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Une dimension psychologique importante

14 août 2007  Actualités économiques
Francfort — Les banques centrales jouent un rôle clé dans la crise financière en injectant des milliards d'euros pour calmer les marchés, une intervention concertée qui commence à porter ses fruits mais qui devrait se poursuivre, selon les observateurs.

Depuis jeudi dernier, la Banque centrale européenne (BCE) a mis environ 200 milliards d'euros (300 milliards $)à la disposition des banques de la zone euro, pour leur permettre de faire face à leurs obligations. Un peu partout dans le monde, la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque du Japon, la banque du Canada ont fait de même, mais avec des montants beaucoup moins importants.

Les actions coordonnées sont rares. Les banques centrales de la planète avaient déjà remis des dizaines de milliards de dollars dans le circuit au moment du krach boursier de 1987 ou du bogue de l'an 2000.

Cette fois-ci, les banques centrales ont volé au secours du secteur bancaire pour éviter un effondrement du crédit («credit crunch»). Certains établissements ont investi plus que de raison dans les prêts hypothécaires à risque aux États-Unis. Un climat général de défiance s'est installé et les banques rechignent à se prêter mutuellement de l'argent.

La dimension psychologique est importante. Les banques centrales ont voulu envoyer des signaux aux opérateurs en montrant qu'elles étaient prêtes à agir avant que les risques ne se matérialisent. Les marchés ont tout d'abord très mal réagi la semaine dernière en interprétant leur intervention comme un aveu de faiblesse. «L'idée générale qui dominait était: s'il y a réaction de la BCE, c'est que la situation est grave», notait Peter Müller, économiste à la Commerzbank. Les Bourses et le marché des matières premières ont plongé.

Hier en revanche, la situation s'améliorait. Le marché monétaire et les places boursières relevaient la tête un peu partout dans le monde. La BCE a injecté beaucoup moins d'argent —environ 47 milliards d'euros— et les taux sur le marché interbancaire continuaient à descendre. Dans un bref communiqué, la banque centrale a d'ailleurs estimé que la situation «se normalisait».

Un point de vue partagé par certains analystes.

«La BCE a fait la seule chose qu'elle pouvait faire. Elle a injecté de l'argent pour calmer les opérateurs et visiblement ça marche», relevait Jörg Krämer, chef économiste de la Commerzbank sur la chaîne de télévision allemande d'informations en continu ntv.

Pour autant, les banques centrales ne sont pas encore au bout de leurs peines. Elles vont sans doute continuer à injecter des liquidités énormes pour soutenir les marchés. Et certains spéculaient hier sur un swap de devises entre la BCE et la Fed pour permettre aux banques européennes d'emprunter à court terme en dollar.

«La semaine qui vient va être extrêmement importante: le système va-t-il pouvoir tenir sans la béquille des banques centrales?», a déclaré Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis Asset Management, à l'AFP. Si le secteur bancaire continue à multiplier les mauvaises nouvelles, du type de celle de BNP Paribas la semaine dernière, le marché va continuer à souffir, estimait-il.

Dans le pire des cas, «on pourrait alors imaginer une autre action concertée avec des baisses des taux conjointes de la BCE et de la Réserve fédérale américaine», ajoutait l'économiste. En acceptant de baisser les taux, la BCE reconnaîtrait qu'elle a complètement sous-évalué la gravité de la situation. Depuis plusieurs semaines, l'institut répète à qui veut l'entendre que les remous sur les marchés financiers ne sont qu'une simple «réappréciation des risques» et prépare les observateurs à une nouvelle hausse de taux en septembre.

Le flegme britannique

La Banque d'Angleterre (BoE) s'est distinguée des autres grandes banques centrales depuis jeudi en ne montrant aucun signe d'inquiétude devant la situation du crédit mondial, et en étant la seule à ne pas injecter des liquidités dans le système.

La BoE est restée de marbre. Elle a seulement rappelé lundi qu'elle avait mis en place, en mai dernier, un système de facilité de crédit pour les banques, leur permettant de lui emprunter en permanence des sommes à 100 points de base au-dessus de son taux d'intérêt directeur, soit 6,75 % actuellement.

Cette mesure, et d'autres contenues dans «le Nouveau cadre de modernisation des marchés en livres sterling», publié le 18 mai 2006, «sont destinées à aider le système à faire face à des conditions de marché difficiles», a souligné la Banque lundi, sans préciser si des banques y avaient eu recours depuis la semaine dernière.

Commentant le rapport trimestriel sur l'inflation de l'institution, le gouverneur de la BoE Mervyn King avait estimé mercredi que la crise des prêts immobiliers à risque aux États-Unis «n'était pas actuellement une crise financière internationale». Il avait ajouté que ce n'était «certainement pas» le travail des banques centrales que «de protéger les emprunteurs peu avisés».

Il avait également émis l'espoir que les problèmes constatés sur le subprime permettent au marché du crédit mondial de revenir «à des niveaux plus sensés» après la surchauffe des derniers mois.

Dans le journal le Guardian ce week-end, le professeur d'économie Geoffrey Wood, conseiller spécial de la BoE, a pour sa part estimé que la BCE a agi «sans réfléchir» avec ses injections de liquidité massives, risquant d'inquiéter les marchés plus que de les rassurer.






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