L'année des coups durs pour les institutions internationales
3 juillet 2007
Actualités économiques
Photo : Agence France-Presse
Paul Wolfowitz salue les photographes à son retour chez lui après l’annonce de son départ de la Banque mondiale à la suite d’accusations de népotisme.
Paris —Le départ-surprise du directeur du FMI Rodrigo Rato au milieu d'une réforme clé est un nouveau coup dur pour les institutions internationales, plongées dans la tourmente depuis le début de l'année, entre le scandale de népotisme à la Banque mondiale et le blocage à l'OMC.
«Un directeur du FMI qui part en pleine réforme, notamment en matière de gouvernance [...] témoigne d'une crise profonde au sein des associations de Bretton Woods», remarque Sébastien Fourmy, de l'ONG Oxfam.
Rodrigo Rato, ancien ministre de l'Économie espagnol, a annoncé jeudi dernier qu'il quitterait en octobre son poste de directeur général du Fonds monétaire international pour raisons personnelles, deux ans avant l'échéance de son mandat, alors que le FMI mène difficilement une réforme visant à donner plus de voix au chapitre aux pays émergents et à répondre à une crise majeure de financement.
Ce départ survient alors que la Banque mondiale se remet avec peine d'un scandale de népotisme qui a entraîné la chute de son ex-président Paul Wolfowitz.
Parallèlement, les négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sont bloquées depuis un an sur le dossier agricole.
La réunion du G8, qui regroupe les huit pays les plus riches du monde, a, elle, abouti à un résultat mi-figue mi-raisin en juin sur le réchauffement climatique, avec de nouvelles promesses à l'Afrique, alors que les engagements pris en 2005 n'ont pas été respectés.
L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a, elle, vu la gouvernance de son secrétaire général Angel Gurria attaquée par la presse britannique, même s'il s'en est vigoureusement défendu.
Un vrai problème de gouvernance mondiale
«Il y a un vrai problème de gouvernance mondiale derrière tout ça. Le commerce planétaire n'a pas les institutions qu'il mérite», souligne Christian de Boissieu, professeur d'économie à l'Université Paris I.
«On n'est plus dans la position où les pays du G8 pouvaient faire la loi, on a une montée des pays émergents, qui disposent de capitaux considérables et concurrencent ces institutions», poursuit Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).
À l'origine de la crise, il signale notamment «le dysfonctionnement des nominations de dirigeants, qui n'ont pas suffisamment de légitimité, à l'instar de Paul Wolfowitz».
Selon une règle non écrite, l'Europe désigne le dirigeant du FMI, et les États-Unis celui de la Banque mondiale. Les puissances économiques émergentes, qui veulent entrer dans le jeu, contestent cette pratique, sans succès pour l'instant.
Au G7 Finances de février, le ministre allemand des Finances s'était notamment déclaré en faveur d'un G8 élargi, à terme, à «la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil ou l'Australie», même si la chancelière allemande Angela Merkel l'avait ensuite contredit.
Mais pour l'instant le G8 se contente d'inviter en observateurs des pays en développement sans les intégrer, ce qui «traduit le fait que les grands pays eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux», juge M. de Boissieu.
Il est encore trop tôt pour savoir si ces institutions sauront profiter de cette crise pour se réformer en profondeur. Sans cela, on devrait assister à une régionalisation croissante du financement international, avec la montée de banques locales en Amérique latine et en Asie et à une généralisation des accords bilatéraux, prédit M. Hugon.
«Un directeur du FMI qui part en pleine réforme, notamment en matière de gouvernance [...] témoigne d'une crise profonde au sein des associations de Bretton Woods», remarque Sébastien Fourmy, de l'ONG Oxfam.
Rodrigo Rato, ancien ministre de l'Économie espagnol, a annoncé jeudi dernier qu'il quitterait en octobre son poste de directeur général du Fonds monétaire international pour raisons personnelles, deux ans avant l'échéance de son mandat, alors que le FMI mène difficilement une réforme visant à donner plus de voix au chapitre aux pays émergents et à répondre à une crise majeure de financement.
Ce départ survient alors que la Banque mondiale se remet avec peine d'un scandale de népotisme qui a entraîné la chute de son ex-président Paul Wolfowitz.
Parallèlement, les négociations au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sont bloquées depuis un an sur le dossier agricole.
La réunion du G8, qui regroupe les huit pays les plus riches du monde, a, elle, abouti à un résultat mi-figue mi-raisin en juin sur le réchauffement climatique, avec de nouvelles promesses à l'Afrique, alors que les engagements pris en 2005 n'ont pas été respectés.
L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a, elle, vu la gouvernance de son secrétaire général Angel Gurria attaquée par la presse britannique, même s'il s'en est vigoureusement défendu.
Un vrai problème de gouvernance mondiale
«Il y a un vrai problème de gouvernance mondiale derrière tout ça. Le commerce planétaire n'a pas les institutions qu'il mérite», souligne Christian de Boissieu, professeur d'économie à l'Université Paris I.
«On n'est plus dans la position où les pays du G8 pouvaient faire la loi, on a une montée des pays émergents, qui disposent de capitaux considérables et concurrencent ces institutions», poursuit Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).
À l'origine de la crise, il signale notamment «le dysfonctionnement des nominations de dirigeants, qui n'ont pas suffisamment de légitimité, à l'instar de Paul Wolfowitz».
Selon une règle non écrite, l'Europe désigne le dirigeant du FMI, et les États-Unis celui de la Banque mondiale. Les puissances économiques émergentes, qui veulent entrer dans le jeu, contestent cette pratique, sans succès pour l'instant.
Au G7 Finances de février, le ministre allemand des Finances s'était notamment déclaré en faveur d'un G8 élargi, à terme, à «la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Brésil ou l'Australie», même si la chancelière allemande Angela Merkel l'avait ensuite contredit.
Mais pour l'instant le G8 se contente d'inviter en observateurs des pays en développement sans les intégrer, ce qui «traduit le fait que les grands pays eux-mêmes ne sont pas d'accord entre eux», juge M. de Boissieu.
Il est encore trop tôt pour savoir si ces institutions sauront profiter de cette crise pour se réformer en profondeur. Sans cela, on devrait assister à une régionalisation croissante du financement international, avec la montée de banques locales en Amérique latine et en Asie et à une généralisation des accords bilatéraux, prédit M. Hugon.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
- entreprise,
- banque,
- Organisation mondiale du commerce (OMC),
- Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
Haut de la page

