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Allemagne - La Bundesbank, modèle de la BCE, fête ses cinquante ans

6 août 2007  Actualités économiques
Le président Axel Weber pose devant les bureaux de la Bundesbank.
Photo : Agence France-Presse
Le président Axel Weber pose devant les bureaux de la Bundesbank.
Berlin — «Tous les Allemands ne croient pas en Dieu, mais tous croient en la Bundesbank»: la formule de Jacques Delors, en 1992, est restée célèbre, et en dit long sur l'attachement, outre-Rhin, à l'indépendance du pouvoir monétaire. Cinquante ans après sa création, même si la puissance de la «Buba» a considérablement décliné depuis la disparition du deutschemark, les Allemands estiment que c'est bien son esprit qui s'est imposé et prévaut à la Banque centrale européenne (BCE), sise, comme elle, à Francfort.

Le 1er août 1957, la Bundesbank entamait ses travaux dans ce qui allait devenir la capitale financière de l'Allemagne. Sa mission: assurer la stabilité de la devise ouest-allemande et la fluidité des flux monétaires. Ce qu'elle réussit avec brio, le «DM» devenant une monnaie particulièrement résistante à l'inflation et garantissant à la République fédérale des décennies de miracle économique.

«L'histoire de la Bundesbank est une success story», relève Udo Steffens, président de la School of Finance and Management de Francfort. «Elle a fait du deutschemark l'une des monnaies les plus stables au monde. Et sans un mark fort, il n'y aurait jamais eu d'euro fort», ajoute-t-il.

Les économistes s'accordent à dire que la «Buba» a été un modèle pour la BCE, mise en place en 1998, que ce soit dans la définition et la mise en oeuvre de sa politique monétaire, et notamment dans la fixation, en toute indépendance des gouvernements, de ses taux directeurs, dans ses opérations de change ou dans le bon fonctionnement des systèmes de paiement.

«La BCE a adopté toutes les caractéristiques essentielles de la Bundesbank, elle a poursuivi sa politique prospère sans avoir à changer grand-chose», explique Holger Schmieding, chef économiste de la Bank of America.

Formidables réserves d'or

Mais, après cinq ans et demi d'euro, que reste-t-il de la «Buba», qui ne dispose que d'un siège au conseil de la BCE, au même titre que la banque centrale slovène, ou bientôt chypriote? «Nous avons besoin d'une Bundesbank forte, en tant que partie intégrante du système euro», revendique son président Axel Weber, nommé en 2004 pour remplacer Ernst Welteke emporté par une affaire de corruption, le seul véritable scandale de l'honorable maison.

M. Weber, un professeur d'économie, a depuis engagé sa banque dans une cure d'austérité pour l'adapter aux nouvelles donnes de la zone euro. Le magazine Der Spiegel, qui a consacré un long article au «mythe Buba», croit savoir qu'il a lui-même monté ses meubles de fabrication suédoise quand il a emménagé dans son appartement de fonction, là où ses prédécesseurs se laissaient aménager une villa entière.

Le gardien des deniers de l'État, qui accueillera, le 20 septembre, à Francfort la chancelière Angela Merkel (CDU) pour la célébration officielle du 50e anniversaire, mène certes rondement ses affaires: l'institut met en pratique les décisions de la BCE et, comme par le passé, conseille le gouvernement ou encore veille scrupuleusement sur de formidables réserves d'or de plus de 3400 tonnes.

Mais, malgré 4,2 milliards d'euros d'excédents en 2006 et même si elle détient un cinquième du capital de la BCE, la «Buba» doit fermer ses filiales: elles ne seront à terme plus qu'une cinquantaine, contre 200 environ au moment de la réunification allemande en 1990. Elle comptait alors près de 17 000 collaborateurs. Fin 2007, ils ne seront plus que 10 500.

«Dans cinquante ans, il n'y aura plus de Bundesbank», tranche Dirk Schiereck, de la European Business School d'Oestrich-Winkel. «Les spectres de l'hyperinflation et de la dépréciation monétaire liées aux deux guerres mondiales s'estompent», convient Holger Schmieding.

Mais, interrogé sur la volonté de Paris que les gouvernements de la zone euro aient davantage leur mot à dire sur la politique de la BCE, il répond: «L'expérience montre que les Allemands étaient sur la bonne voie avec leur politique monétaire orientée vers la stabilité. Cela devrait, à moyen terme, empêcher que l'opinion publique allemande se range du côté de l'élite politique en France.»






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