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Achats sur Internet

C'est la cruelle loi du marché. La fluctuation du dollar canadien face à son cousin américain devrait, dit-on depuis plusieurs semaines, jouer en faveur des consommateurs. Mais les aubaines escomptées ne sont finalement pas toujours à portée de souris sur un des nombreux sites commerciaux américains ou canadiens, a constaté Le Devoir.

Les humeurs du huard n'y changent rien. Cette semaine, l'amateur de la populaire série télévisée Lost (Perdus en français) devait, sur le site canadien d'Amazon, débourser 70,39 $ pour mettre la main sur la deuxième saison des aventures de Jack et ses étranges naufragés. Au même moment, ce coffret de DVD était exhibé sur la version américaine du célèbre commerçant en ligne à 46,04 $, soit une différence de... 53 % en défaveur du consommateur canadien.

Autre lieu, même constat. Un ordinateur iMac de base (le blanc carré sur pied gris) valait jeudi dernier 1099 $, hors taxes, sur le site canadien d'Apple contre 1069 $ pour un modèle similaire sur le site américain de l'empire de la pomme. Un petit écart de 3 %, certes, dont peuvent profiter seulement les clients ayant une adresse postale sur le territoire étasunien, annonce le fabricant.

Il en va de même pour ce billet d'avion aller-retour entre New York et Montréal qu'un voisin du Sud payera 305 $ sur Expedia.com, alors que son ami montréalais sera obligé, pour le même voyage, de sortir 318 $ de son cochon en passant par Expedia.ca.

Des illusions perdues

Avec un huard en hausse, le consommateur canadien — et sa femme — est tenté de sourire. Mais il risque aussi de rapidement déchanter au moment de s'exposer à des produits achetés, directement par lui ou par un intermédiaire, en dollars américains et qui, par la force des choses, devraient porter un prix plus intéressant en dollars canadiens. Mais...

«La plupart des sites commerciaux n'ont pas ajusté leurs prix pour refléter la nouvelle réalité du dollar canadien, explique Jean-François Guertin, professeur à la faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke. C'est une stratégie commerciale qui s'explique en partie par l'appât du gain à court terme mais aussi par le fait que les commerçants écoulent des stocks achetés à une époque où le dollar canadien n'était pas aussi élevé. Et tant qu'il n'y aura pas de pression des consommateurs et du marché, la situation ne devrait pas trop bouger.»

Julie Todaro, directrice d'Amazon au Canada, le confirme. Dans son monde, celui du livre, de la musique et du DVD, elle «n'a toujours pas été témoin de changements substantiels dans la liste des prix, a-t-elle indiqué au Devoir cette semaine. Mais nous savons que les éditeurs [qui fixent la valeur des biens vendus sur Amazon] sont de plus en plus sensibles à cette question.» Selon elle, l'avenir devrait donc amener les prix à la baisse et faire augmenter le pouvoir d'achat des consommateurs canadiens qui vont magasiner en ligne... sur les sites de chez eux.

C'est que, bien qu'attirantes, les transactions sur les sites américains, en dollars de ce coin du globe, ne sont, au final, même avec un dollar canadien fort, pas si intéressantes que cela pour les acheteurs d'ici, constate Anik St-Onge, membre de la chaire en commerce électronique de l'école des HEC à Montréal. «Une fois que l'on a ajouté les frais pour le dédouanement, les taxes et le transport, le gain n'est pas si significatif, explique-t-elle à l'autre bout du fil. Sans compter que les garanties pour certains produits achetés aux États-Unis ne s'appliquent pas ici. Ce qui peut être problématique.»

Un produit, deux mondes

Plusieurs géants de la distribution l'ont d'ailleurs bien compris et, pour éviter de décevoir leurs fidèles Canadiens, ils interdisent tout simplement aux consommateurs d'ici de faire des transactions sur leurs sites américains, les forçant ainsi à fréquenter leurs vitrines canadiennes au moment de sortir la carte de crédit.

«C'est plus facile pour la distribution, mais aussi plus efficace, résume Mme St-Onge. Pour les achats en ligne livrés par la poste, plus on réduit la distance entre le distributeur et le consommateur et plus on réduit aussi les risques de dommages pendant le transport.»

La chose peut aussi avoir ces avantages, comme pourrait le constater l'amateur de littérature canadienne qui voudrait acheter The 100-Mile Diet, A Year of Local Eating (Random House Canada), un bouquin sur la consommation locale, justement. Le libraire en ligne Amazon le présente actuellement à 21 $, plus taxes et transport, dans sa vitrine canadienne. Contre 28 $ sur le site Amazon pour Étasuniens. C'est une différence de 34 % au profit des consommateurs d'ici, pour une fois. Mais aussi, une exception qui confirme une règle à laquelle les glaneurs de bas prix en ligne vont devoir se faire: malgré des indicateurs économiques favorables, les aubaines coulent finalement comme la pluie sur le dos d'un huard.






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  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 30 juin 2007 07h34
    Bravo pour votre reportage
    « Même s'il aurait dû être fait bien avant, bravo pour votre reportage.

    Le vol du taux de change est le vol du siècle au Canada. On importe presque 1 milliard quotidiennement des USA. Chaque montée d'une cenne de la piasse qui n'est pas transmise aux consommateurs est un vol de 10 millions de dollars!

    La semaine passée RC a enfin fait un reportage sur le sujet.
    La fille est allée dans un supermarché de Plattsburg et elle a remarqué que le jus d'orange Tropicana se vendait 3,10$ us, soit moins de 3,40 can. A Montréal, 100 km à peine au nord, le même contenant de jus de la même cie se vendait 4,49$, pour un vol d'une piasse et dix. Un hold-up!

    Ben devinez quoi? Cette semaine le jus Tropicana est vendu en "spécial" partout au Québec 3,79!!!Si on suppose qu'un million de familles québécoises vont en profiter c'est donc une économie collective de 700,000 piasses!!! Regardez ce qu'il y a d'américain dans votre panier d'épicerie de 100$ et demandez-vous combien on vous vole cette semaine??? Des centaines de millions par semaine au Canada. C'est le vol du siècle.

    Ca devrait faire la manchette quotidienne (surtout qu'en été, les piques-assiettes cherchent de la nouvelle). Y'a rien. Juste un reportage à RC et le votre à matin.

    A La Presse on a fait tout un plat pour une piasse sur la bouteille de Bordeaux. La saga a duré des mois. Deux vp de la SAQ ont perdu leur job. Mais personne ne parle des millions qu'on nous vole chaque semaine dans le reste de notre papier... »

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