La liste des prétendants de Bell rétrécit
La vente aux enchères a perdu un joueur. La liste des acquéreurs potentiels de Bell Canada est subitement passée de quatre à trois hier après que son concurrent Telus, qui jusqu'à jeudi évoquait avec grande fébrilité l'idée d'un mariage, se fut désisté par l'entremise d'un communiqué aussi bref que mystérieux.
L'hypothèse d'un regroupement Telus-Bell, critiquée pour ses conséquences à saveur monopolistique mais perçue comme logique par certains analystes, n'ira pas plus loin parce que «les lacunes du processus de soumission pour le rachat de BCE [la société mère de Bell] ont empêché Telus de déposer son offre», a dit la compagnie de Vancouver.
Le marché a mal réagi. Alors qu'une surenchère a généralement pour effet de faire grimper le cours d'une action, le retrait d'un participant hier a logiquement provoqué le contraire. À la Bourse de Toronto, le titre de BCE a déboulé de 3 %, à 39,49 $, ce qui représente tout de même une valeur boursière de 31,8 milliards. Celui de Telus a grimpé de 0,3 %, à 62,19 $.
Après avoir d'abord refusé de s'intéresser à Bell, Telus avait soudainement changé d'idée la semaine dernière. L'ancien monopole affirmait qu'une éventuelle fusion avec Bell lui donnerait le poids nécessaire pour s'afficher comme chef de file mondial en téléphonie cellulaire. De plus, puisque Bell est convoitée par d'autres groupes, qui comprennent des investisseurs américains, Telus ajoutait que son projet constituait une «solution entièrement canadienne».
BCE, en voie de changer de nom pour Bell Canada après avoir vendu tous ses actifs non essentiels au fil des ans, s'est récemment mise aux enchères sous la pression des actionnaires mécontents de voir l'action végéter autour de 32 $ malgré une restructuration majeure. La compagnie est très rentable mais fait face à une concurrence sans précédent dans la téléphonie résidentielle.
Il est convenu que Telus aurait aimé avaler Bell pour ses activités sans fil, cette expansion lui ayant peut-être même donné la taille voulue pour se mettre à l'affût d'un joueur américain comme Sprint Nextel, par exemple. Or les analystes étaient aussi d'avis que la combinaison impressionnante de Telus et Bell dans le sans-fil aurait pu ne pas recevoir un aval clair et net du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).
Raisons inconnues
Les raisons ayant motivé le retrait de Telus étaient inconnues. A-t-elle pu voir les livres de Bell? Lui a-t-on donné suffisamment de temps? Joint par téléphone, un porte-parole de Telus, Shawn Hall, ne pouvait en dire plus que le communiqué de presse, déjà plus bref que bref. Mystère complet. Que voulez-vous dire par «lacunes du processus»? «Je ne peux pas aller au-delà du communiqué», a-t-il répondu. Oui mais, vous avez constaté ça soudainement ou après quelques jours? «Comme je vous le disais, je ne peux malheureusement pas... » Y aura-t-il des précisions sous peu? «Je n'en serais pas surpris, mais je n'ai pas d'information à ce sujet.»
Une note de recherche de la Financière Banque Nationale (FBN) citée hier par l'agence Reuters évoquait la possibilité selon laquelle les soumissionnaires, en raison de la taille de l'opération, veulent prendre leur temps et «n'apprécient pas» que Bell et ses conseillers «imposent une urgence au processus». Des informations torontoises laissaient entendre que le processus en question comportait une date d'expiration, et que celle-ci était hier à 9h. Bell a toujours indiqué que le processus prendrait fin au troisième trimestre.
L'analyste de la FBN n'était pas le seul à avoir l'impression d'être devant une situation un peu chaotique. L'analyste Chris Diceman, de la firme de notation de crédit DBRS, a affirmé à Canadian Press que Telus a agi ainsi parce qu'elle «se sentait peut-être un peu bousculée».
«On ne fait pas de commentaire au sujet du retrait de Telus», a dit un porte-parole de Bell, Pierre Leclerc, aussi peu bavard que son homologue de Telus. Au sujet des propos des analystes, M. Leclerc a dit que «c'est leur point de vue».
