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Pour assurer le bon fonctionnement des marchés - Nouvelle intervention des banques centrales

À la Bourse de Francfort, hier: le calme après la tempête.
Photo : Agence France-Presse
À la Bourse de Francfort, hier: le calme après la tempête.
Après les mesures draconiennes de jeudi et de vendredi, plusieurs banques centrales ont à nouveau injecté de l'argent hier dans le système financier pour assurer le bon fonctionnement des marchés, mais les sommes diminuent au fur et à mesure que la panique semble se dissiper. Moins affolés, les marchés ont passé la journée en territoire positif avant de terminer sur un très léger recul.

La Banque du Canada, dont les injections se sont élevées à 3,2 milliards jeudi et vendredi, a ajouté hier 670 millions. De son côté, la Réserve fédérale de New York — branche opérationnelle de la Fed — y est allée d'une somme de 2 milliards $US après les 62 milliards $ de jeudi et vendredi. En Asie, la Banque du Japon a consacré 5 milliards $US.

Toutefois, c'est encore la Banque centrale européenne qui a remporté la palme de la plus grosse intervention: 47,7 milliards d'euros. Depuis jeudi matin, elle a donc abreuvé les marchés de plus de 203 milliards d'euros (292 milliards canadiens).

Lorsqu'elles injectent de l'argent de la sorte, les banques centrales prêtent aux banques sur une période de 24 heures. Elles procèdent ainsi pour éviter ce que les spécialistes appellent une crise de liquidité. La journée d'hier, toutefois, n'avait rien à voir avec la folie de la semaine dernière, un mouvement de panique déclenché par les déboires de BNP Paribas dans le secteur des hypothèques à risque en sol américain.

La Bourse de Toronto a bien commencé la journée hier mais un recul en après-midi, notamment dans le secteur des services financiers, a fait en sorte que les gains cumulés jusque-là ont lentement disparu. L'indice S&P/TSX a signé une baisse de 39 points à 13 427 points, soit un recul de 0,3 %. Le sous-indice des services financiers, qui pèse lourd dans l'indice global, a chuté de près de 3 % en raison du recul chez les grandes banques.

À Wall Street, le Dow Jones a perdu trois points pour terminer en très légère baisse. Même scénario pour le Nasdaq et le S&P500, dont le niveau de clôture était le même que celui de vendredi. «Les investisseurs reprennent confiance dans l'idée que les banques centrales veulent intervenir afin d'éviter des conséquences sérieuses sur les économies», a expliqué à l'Agence France-Presse un analyste de Cowen & Co.

Les Bourses européennes ont bien réagi: le CAC-40, à Paris, a bondi de 2,2 % alors que le DAX, en Allemagne, s'est offert une hausse de 1,8 %. À Londres, le FTSE 100 a grimpé de 3 %. En ce qui concerne les marchés asiatiques, ils ont terminé la séance en légère hausse.

«Un mois ou deux»

Bon nombre d'acteurs s'époumonent à dire que ce qui se passe en Bourse ne devrait pas, du moins pas pour le moment, contaminer l'économie dans son ensemble. «C'est surtout Wall Street qui a de la difficulté, pas Main Street», a dit Christian Godin, vice-président à la firme de placements Montrusco Bolton. Autrement dit, les problèmes représentent davantage un risque pour les marchés financiers que pour l'économie réelle au quotidien. «Les problèmes de l'immobilier aux États-Unis ne sont pas suffisamment lourds pour nuire. Pour un effet domino, il faudrait d'abord une détérioration de la confiance des consommateurs.»

Selon M. Godin, il faudra probablement «un mois ou deux» pour que «tout le monde comprenne ce qui se passe» avec les produits d'investissement exotiques qui sont à la base des problèmes de certaines banques.

