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Rachats étrangers: Nixon dénonce Ottawa

Le président et chef de la direction de la Banque Royale joint sa voix à celle d’autres leaders du monde des affaires qui ont dénoncé l’inertie d’Ottawa dans ce mouvement de transfert de la propriété en des mains étrangères. Si rien n’est
Photo : Agence Reuters
Le président et chef de la direction de la Banque Royale joint sa voix à celle d’autres leaders du monde des affaires qui ont dénoncé l’inertie d’Ottawa dans ce mouvement de transfert de la propriété en des mains étrangères. Si rien n’est
Le président et chef de la direction de la Banque Royale joint sa voix à celle d'autres leaders du monde des affaires qui ont dénoncé l'inertie d'Ottawa dans ce mouvement de transfert de la propriété en des mains étrangères. La transformation est profonde. Le Canada a déjà perdu sa sidérurgie et son exploitation minière. Si rien n'est fait, il ne restera plus d'entreprises canadiennes au rang des chefs de file mondiaux au tournant de 2030. Mais Ottawa est indifférent à cette transformation, voire l'ignore, déplore Gordon Nixon, qui interpelle, au passage, les grandes caisses de retraite.

Le mouvement est sérieux. Alcan, Inco, Falconbridge, Dofasco, Algoma Steel, Domtar, ATI, Masonite, Moore, Four Seasons, Seagram, Hiram Walker... «Cela représente beaucoup de travail canadien qui tombe dans l'escarcelle d'investisseurs étrangers.» Dans une lettre d'opinion cosignée avec Roger Martin, doyen de la Rotman School of Management, le président et chef de la direction de RBC Groupe financier présente des statistiques éloquentes. De 2001 à 2005, 455 entreprises canadiennes sont passées en des mains étrangères, pour un montant total de 137 milliards $US en cinq ans. «Rapporté à la taille de l'économie, ce nombre de sociétés est le deuxième chiffre total le plus élevé au monde après l'Australie; la valeur payée est la deuxième après celle enregistrée par le Royaume-Unis», a-t-il noté.

Loin de se stabiliser à ces niveaux records, le rythme s'est au contraire accéléré depuis le début de 2006, la valeur des sociétés canadiennes acquises étant la plus grande de tous les pays. «En matière de rachat par des intérêts étrangers, le Canada est peut-être en train de prendre un leadership dont il préférerait se passer. Depuis le début de l'an dernier, la valeur des sociétés cotées en Bourse visées par des OPA, en pourcentage de la capitalisation boursière, a dépassé celles du Royaume-Uni, des États-Unis, des pays nordiques et de la France combinées.»

Gordon Nixon parle de «phénomène d'évidement». D'une transformation dont l'impact est aussi important que celui de la Révolution industrielle, qui a partagé les pays gagnants et les perdants selon la façon dont les gouvernements respectifs ont réagi. Et il met en exergue l'importance de la localisation d'un siège social. Ainsi, pour chaque entreprise canadienne rachetée par des intérêts étrangers, ce sont autant d'emplois au siège social, d'inscriptions en Bourse, de recettes fiscales et de dons aux organismes de bienfaisance qui disparaissent, «ce qui revient potentiellement à vider notre souveraineté économique de sa substance».

La liste peut s'allonger pour comprendre les dépenses en service-conseils et professionnels et en investissements en recherche et développement. Sans compter l'effet d'entraînement et la création de grappes découlant de la concentration de sièges sociaux installés dans un nombre limité d'endroits. Avec la réduction des coûts liés au transport et aux communications, «l'époque de l'étalement comme du beurre sur la surface du globe disparaît rapidement avec cette transformation radicale, dont nous estimons qu'elle est à moitié terminée». Gordon Nixon s'inspire, en cela, de la théorie selon laquelle «la plupart des concurrents qui réussissent dans une industrie mondialisée sont installés dans un nombre limité de régions et exportent vers le reste du monde». Sans oublier que les entraves à la concentration naturelle des industries tombent au rythme de l'élimination des barrières commerciales.

Intervention

M. Nixon s'inspire d'autres statistiques indiquant que la liste des chefs de file canadiens compte présentement 39 noms, soit trois fois plus qu'il y a 20 ans. Il a ajouté que, de 1985 à 2003, le nombre de sociétés canadiennes concurrentielles à l'échelle mondiale a été multiplié par 3,3, passant de 14 à 46. Constat: «La bonne nouvelle, c'est que le Canada peut se doter de chefs de file mondiaux et qu'il le fait pendant cette période de mondialisation et de transformation.» Mais à quoi bon abriter des noms tels que Magna, Bombardier, Quebecor, Jean Coutu, Couche-Tard, Manuvie ou RIM si, une fois atteinte une certaine taille, les fleurons tels Domtar ou Alcan tombent dans la mire des géants mondiaux? D'ailleurs, depuis 2003, de ces 46 entreprises canadiennes d'envergure mondiale, sept sont passées sous d'autres drapeaux.

