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Crise des liquidités - Les yeux sur les banques centrales

Blasé ou fatigué? La Bourse de Shanghai a clôturé sur un nouveau record hier, progressant de 1 %.
Photo : Agence Reuters
Blasé ou fatigué? La Bourse de Shanghai a clôturé sur un nouveau record hier, progressant de 1 %.
Le sérieux de la crise des liquidités qui frappe les marchés financiers fait en sorte que la Banque du Canada sera forcée de laisser son taux directeur à 4,25 % en septembre, ont estimé hier plusieurs économistes dans une brochette de notes de recherche.

Ces économistes, dont plusieurs prévoyaient initialement une hausse des taux de 0,25 % le mois prochain en raison du niveau élevé de l'inflation, croient désormais qu'un relèvement du taux directeur aura plutôt lieu en octobre, voire dans la nouvelle année.

«En cette période d'incertitude et de déséquilibre sur le marché des liquidités, la Banque du Canada serait avisée de retarder la hausse du taux cible des fonds à un jour, initialement prévue en septembre», a écrit l'équipe d'économistes du Mouvement Desjardins.

«Un "statu quo" des taux d'intérêt directeurs aiderait non seulement à traverser la crise actuelle au chapitre des liquidités, mais permettrait aussi d'évaluer plus précisément l'incidence sur les économies canadienne et américaine de la problématique associée au crédit hypothécaire de moins bonne qualité», poursuit la note de recherche.

Les marchés financiers vivent un scénario particulier depuis une semaine, en ce sens que la crise des liquidités vécue ailleurs dans le monde s'est transportée au Canada. En gros, les difficultés éprouvées dans le secteur hypothécaire américain a semé la panique chez les banques, qui hésitent un peu plus à se prêter de l'argent.

Geste logique

La Banque du Canada — comme la Fed et la Banque centrale européenne — est intervenue à plusieurs reprises sur le marché en offrant aux banques des prêts à taux plus faible, mais les économistes se demandent si elle va poser le prochain geste logique: cesser le resserrement de ses taux entamé en juillet.

La Banque du Canada, dirigée par le gouverneur David Dodge, est obsédée par le contrôle de l'inflation.

Les prix à la consommation augmentent présentement au rythme de 2,2 % par année. L'Alberta est en partie responsable. Or, puisque les données publiées hier par Statistique Canada montrent que l'inflation s'est calmée dans l'Ouest, plusieurs institutions ont estimé hier que la Banque du Canada se permettra de laisser ses taux inchangés.

«Il y a moins d'un mois, nous étions d'avis que la Banque du Canada allait augmenter son taux le 5 septembre, en raison de l'économie qui tourne au-delà de son potentiel et de l'inflation qui dépasse la cible», a écrit David Wolf, économiste chez Merrill Lynch. «La tourmente fait en sorte qu'une hausse est désormais hors de question.»

La crise des liquidités ne semble pas vouloir s'attaquer à la croissance économique, a cependant noté M. Wolf. «Il est peu probable que la Banque du Canada se mette à réduire son taux», a-t-il conclu.

La prochaine réunion de la Banque du Canada aura lieu le 5 septembre. La cible du taux directeur, qui s'applique lorsque les banques se prêtent de l'argent, est passée de 4,25 % à 4,50 % au mois de juillet.

Rappelons que la crise de confiance s'est également manifestée d'une autre façon. Certaines sociétés non bancaires spécialisées dans l'émission de titres à court terme ne sont plus capables de les vendre.

Il s'agit plus précisément du papier commercial adossé à des actifs, lesquels peuvent être des prêts hypothécaires, des dettes de cartes de crédit, etc. Ces titres occupent parfois beaucoup de place dans les fonds de marché monétaire.

La Fed

Les économistes prévoient par ailleurs que la Réserve fédérale américaine va baisser son taux directeur d'ici sa réunion prévue le 18 septembre. La Fed a déjà réduit le taux d'escompte qui s'applique lorsqu'elle prête de l'argent aux banques en dernier recours (passé de 6,25 % à 5,75 %), mais elle pourrait maintenant faire de même avec la cible du taux directeur, qui s'applique lorsque les banques se prêtent de l'argent entre elles (5,25 %).

«Nous prévoyons une baisse de 0,50 % le 18 septembre ou avant», a écrit Merrill Lynch en disant que la Fed reconnaîtrait ainsi «la menace que représente un resserrement des conditions de crédit pour l'économie réelle». D'autres baisses suivraient au cours de l'automne, selon M. Wolf.

Chez les économistes de la Banque de Montréal, l'avis est plutôt d'une baisse du taux directeur de la Fed de 0,25 %. Quant à la Financière Banque Nationale (FBN), on voit une «possibilité accrue» d'une baisse de taux à la Fed entre deux réunions. La FBN croit que si le crédit continue de se détériorer au Canada, la Banque du Canada ferait bien de réduire son taux directeur.

La Fed est beaucoup intervenue sur les marchés, injectant des dizaines de milliards de dollars en prêts à court terme pour assurer le bon fonctionnement du système financier. Elle a cependant ralenti le rythme. Hier, par exemple, elle n'a injecté que quatre milliards de dollars américains. La Banque du Canada n'a rien injecté sur les marchés depuis jeudi dernier.

La Banque centrale européenne a elle aussi ralenti le rythme. Cependant, la Banque centrale d'Angleterre est intervenue hier pour la première fois depuis le 17 juillet, une injection de liquidités de 314 millions de livres sterling (661 millions canadiens). Selon le Wall Street Journal, l'argent a été prêté à Barclays.
 
 
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