissaires choisiront-ils pour arrêter leurs décisions et recommandations? «Il est trop tôt pour faire la liste des éléments de la grille», affirme le président. La commission se retrouve présentement avec une importante masse brute de mémoires et déclarations accumulés lors des audiences régionales. On voit ce que la base pense, mais elle reste prudente en attendant les prises de position des organismes nationaux dont elle fait partie, constate M. Pronovost.
La gouvernance
Un chapitre important dans le rapport de la CAAAQ sera celui sur la gouvernance, «un thème qu'on ne peut pas ignorer». Cela touche les gouvernements fédéral et provincial, mais de façon très particulière le ministère québécois de l'Agriculture, que certains trouvent trop axé sur l'économie et pas assez sur la santé et l'environnement. L'exercice touchera d'autres ministères, les municipalités et les MRC, ainsi que l'Union des producteurs agricoles, qui est «beaucoup plus qu'un syndicat unique», souligne M. Pronovost parce que, par l'intermédiaire de ses instances et syndicats locaux, elle est présente dans une foule d'organismes: la Financière agricole, les offices de mise en marché, l'Institut de recherche et les MRC.
Est-ce que la commission se prononcera sur son caractère de syndicat unique? «Il est prématuré de répondre à cela», dit le président, lequel reconnaît qu'il s'agit d'un sujet «chaud et délicat», parce qu'il y a des aspects politiques et financiers, en particulier pour les producteurs. M. Pronovost se demande néanmoins si le rôle de la commission, en tant que tierce partie, est vraiment d'intervenir dans une décision qui devrait normalement appartenir aux producteurs eux-mêmes, soit celle de choisir s'ils préfèrent avoir un, deux ou trois syndicats. On sait cependant que, lors de l'annonce de la création de la commission, le gouvernement Charest avait soutenu que celle-ci n'avait pas le mandat de traiter de cette question.
Selon lui, les Québécois connaissent peu le système agricole, qui est compliqué. «Il faut qu'ils le comprennent, qu'ils collaborent en payant plus cher pour certains produits et en contribuant par leurs taxes au soutien de l'agriculture. Il est important qu'ils sachent pourquoi», a-t-il expliqué. Mais la démarche de la CAAAQ ne vise pas seulement les consommateurs et les contribuables.
Plan de match
L'avenir même de l'agriculture passe par des changements. «On va tout mettre en oeuvre pour poser sur la table un plan de match dont le gouvernement pourra s'emparer afin de mieux ménager la suite des choses», promet le président. Y a-t-il des orientations imaginables? «Il y a déjà des pistes sur la table, mais il faudra aussi en imaginer, sinon les turbulences actuelles vont s'accentuer», poursuit-il. Selon lui, «l'agriculture québécoise a de belles forces et plusieurs éléments sur lesquels on peut compter», mais on n'en est pas moins «à l'heure du choix».
Sans entrer dans les détails, car la commission en est encore à l'étape de l'écoute, M. Pronovost avance qu'il «faudra faire des choix stratégiques et se donner des orientations qui tiendront compte d'un certain nombre d'éléments de la problématique actuelle». En d'autres mots, il faudra concentrer les énergies dans les secteurs où il y a un avenir et délaisser les autres où il y en a moins ou pas du tout.
Dans l'esprit du président de la CAAAQ, il n'est nullement question de mettre la hache dans le système agricole mis en place il y a un demi-siècle, mais le temps est venu de procéder à des adaptations qui peuvent entraîner «des changements dans les lois, dans la façon de fonctionner et dans les programmes gouvernementaux».
Quelle différence y a-t-il entre la démarche de la présente commission et celle d'Héon en 1955, alors que sévissait une crise agricole, ou celle d'April dix ans plus tard? «C'était un travail qui se basait sur des diagnostics qui étaient vrais il y a 50 ans. Le gouvernement avait alors mis en place un système. Nous, on arrive 50 ans plus tard. Ça décrit le travail à faire, c'est-à-dire regarder la même réalité, mais qui a vieilli, évolué, changé et qui s'est transformée depuis 50 ans.»
Parmi les changements, M. Pronovost rappelle que, dans son enfance, on ne retrouvait des oranges que dans les bas de Noël, alors qu'aujourd'hui on a des fruits exotiques à longueur d'année. Cela fait partie du phénomène de la mondialisation, qui a tendance à faire disparaître les frontières, y compris celles mises en place pour la protection des agricultures locales. Quoi qu'il en soit, «avec un système qui date de 50 ans, il faut le regarder, en discuter pour voir s'il y a des choses à changer et il faudra se le dire, tout comme pour les choses à conserver».