Un consortium perd deux joueurs
Telus n'est pas seule à avoir fait couler de l'encre hier. Outre la société de Vancouver, trois groupes ont manifesté de l'intérêt pour Bell. Le premier est dirigé par le Régime de pensions du Canada (RPC). Le deuxième, par le fonds de retraite des enseignants ontariens (Teachers). Le troisième, par l'investisseur américain Cerberus, qui s'est fait connaître pour avoir participé au sauvetage financier d'Air Canada il y a quelques années.
Le groupe du Régime de pensions du Canada aurait apparemment connu un revers après que deux de ses membres eurent soudainement annoncé leur départ. La Caisse de dépôt et placement a confirmé hier en fin de journée qu'elle a quitté le navire, faisant suite aux informations du Globe and Mail selon lesquelles l'investisseur torontois Onex avait fait de même. La Caisse a diffusé un communiqué d'une seule phrase: «La Caisse de dépôt et placement du Québec s'est retirée du consortium qui a entrepris le 17 avril dernier des démarches pour procéder à la privatisation de BCE inc.»
Un porte-parole du consortium du RPC a indiqué hier que l'heure est à la réflexion. «À la suite du retrait de la Caisse et d'Onex, ils [les dirigeants du RPC] sont en train de revoir leur stratégie, a dit André Bouthillier. De plus, avec le départ de Telus, ça mérite un moment d'analyse.» M. Bouthillier n'a pas voulu répondre aux questions concernant les raisons qui auraient pu pousser la Caisse et Onex à se retirer du processus.
Entre-temps, l'agence Bloomberg a réussi à faire dire à Teachers lundi que le fonds ontarien était sur le point de déposer une offre formelle pour BCE dans les prochains jours, sinon les prochaines heures. Le seul partenaire de Teachers, plus grand actionnaire de BCE à hauteur de 6 %, est un gros fonds américain nommé Providence. Là encore, il a été impossible de joindre la porte-parole pour obtenir des précisions.
De son côté, un groupe intéressé dont la proposition a été rejetée d'emblée par Bell Canada, Catalyst Asset Management, a offert lundi des précisions concernant son projet d'acquisition. Le projet tournerait autour d'une structure relevant de l'univers des fiducies de revenu. Catalyst a indiqué que le titre de BCE, sous une nouvelle forme, vaudrait entre 42,50 et 52 $.
Le marché s'attend dans son ensemble à ce que l'offre d'achat pour Bell soit la plus grosse de l'histoire financière canadienne.
L'hypothèse d'un regroupement Telus-Bell, critiquée pour ses conséquences à saveur monopolistique mais perçue comme logique par certains analystes, n'ira pas plus loin parce que «les lacunes du processus de soumission pour le rachat de BCE [la société mère de Bell] ont empêché Telus de déposer son offre», a dit la compagnie de Vancouver.
Le marché a mal réagi. Alors qu'une surenchère a généralement pour effet de faire grimper le cours d'une action, le retrait d'un participant hier a logiquement provoqué le contraire. À la Bourse de Toronto, le titre de BCE a déboulé de 3 %, à 39,49 $, ce qui représente tout de même une valeur boursière de 31,8 milliards. Celui de Telus a grimpé de 0,3 %, à 62,19 $.
Après avoir d'abord refusé de s'intéresser à Bell, Telus avait soudainement changé d'idée la semaine dernière. L'ancien monopole affirmait qu'une éventuelle fusion avec Bell lui donnerait le poids nécessaire pour s'afficher comme chef de file mondial en téléphonie cellulaire. De plus, puisque Bell est convoitée par d'autres groupes, qui comprennent des investisseurs américains, Telus ajoutait que son projet constituait une «solution entièrement canadienne».
BCE, en voie de changer de nom pour Bell Canada après avoir vendu tous ses actifs non essentiels au fil des ans, s'est récemment mise aux enchères sous la pression des actionnaires mécontents de voir l'action végéter autour de 32 $ malgré une restructuration majeure. La compagnie est très rentable mais fait face à une concurrence sans précédent dans la téléphonie résidentielle.
Il est convenu que Telus aurait aimé avaler Bell pour ses activités sans fil, cette expansion lui ayant peut-être même donné la taille voulue pour se mettre à l'affût d'un joueur américain comme Sprint Nextel, par exemple. Or les analystes étaient aussi d'avis que la combinaison impressionnante de Telus et Bell dans le sans-fil aurait pu ne pas recevoir un aval clair et net du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).
