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Un nouvel exemple de la concentration des médias américains

2 août 2007  Actualités économiques
New York — La vente du Wall Street Journal au magnat de la presse Rupert Murdoch marque une nouvelle étape de la concentration des médias aux États-Unis, de plus en plus groupés au sein d'une dizaine de conglomérats, au grand désespoir des défenseurs de la pluralité d'opinions.

«C'est bon pour lui et très dommage pour les lecteurs», a commenté Victor Navasky, président de la Columbia Journalism Review. «Cela s'inscrit dans la tendance à la concentration des médias: de moins en moins de personnes ou de groupes possèdent de plus en plus de médias, et il y a de moins en moins de pluralité d'opinions, de voix alternatives.»

Selon le site Stop Big Media, il n'y a plus aux États-Unis que six grands groupes où la plupart des Américains se fournissent en informations: AOL-Time Warner, Disney (ABC), Viacom, General Electric (propriétaire de NBC), News Corp. et CBS. Ils étaient encore une cinquantaine en 1983, déjà réduits à une trentaine en 1987. Sans oublier les nouveaux: Yahoo!, Microsoft et Google.

Affaiblie par Internet, qui aspire ses recettes publicitaires et ses lecteurs, la presse écrite est une cible vulnérable pour les acquéreurs.

Plusieurs grands groupes de presse ont ainsi changé de mains depuis deux ans. Début 2006, le groupe Knight Ridder et ses 90 publications avaient été repris par son rival McClatchy pour 6,5 milliards $US.

En avril dernier, le groupe Tribune, propriétaire de titres comme le Los Angeles Times et le Chicago Tribune, ainsi que de chaînes télévisées, a accepté d'être acquis pour 13 milliards par le magnat de l'immobilier Sam Zell.

Mais si la vente de Tribune a créé un peu de remous, le rachat du Journal par Murdoch a déchaîné les critiques, cristallisées contre Murdoch lui-même et la protection du journalisme indépendant.

Car l'affaire réunit deux extrêmes: le Wall Street Journal, avec ses articles longs, austères et sans photo, symbolise la résistance au sensationnalisme, tandis que Murdoch est connu pour ses tabloïds provocateurs.

Jim Ottaway Jr., dont la famille détenait plus de 6 % des droits de vote de Dow Jones, a récemment qualifié le New York Post, le tabloïd américain de M. Murdoch, et sa chaîne Fox de «menace claire contre l'honnêteté du journalisme américain» et accusé Rupert Murdoch de «détourner les médias concentrés entre ses mains pour favoriser ses intérêts personnels, politiques et économiques».

L'association indépendante Free Press avait estimé que «la vente du Journal à Murdoch serait mauvaise pour le journalisme et pire pour la démocratie». «Le coût de donner à une entreprise et à un homme autant de pouvoir médiatique est tout simplement trop élevé».

«Murdoch possède déjà les télés les plus regardées du pays, des maisons d'édition, des studios de cinéma, des journaux d'opinion, et chacun d'entre eux est plus vulgaire et plus destructeur. Voulons-nous qu'il contrôle aussi la plus importante source d'informations du monde des affaires?», a renchéri Timothy Rutten, éditorialiste du Los Angeles Times. News Corp. va lancer en octobre une chaine d'informations financières aux États-Unis.

À l'inverse, les milieux financiers approuvent. Brian Rogers, président du fonds T. Rowe Price, principal actionnaire de Dow Jones hors de la famille Bancroft, a résumé le sentiment de Wall Street en déclarant: «Qui peut dire que Rupert Murdoch est si mauvais?»

Certains estiment aussi qu'Internet a changé la donne. «La crainte de la concentration des médias semble datée, à l'heure où la blogosphère permet à de multiples voix de s'exprimer», a souligné Paul La Monica, rédacteur en chef du site, CNNmoney.

Un avis que conteste Victor Navasky, pour qui Internet ne remplacera pas la diversité de la presse: «La plupart des sites comportent soit des compilations de choses déjà écrites, soit des opinions, mais très peu de reportages originaux et aucune vérification des faits», a-t-il souligné.
 
 
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