Sécurité alimentaire
Par ailleurs, il y a tous les enjeux concernant la sécurité alimentaire de produits qui viennent d'ici et d'ailleurs, il y a les enjeux environnementaux, l'usage des pesticides, la qualité de l'eau. «Le consommateur a un rôle à jouer là-dedans. C'est pour ça qu'on essaie d'élargir le débat», insiste le président, qui souhaite le même souci d'adhésion de la part du monde agricole. «Si l'on veut que notre rapport ne reste pas sur les tablettes, il faut qu'on arrive à faire les consensus les plus larges possibles, même s'ils ne sont pas parfaits. Il faut que les acteurs eux-mêmes partagent cette vision pour qu'elle fonctionne», dit-il. Car M. Pronovost pense qu'il sera possible d'atteindre un consensus sur une vision globale de l'agriculture, à la condition de laisser place à une variété de choses, et non pas de se cantonner dans un seul modèle de ferme. «Notre mandat se veut plus rassembleur.»
M. Pronovost explique que la commission vise l'adoption d'une approche permettant d'intégrer tous les éléments et les aspects qui font partie de son mandat. «On se situe à l'altitude qu'il faut pour intégrer et voir les interrelations entre les parties. C'est un peu comme si on nous demandait de faire une planification stratégique de tout le secteur agricole et agroalimentaire, de voir les forces, les faiblesses», explique-t-il. Mais comment atteindre cette intégration? Il évoque la théorie des dominos. Il faut trouver la bonne pièce, celle qui permettra de faire tomber en place toutes les autres.
Démarche pragmatique
Le président insiste particulièrement sur le caractère pragmatique de la démarche de la commission. Aux audiences nationales de Québec et de Montréal, où une centaine de personnes et groupes d'envergure nationale sont invités, on leur demande de présenter la synthèse de leur position. «Ce sera pour eux le moment de se mouiller en présentant leurs solutions. Mais il faudra que celles-ci soient réalistes aux yeux du public et du gouvernement. La politique, c'est l'univers du possible. Nous sommes dans cet univers. Il faudra que ce soit des choses faisables pour remplir notre mission», prévient-il.
Quand viendra le temps de rédiger un rapport dont la publication est prévue pour janvier 2008, quelle grille d'analyse les commissaires choisiront-ils pour arrêter leurs décisions et recommandations? «Il est trop tôt pour faire la liste des éléments de la grille», affirme le président. La commission se retrouve présentement avec une importante masse brute de mémoires et déclarations accumulés lors des audiences régionales. On voit ce que la base pense, mais elle reste prudente en attendant les prises de position des organismes nationaux dont elle fait partie, constate M. Pronovost.
La gouvernance
Un chapitre important dans le rapport de la CAAAQ sera celui sur la gouvernance, «un thème qu'on ne peut pas ignorer». Cela touche les gouvernements fédéral et provincial, mais de façon très particulière le ministère québécois de l'Agriculture, que certains trouvent trop axé sur l'économie et pas assez sur la santé et l'environnement. L'exercice touchera d'autres ministères, les municipalités et les MRC, ainsi que l'Union des producteurs agricoles, qui est «beaucoup plus qu'un syndicat unique», souligne M. Pronovost parce que, par l'intermédiaire de ses instances et syndicats locaux, elle est présente dans une foule d'organismes: la Financière agricole, les offices de mise en marché, l'Institut de recherche et les MRC.
Est-ce que la commission se prononcera sur son caractère de syndicat unique? «Il est prématuré de répondre à cela», dit le président, lequel reconnaît qu'il s'agit d'un sujet «chaud et délicat», parce qu'il y a des aspects politiques et financiers, en particulier pour les producteurs. M. Pronovost se demande néanmoins si le rôle de la commission, en tant que tierce partie, est vraiment d'intervenir dans une décision qui devrait normalement appartenir aux producteurs eux-mêmes, soit celle de choisir s'ils préfèrent avoir un, deux ou trois syndicats. On sait cependant que, lors de l'annonce de la création de la commission, le gouvernement Charest avait soutenu que celle-ci n'avait pas le mandat de traiter de cette question.
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