Raisons inconnues
Les raisons ayant motivé le retrait de Telus étaient inconnues. A-t-elle pu voir les livres de Bell? Lui a-t-on donné suffisamment de temps? Joint par téléphone, un porte-parole de Telus, Shawn Hall, ne pouvait en dire plus que le communiqué de presse, déjà plus bref que bref. Mystère complet. Que voulez-vous dire par «lacunes du processus»? «Je ne peux pas aller au-delà du communiqué», a-t-il répondu. Oui mais, vous avez constaté ça soudainement ou après quelques jours? «Comme je vous le disais, je ne peux malheureusement pas... » Y aura-t-il des précisions sous peu? «Je n'en serais pas surpris, mais je n'ai pas d'information à ce sujet.»
Une note de recherche de la Financière Banque Nationale (FBN) citée hier par l'agence Reuters évoquait la possibilité selon laquelle les soumissionnaires, en raison de la taille de l'opération, veulent prendre leur temps et «n'apprécient pas» que Bell et ses conseillers «imposent une urgence au processus». Des informations torontoises laissaient entendre que le processus en question comportait une date d'expiration, et que celle-ci était hier à 9h. Bell a toujours indiqué que le processus prendrait fin au troisième trimestre.
L'analyste de la FBN n'était pas le seul à avoir l'impression d'être devant une situation un peu chaotique. L'analyste Chris Diceman, de la firme de notation de crédit DBRS, a affirmé à Canadian Press que Telus a agi ainsi parce qu'elle «se sentait peut-être un peu bousculée».
«On ne fait pas de commentaire au sujet du retrait de Telus», a dit un porte-parole de Bell, Pierre Leclerc, aussi peu bavard que son homologue de Telus. Au sujet des propos des analystes, M. Leclerc a dit que «c'est leur point de vue».
Un consortium perd deux joueurs
Telus n'est pas seule à avoir fait couler de l'encre hier. Outre la société de Vancouver, trois groupes ont manifesté de l'intérêt pour Bell. Le premier est dirigé par le Régime de pensions du Canada (RPC). Le deuxième, par le fonds de retraite des enseignants ontariens (Teachers). Le troisième, par l'investisseur américain Cerberus, qui s'est fait connaître pour avoir participé au sauvetage financier d'Air Canada il y a quelques années.
Le groupe du Régime de pensions du Canada aurait apparemment connu un revers après que deux de ses membres eurent soudainement annoncé leur départ. La Caisse de dépôt et placement a confirmé hier en fin de journée qu'elle a quitté le navire, faisant suite aux informations du Globe and Mail selon lesquelles l'investisseur torontois Onex avait fait de même. La Caisse a diffusé un communiqué d'une seule phrase: «La Caisse de dépôt et placement du Québec s'est retirée du consortium qui a entrepris le 17 avril dernier des démarches pour procéder à la privatisation de BCE inc.»
Un porte-parole du consortium du RPC a indiqué hier que l'heure est à la réflexion. «À la suite du retrait de la Caisse et d'Onex, ils [les dirigeants du RPC] sont en train de revoir leur stratégie, a dit André Bouthillier. De plus, avec le départ de Telus, ça mérite un moment d'analyse.» M. Bouthillier n'a pas voulu répondre aux questions concernant les raisons qui auraient pu pousser la Caisse et Onex à se retirer du processus.
Entre-temps, l'agence Bloomberg a réussi à faire dire à Teachers lundi que le fonds ontarien était sur le point de déposer une offre formelle pour BCE dans les prochains jours, sinon les prochaines heures. Le seul partenaire de Teachers, plus grand actionnaire de BCE à hauteur de 6 %, est un gros fonds américain nommé Providence. Là encore, il a été impossible de joindre la porte-parole pour obtenir des précisions.
De son côté, un groupe intéressé dont la proposition a été rejetée d'emblée par Bell Canada, Catalyst Asset Management, a offert lundi des précisions concernant son projet d'acquisition. Le projet tournerait autour d'une structure relevant de l'univers des fiducies de revenu. Catalyst a indiqué que le titre de BCE, sous une nouvelle forme, vaudrait entre 42,50 et 52 $.
Le marché s'attend dans son ensemble à ce que l'offre d'achat pour Bell soit la plus grosse de l'histoire financière canadienne.
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