Le secteur financier est aux prises avec la perte de valeur de certains fonds constitués notamment de titres hypothécaires à risque. Ces titres sont en fait des hypothèques regroupées de manière à générer un rendement pour des investisseurs. Or compte tenu du fait que le taux de défaillance sur les hypothèques risquées est d'environ 20 %, ces investissements valent de moins en moins, et les institutions écopent.

Hier, la Banque CIBC a avoué que son exposition à certains secteurs, dont l'hypothèque à risque (le célèbre subprime) lui coûtera 290 millions. Elle prévoit quand même un trimestre rentable. Les analystes et investisseurs auront les yeux rivés sur Bay Street au cours des prochains jours et semaines pour toute annonce provenant des autres banques sur le même sujet.

Du côté américain, les problèmes hypothécaires incitent les banques à une prudence plus marquée. Une série de données publiées hier par la Fed montre que les prêteurs ont étendu cette prudence à d'autres catégories de crédits à la consommation. La Financière Banque Nationale était d'avis que cela annonce un certain ralentissement des dépenses pour la deuxième moitié de 2007.

Tout compte fait, cependant, un analyste d'Avalon Partners a affirmé à l'Agence France-Presse que la panique des derniers jours cède le terrain au réalisme. «Le marché réalise que les données économiques laissent présager une croissance économique modeste et peut-être que l'on va commencer à voir de moins en moins de victimes des subprimes», a dit Peter Cardillo.






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  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    mardi 14 août 2007 11h46
    Un post mortem à faire
    « Lorsque cette épisode sera chose du passé, il faudra que les grands intervenants (dont les banques centrales) face un post-mortem sur la montée des risques pris dans le secteur immobilier des États-Unis, sur le vent de panique qui a soufflé et sur l'intervention des banques centrales.

    Quand un tel choc nous frappe, il faut d'abord se demander si un tel événement était prévisible. De penser que la valeur des propriétés hypothéquées aux États-Unis allait continuer de s'accroître de façon continue et importante, année après année, me semble une hypothèse totalement incorrecte sur laquelle baser une stratégie d'investissement de portefeuille. De penser que les institutions prêteuses ne prenaient pas de grands risques avec des emprunteurs qui n'avaient comme marge de manoeuvre que les gains attendus sur la valeur de leur propriété me semble encore plus un manque de jugement. Par contre, de penser que, si le problème était suffisamment grand, la Réserve fédérale et les autres banques centrales viendraient aux secours de ces institutions prêteuses était une bonne prévision.

    Quand la crise asiatique a frappé, on a dit que ces pays manquaient d'expérience et de maturité. Il en fut de même avec de dernières crises financières en Russie et en Argentine. Pourtant la présente crise de confiance émerge du pays qui serait le plus avancé sur le plan financier. On est plus gros, plus sophistiqué mais on prend plus de risques. Le taux d'accident est alors au moins aussi important et on entraîne plus de monde dans la débâcle.

    Comme dans le cas de la débâcle d'Enron, les autorités réglementaires américaines devront revoir leur façon d'évaluer les risques associés à diverses activités financières. Les institutions financières du secteur privé pour leur part devront baser leur évaluation des risques sur une meilleure compréhension des contraintes macro-économiques. Ce manque de compréhension était d'ailleurs à la source de la surévaluation du cours des télécoms et la débâcle financière qui a suivi. En somme, on a peu appris.

    Je suis donc très sympathique au propos du gouverneur de la Banque d'Angleterre Mervyn King qui avait estimé mercredi que la crise des prêts immobiliers à risque aux États-Unis «n'était pas actuellement une crise financière internationale». Il avait ajouté que ce n'était «certainement pas» le travail des banques centrales que «de protéger les emprunteurs peu avisés». En fait, les banques centrales qui sont intervenues non pas protégé totalement les investisseurs peu avisés, elles leur ont donné, jusqu'à date, un peu de temps pour limiter les dégâts. Par contre, si elles baissent les taux d'intérêt, ce sera une tout autre histoire.

    Jean-Pierre Aubry »

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