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La propriété temporaire

À moins d'un revirement de la part de Telus, Bell Canada va donc être la propriété exclusive d'un consortium formé et mené par Teachers, le régime de retraite ontarien. Le nom de cette entreprise de téléphonie, il faut le souligner, va être gommé des cotes boursières. Cette société sera privatisée jusqu'à ce qu'une prochaine et certaine transaction ne la ramène sur les parquets. Retour sur le calcul de Teachers.

Il y a trois mois à peine, l'action de Bell valait 28 $. En fait, on devrait écrire que le titre de cette entreprise végétait dans les parages du montant mentionné au grand déplaisir des principaux actionnaires, dont Teachers. D'autant que, dans cette évaluation, le marché avait évidemment pris en compte le fait suivant: le ménage qui devait être fait avait été accompli. Sous la gouverne de Michael Sabia, les actifs non afférents au métier d'origine ou à son activité première avaient été vendus.

Sous l'impulsion de Teachers, un certain nombre de gestionnaires de caisses de retraite alliés à des fonds d'investissement privé devaient dévoiler leur intention avant que Telus n'affiche, dans le dernier droit, un désir rapidement réprimé. Passons sur les péripéties de ce feuilleton financier pour mieux mettre en relief, si possible, la logique de l'ambition de Teachers.

Aujourd'hui, celle-ci, alliée à Providence Equity et Madison Dearborn, s'engage à payer 42,75 $ l'action d'une compagnie présentant un certain nombre de handicaps. Lesquels? Depuis plusieurs années, la part de marché de Bell dans la téléphonie résidentielle diminue de 10 % en moyenne, au profit évidemment des concurrents, notamment les câblodistributeurs. Ceux-ci ont capitalisé, parfois avec brio, sur les exigences technologiques de leur métier de base. On s'explique.

Qui dit câblodistribution dit consommateur ou plutôt propriétaire de fibre optique, de large bande, etc. Bref, ceux qui usent de toute cette quincaillerie sont en mesure, par exemple, de proposer aux consommateurs des forfaits pour la télé, Internet haute vitesse et le téléphone, ce que Bell ne peut pas faire de façon optimale pour la bonne et simple raison que, sur le front technologique, plus exactement celui de la large bande, son horizon est égal à zéro. Ou presque. En fait, si Bell veut disposer un jour d'une capacité de transmission égale à celle des Vidéotron et consorts, elle devra investir entre 10 et 20 milliards en cinq ans. Qui plus est, il ne faut pas perdre de vue que lorsque le gouvernement fédéral va effectuer, en janvier 2008, la mise aux enchères des fréquences à large bande, les câblos auront une bonne longueur d'avance sur Bell.

Cela étant précisé, allons-y avec une lapalissade: la fonction de Teachers consiste à jongler avec une ribambelle de véhicules financiers afin d'enregistrer les rendements nécessaires à l'observation de son engagement, soit assurer les revenus de retraite de milliers d'enseignants. Autrement dit, Teachers n'est pas un exploitant d'entreprises. On insiste: son mandat ne consiste pas à gérer Bell, Air Canada ou Bombardier.

Alors, pourquoi cette acquisition, au demeurant la plus onéreuse de l'histoire du Canada? Il est fort probable que les signaux envoyés par Ottawa, selon lesquels la réglementation balisant la propriété étrangère des sociétés de télécommunications serait modifiée, ont convaincu la caisse de retraite d'aller de l'avant. Car la question n'est plus de savoir si Ottawa va lever la barrière interdisant aux non-Canadiens la détention de 47 % des droits de vote mais bien quand il va satisfaire un lobby excédé depuis des lunes par cette mesure jugée protectionniste.

Dans l'histoire qui nous occupe, un personnage, si on ose dire, est particulièrement intéressant. D'autant plus que, dans tous les dialogues entendus sur la place publique, il s'est caractérisé par son silence. Il s'agit de Providence Equity Partners of Rhode Island. Signe particulier? À la différence des Cerberus, KKR, Blackstone et autres poids lourds, ce fonds d'investissement s'est spécialisé, s'est concentré dans le domaine des télécommunications.

En tant que détenteur de 32 % du «nouveau» Bell, Providence est d'ores et déjà le deuxième actionnaire en importance, loin devant Madison et Dearborn. Et alors? Lorsqu'on lit les versions américaine et britannique du feuilleton Bell, soit les New York Times, The Economist et Business Week, on observe une constante: tout un chacun s'attend à ce que les derniers verrous à la propriété étrangère volent en éclats. CQFD: il ne serait pas étonnant que Teachers récupère ses billes augmentées d'un bénéfice rondelet lors d'une transaction avec Providence. Chose certaine, Bell propriété de Teachers va s'avérer une parenthèse dans la vie de l'entreprise.
 
 
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