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Les Bourses reculent à l'unisson

Le spectre d'une crise de liquidités préoccupe les marchés

Craintes hypothécaires obligent, la nervosité continue de peser. Véritables montagnes russes sous un ciel toujours menaçant, les places boursières ont débuté la journée d'hier sur une pente descendante, entrepris une tentative de remontée mais abandonné la partie en fin de séance avec un relâchement tous azimuts. Résultat? La Bourse de Toronto, à l'instar de Wall Street, a encore chuté de près de 200 points.

Malgré les déclarations lancées ici et là concernant une certaine stabilisation des marchés, notamment par la Banque centrale européenne, les investisseurs ont fait à leur tête hier et tout simplement ramené les indices des principaux parquets à des niveaux qu'on n'avait pas vus depuis la fin de l'hiver.

En progression constante depuis cinq ans, les marchés ont perdu environ 10 % depuis un mois pour des raisons que les analystes lient généralement à un phénomène de pure panique. Les investisseurs craignent que les problèmes dans le secteur hypothécaire aux États-Unis, lesquels ont entraîné des pertes chez certaines grandes banques new-yorkaises et européennes, ne s'étendent au reste de l'économie.

Hier, l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto a perdu 1,5 % à 13 049 points, un niveau que Bay Street n'a pas connu depuis mars et qui traduit une dégringolade de 11 % depuis un mois. Tous les secteurs, sans exception, ont essuyé des pertes. Les reculs les plus impressionnants sont survenus dans celui des matières premières (-10 %), qui pèse très lourd à Toronto, de l'énergie (-4 %) et des produits de consommation (-3,3 %).

À New York, l'indice Dow Jones a écopé d'un recul de 167 points pour descendre sous la barre des 13 000 points pour la première fois depuis avril. Quant au S&P 500, une baisse de 1,4 % a fait en sorte qu'il est redescendu à son niveau de la mi-mars, tandis que le Nasdaq revenait au niveau du début avril avec un recul de 40 points à 2459 points.

En Europe, les marchés ont reculé d'environ 0,5 % alors que les Bourses asiatiques ont elles aussi affiché des baisses.

Encore les liquidités

Au coeur des préoccupations des marchés figure le spectre d'une crise de liquidités, phénomène qui survient lorsque les institutions, craintives, refusent de se prêter de l'argent. C'est le cas présentement: le sentiment de retenue, généré par la peur, fait qu'elles ont moins le goût de s'avancer de l'argent. Et si elles le font, elles s'exigent des taux d'intérêt beaucoup plus élevés qu'à l'habitude.

Pour éviter tout dérapage, les banques centrales entrent en scène et agissent comme prêteurs, à taux plus faible. Certes, elles le font souvent. Or, depuis une semaine, elles interviennent massivement.

Depuis jeudi dernier, la Réserve fédérale américaine a ainsi injecté 71 milliards $US dans le système financier. Hier, elle a prêté aux institutions sept milliards de dollars américains de plus, somme qu'elle récupérera aujourd'hui. La Banque du Canada, de son côté, a injecté hier 370 millions pour ajouter aux quatre milliards qu'elle a déjà prêtés depuis jeudi.

Pour la première fois depuis des lunes, cependant, la Banque centrale européenne n'a pas injecté d'argent sur les marchés financiers pour assurer leur bon fonctionnement, une pause remarquée après l'injection de 210 milliards d'euros en quelques jours.

L'efficacité des interventions des banques centrales ne fait pas l'unanimité parmi les observateurs. Le geste de la Banque centrale européenne, par exemple, s'est avéré beaucoup trop fort et a amplifié la panique, ont dit certains. Puisque les liquidités coûtent plus cher, les banques centrales seront forcées d'abaisser les taux d'intérêt, disent les autres.

Entre-temps, les Bourses demeurent extrêmement volatiles. «Les gens ont peur», a dit lors d'un entretien mardi matin Marc Lévesque, stratège à la Banque Toronto-Dominion. La Bourse de Toronto, comme hier, était en chute libre. «Il ne faut qu'une toute petite mauvaise nouvelle pour que les marchés recommencent à planter. Que ça soit important ou non, on dirait que ce n'est plus pertinent.»

Mauvaises nouvelles

La seule statistique négative en sol canadien hier est venue de Statistique Canada: les livraisons des manufacturiers ont reculé de 1,8 % en juin. La baisse, attribuable surtout au secteur automobile, est la plus importante depuis janvier. Dans la mêlée, le dollar canadien en a pris pour son rhume: un douloureux recul de près d'un cent à 92,78 ¢US. Le huard est ainsi revenu au niveau qu'il affichait avant son ascension soudaine, en mai dernier.

Sinon, les grosses nouvelles se trouvaient surtout au sud de la frontière. Le plus gros prêteur américain, Countrywide Financial, a fait l'objet d'une décote de la part de Merrill Lynch, qui suggère désormais aux investisseurs de larguer son titre. Il n'en fallait pas plus pour que la Bourse punisse l'entreprise en retranchant à son action 13 %, une dégelée hors du commun, à 21,29 $US.

Une autre nouvelle? Un gros joueur, KKR Financial, a décidé de vendre pour 5,1 milliards $US en hypothèques résidentielles et d'inscrire une perte de 40 millions $US à ses livres. Une perte additionnelle de 250 millions $US n'est pas impossible, a-t-elle dit. La société est une filiale du célèbre fonds d'investissement privé KKR, qui compte s'inscrire en Bourse si tout va bien.

Mais il y avait aussi des nouvelles positives. Les données gouvernementales, par exemple, ont montré que l'inflation semble se calmer. Ce phénomène, ont opiné des économistes, pourrait peut-être convaincre la Fed de réduire son taux d'intérêt directeur lors de sa prochaine réunion en septembre. Une telle perspective, normalement, aurait dû réjouir les Bourses. Mais le contexte est particulier.

«Personnellement, je dirais qu'on semble bel et bien au bord de la panique», a dit à l'agence Bloomberg hier Jeffrey Saut, stratège chez Raymond James & Associates en Floride. «Sur les marchés financiers, l'état psychologique compte pour beaucoup. Et cet état a changé très vite sur Wall Street.»

Car Wall Street ne peut croire que la déconfiture des produits financiers de nature hypothécaire — qui contiennent notamment des hypothèques en mauvais état — n'aura pas d'impact sur l'ensemble des sociétés financières, qui à leur tour resserreront les conditions de crédit à la consommation et entraîneront un ralentissement de l'économie.

À ce chapitre, une étude d'une filiale du Crédit Agricole SA, troisième banque française, estime que les dommages à l'échelle mondiale se chiffreront à 150 milliards $US. Jusqu'à présent, les estimations tournaient autour de 50 ou 100 milliards $US.
 
 
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