Dans ce jeu où la taille absolue devient le nerf de la guerre, où l'avantage concurrentiel vient des économies d'échelles, le président de la Royale rappelle, à titre d'illustration, que sa banque, malgré son actif imposant de 589 milliards, n'arrive qu'au 250e rang dans la liste des 500 plus grandes entreprises mondiales.

C'est sur cette toile de fond que Gordon Nixon sonne l'alarme. «La politique canadienne dans son état actuel est mal équipée pour aider le pays à protéger et à développer sa compétitivité à long terme.» Il va plus loin dans sa dénonciation. «Nous croyons que la politique canadienne est en grande partie indifférente à la transformation en cours aujourd'hui, voire l'ignore.»

Et il invite, au passage, les grandes caisses de retraite à faire preuve d'un plus grand nationalisme économique. «Alors qu'une acquisition peut produire des primes ponctuelles intéressantes, l'acquéreur mondial bénéficiera, lui, du potentiel à long terme associé à la propriété de sociétés auparavant canadiennes. Cela peut être intéressant pour les fournisseurs de capitaux canadiens à court terme, mais, à long terme, ils manqueront de chefs de file mondiaux canadiens dans lesquels ils pourront investir s'ils ne les soutiennent pas à court terme.»

Cela étant, et alors qu'il identifie une centaine d'entreprises canadiennes pouvant aspirer à une «carrure mondiale», Gordon Nixon dit souhaiter une intervention en quatre temps. Il pense à l'imposition des revenus des entreprises, alors que 19 pays sur les 30 que forme l'indice de l'OCDE font mieux que le Canada. Quant aux investissements des entreprises, le Canada a le troisième taux d'imposition en importance parmi les pays les plus industrialisés.

Il aborde ensuite le cadre réglementaire canadien, qui limite les rapprochements d'entreprises locales, impose une taxe sur le capital pour les acquisitions étrangères et restreint l'usage de l'effet de levier. Il profite de l'occasion pour revenir sur les enjeux chers aux banques canadiennes, à savoir qu'elles sont toujours empêchées de vendre des produits d'assurance en succursale et qu'elles sont freinées dans leur expansion internationale par des coûts plus élevés.

Le troisième segment prend la forme de politiques permettant au gouvernement d'être plus sélectif ou d'avoir un droit de regard sur les rachats étrangers. Il pense à la réciprocité, en évoquant l'offre non sollicitée d'Alcoa pour Alcan. Dans ce face-à-face, Alcoa avait les mains libres alors que l'inverse n'était pas vrai, les lois de l'État de la Pennsylvanie protégeant Alcoa contre une tentative de prise de contrôle hostile. Il estime également que le gouvernement devrait exiger plus d'engagements de l'acquéreur, par exemple de ne pas délocaliser le siège social ou les programmes de R-D. Enfin, «Investissement Canada devrait être autorisé à interdire toute acquisition d'une société canadienne par une société étrangère appartenant ou contrôlée par un État».

Enfin, les chefs de file et aspirants-fleurons devraient pouvoir bénéficier non pas de subventions mais d'une écoute attentive au sujet de leurs besoins.

«La sidérurgie est pratiquement partie et une grande part de l'exploitation minière semble emprunter la même voie. Ces secteurs sont déjà concentrés, mais en terre étrangère. Cela devrait nous inspirer un sentiment d'urgence, parce que le risque est de plus en plus grand qu'en 2030 nous n'ayons que peu de chefs de file mondiaux, voire aucun», a martelé le président de la Royale.
 
 
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  • martin grenier
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 06h56
    l'etrenger
    Pensez vous que rio tinto vont faire une mauvaise affaire avec alcan messeux las gouvernement ouvrer vous les yeux et les oreilles svp pour le bien des canadien
    grenier.martin@videotron.ca

  • Achille Desmarais
    Abonné
    mardi 17 juillet 2007 08h59
    Serait-ce une suite logique des choses?
    Monsieur Bérubé,
    Il y a quelques années, les autorités politiques fédérales ne savaient que faire devant le désir de nombreux banquiers de procéder à des regroupements majeurs entre les banques à charte canadiennes. Finalement, elles se sont opposées à ces fusions par opportunisme politique. Si ces fusions avaient été permises, est-ce que le Canada aurait pu développer un meilleur équilibre entre ses ressources financières et ses entreprises d'envergure internationale? Des groupes bancaires majeurs auraient pu jouer un rôle de premier plan pour permettre à nos entreprises canadiennes de demeurer sous contrôle canadien. Voilà la question que je me pose aujourd'hui. Il y a un prix à payer à vouloir demeurer petit.

  • Normand Chaput
    Abonné
    mardi 17 juillet 2007 11h15
    sommes-nous mieux exploites par des canadiens?
    le role d un gouvernemewnt est de regulariser et de redistribuer. Pour l entreprise, personne ne m a convaincu qu une entreprise canadienne est plus performante ou meilleure citoyenne qu une autre.

  • Benoît Foulon
    Inscrit
    mardi 17 juillet 2007 12h10
    Le Village (Kanata)...
    ...appartient au monde.

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