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Québec appelé à encadrer les agences de placement de personnel

La multiplication du recours aux agences de placement de personnel par les entreprises inquiète plusieurs organismes de soutien aux employés. Ils demandent au gouvernement de réglementer une industrie qui, selon eux, offre surtout des sous-conditions de travail et accentue la précarisation du marché de l'emploi.

«Nos lois en matière de protection du travail sont faites pour une relation bipartite, d'employeur à employé, indique Esther Paquet, porte-parole d'Au bas de l'échelle (ABE). Ça devient beaucoup plus compliqué de s'y retrouver quand on entre dans des relations tripartites [avec une agence]. D'autant plus que rien ne réglemente le travail de ces agences actuellement.»

Une situation qui doit changer, croient l'ABE, le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) et la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Les trois organismes ont remis en mai un mémoire au ministre du Travail, David Whissell, pour l'enjoindre de mieux encadrer les pratiques des agences (le document est présentement à l'étude).

Rapports séparés

Ce mémoire, dévoilé hier, fait suite aux travaux du groupe de travail que l'ancien ministre Laurent Lessard avait mis sur pied en février 2006 pour étudier la question. Le comité a toutefois interrompu ses activités en février 2007, alors que l'ABE et l'Association nationale des entreprises en recrutement et placement de personnel (ACSESS) décidaient de produire des rapports séparés: ils étaient incapables de s'entendre sur l'imputabilité des entreprises dans le processus.

«C'est une divergence majeure, estime Mme Paquet. Quand un problème survient — par exemple lorsqu'une femme enceinte est congédiée sans raison —, on veut savoir qui est imputable, qui est l'employeur. C'est loin d'être clair. Les lois continuent de s'appliquer pour ceux qui sont engagés par une agence, mais les recours sont plus complexes.»

Généralement, une entreprise-client qui fait affaire avec une agence lui confie tout: la détermination du salaire, le processus de sélection, le choix de l'employé, etc. C'est l'agence qui signe les chèques de paie et qui est théoriquement chargée de régler tout problème entre l'entreprise et l'employé. «Ce sont nos employés, du début à la fin du processus», assure la présidente de l'ACSESS Québec, Johanne Berry.

Selon elle, ce sont donc les agences qui sont imputables. «Sauf que si on a un problème, comme un congédiement abusif, on va surtout essayer de voir ce qui s'est réellement passé dans l'entreprise. Et si c'est vraiment un congédiement sans raison, il y a de bonnes chances qu'on préfère relocaliser l'employé ailleurs plutôt que de tenter de forcer l'entreprise à reprendre la personne.»

Pour l'ABE, cette vision pose problème. «Les tribunaux ne s'entendent pas sur cette question, dit Esther Paquet. Si les agences étaient les seules imputables, ça veut dire que des milliers d'entreprises pourraient se permettre de bafouer les lois sans se faire taper sur les doigts. Elles délaissent leurs responsabilités d'employeur. Ça ne marche pas.»

Le rapport remis à M. Whissell demande notamment qu'on détermine dans quelles circonstances une entreprise peut demander l'aide d'une agence (l'ABE veut que les agences répondent à des besoins ponctuels, et non structurels); que le salaire versé aux employés soit aussi élevé s'ils sont engagés par une agence ou directement par l'entreprise (des écarts de 40 % seraient possibles); que les clauses de non-concurrence empêchant un employé d'être embauché par une autre agence soient interdites; et que toutes les agences soient dûment enregistrées pour avoir le droit de poursuivre leurs activités.

Pratiques à améliorer

Il y a, de fait, des pratiques à améliorer, reconnaît Mme Barry, de l'ACSESS (qui représente 150 agences sur les 538 recensées par la CSST). «Nous sommes prêts à discuter avec le gouvernement pour poser des balises. Mais il y a un code d'éthique que nos membres respectent. Les cas-problèmes, c'est une infime partie des opérations.»

On ne sait pas exactement combien de travailleurs québécois sont embauchés par des agences, mais en 2004, Statistique Canada recensait 462 000 travailleurs dans cette situation dans tout le pays.






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  • Yvonne Dolbec
    Inscrite
    mercredi 4 juillet 2007 10h08
    Ces gens méritent notre respect
    Il faut vraiment se préoccuper de ces gens qui font marcher bien des usines en région. Il est triste de les voir attendre des heures (non payées) le transport qui les ramène à Montréal, alors qu'ils se sont levés tôt, tellement tôt qu'ils se doivent de dormir dans la véhicule de transport. Véhicule conduit trop souvent de façon non sécuritaire, car le temps presse toujours.

    Nous avons besoin d'eux, accordons-leur des conditions acceptables.

  • Michel Desmarais
    Abonné
    mercredi 4 juillet 2007 10h23
    Entre le biais et la dérive
    Si je rapportais un fait du genre 'le journal Le Devoir augmente sensiblement ses abonnements' serait-il normal de conclure en parlant de la campagne de promotion de La presse et celle du Journal de Montréal? Votre article qui traite du dépôt d'um mémoire de 3 organismes finit par les voeux pieux d'une asso d'entrepreneurs qui ne sont pas signataire du rapport. C'est quoi le lien ? Quelle est la valeur et la portée de son opinion sur les cas problèmes ? Cette asso regroupe seulement 28 % des opérateurs d'agence. Elle ne peut rien dire des autres 72 % ...

    Souligner l'intérêt de connaître la réaction du ministre sur le fond de ce rapport après plus d'un mois d'attente aurait été de bon ton. Au fait qu'en est-il du rapport qui représente les intérêts patronaux ? Votre article aurait dû me le dire!

    L'apposition de parenthèses à «des écarts de 40 % seraient possibles» me semble en contradiction avec l'ensemble du propos présenté supra qui évite les suppositions. S'agit-il de faits rapportés que vous mettez en doute ?
    Car ainsi dillués le 40 % d'écart apparaît comme
    une malchance. Ce n'est pourtant pas une stochasique.
    On a observé des écarts de traitement allant jusqu'à 40 % sans compter les avantages sociaux aurait été, il me semble, plus clair et surtout exact.

    Je vous invite à lire le rapport que j'ai obtenu sur le web pages 15-16 :
    "Les études font état d'écarts de salaire de l'ordre de 40 %(13). Bien que ce soit inacceptable, la Loi sur les normes du travail n'offre aucun recours contre ces disparités de traitement."
    la note 13: À cet effet, voir GALARNEAU, Diane. « L'écart salarial entre employés temporaires et permanents », Statistique Canada, L'emploi et le revenu en perspectives, vol. 6 no 1, printemps 2005, p. 48. Cette donnée ne tient pas compte
    des différences liées aux avantages sociaux, ce qui pourrait, selon l'auteure, tendre à accroître les écarts observés.

    Bref dans cet article, les études rapportent des possibilités et les opinions sont la preuvent qu'il n'y a pas de problème seulement des pratiques (on sait pas lesquelles) à améliorer.

    Michel Desmarais PhD

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