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Le marché obligataire américain est sous pression

Les taux atteignent leur plus haut niveau depuis cinq ans

14 juin 2007  Actualités économiques
Les réserves de change de la Chine, les premières au monde, atteignaient 1200 milliards $US fin mars.
Photo : Agence Reuters
Les réserves de change de la Chine, les premières au monde, atteignaient 1200 milliards $US fin mars.
New York — Les taux à long terme ont atteint hier leur plus haut niveau depuis cinq ans aux États-Unis, illustrant la chute du marché obligataire américain, plombé par une croissance mondiale meilleure que prévu et par les craintes d'un désintérêt des investisseurs étrangers.

Le taux de rendement du bon du Trésor à 10 ans est monté hier matin à 5,32 %, son plus haut niveau depuis avril 2002, ce qui traduit une nette baisse du marché obligataire, les taux de rendement évoluant en sens inverse des prix des obligations.

Bien que restant à un niveau historiquement bas, la remontée des taux obligataires pourrait peser sur l'économie en renchérissant le coût du crédit, craignent les analystes.

Le taux du bon du Trésor à 10 ans sert notamment de référence à de nombreux taux hypothécaires. Sa hausse pèse donc sur le budget des ménages qui vont devoir consacrer plus d'argent à l'achat d'une maison ou sur ceux qui ont contracté un emprunt hypothécaire à taux variable.

Le «facteur clé» de cette hausse des taux est, selon Marc Pado, analyste chez Cantor Fitzgerald, le «manque d'intérêt des investisseurs étrangers» pour les obligations américaines au cours des dernières semaines.

L'émission de huit milliards $US de bons à 10 ans par le Trésor américain mardi a ainsi attiré moins de banques centrales étrangères qu'à l'accoutumée.

La Chine

«Les nations en développement cherchent de plus en plus à acheter des actifs autres que les obligations pour diversifier leurs vastes réserves de changes et gonfler leurs retours sur investissement», a souligné Sal Guatieri, économiste chez BMO Capital Markets. «La récente décision de la Chine d'investir dans un grand fonds d'investissement pourrait n'être que la partie émergée de l'iceberg», a-t-il noté.

La Chine a annoncé fin mai qu'elle investirait trois milliards $US dans le fonds américain Blackstone.

Cette décision marque un tournant dans la façon dont le géant asiatique gère ses réserves de change, les premières au monde, qui atteignaient 1200 milliards $US fin mars. Jusqu'ici, le pays en consacrait une grande partie à l'achat de bons du Trésor américains, des placements sûrs mais à la rentabilité limitée. Il en est le deuxième détenteur au monde (environ 600 milliards $US).

Mais certains analystes relativisent l'influence de la Chine dans le mouvement récent de hausse des taux. L'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, a déclaré mardi à New York qu'il ne voyait aucun signe laissant penser que la Chine allait vendre ses obligations américaines.

Pour beaucoup d'analystes, la hausse des taux s'explique surtout par des changements de perspectives sur la croissance mondiale.

Aux États-Unis, le retournement du marché de l'immobilier avait soulevé des inquiétudes en début d'année, certains analystes redoutant une répercussion à d'autres secteurs qui puisse conduire à une récession.

Or celle-ci ne s'est pas produite et les derniers indicateurs publiés, notamment ceux de l'emploi, ont à l'inverse illustré la bonne résistance de l'économie américaine.

De nombreux investisseurs se sont ainsi détournés du marché obligataire, considéré comme un placement peu risqué, au profit notamment des marchés actions.

La remontée progressive des rendements à long terme s'est brusquement accélérée au cours des deux dernières semaines, plusieurs banques centrales choisissant de durcir leurs politiques monétaires.

La Banque centrale européenne, la Banque d'Angleterre et la Banque centrale de Nouvelle-Zélande ont toutes relevé leurs taux ou durci leur ton sur l'inflation.

Aux États-Unis, les espoirs d'une baisse des taux se sont peu à peu évanouis et le scénario d'une nouvelle hausse n'est plus totalement exclu.
 
 
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