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Trois scénarios pour rénover le système financier mondial

28 mai 2007  Actualités économiques
Des cyclistes circulent dans un quartier d’affaires de Pékin. Les économies émergentes ont accumulé des moyens financiers colossaux — 1200 milliards $US de réserves en devises détenues par la Banque centrale chinoise, notamment — qui leur don
Photo : Agence Reuters
Des cyclistes circulent dans un quartier d’affaires de Pékin. Les économies émergentes ont accumulé des moyens financiers colossaux — 1200 milliards $US de réserves en devises détenues par la Banque centrale chinoise, notamment — qui leur don
La démission de Paul Wolfowitz de la présidence de la Banque mondiale, annoncée pour le 30 juin, ne clôt pas seulement une crise de gouvernance à la tête de la principale banque multinationale dédiée au développement: elle signe l'apogée, symbolique, de la remise en cause du «consensus de Washington» qui a vu, à partir de la fin des années 1990, des gouvernements, des économistes, des organisations des sociétés civiles du Nord et du Sud remettre en cause les stratégies de développement prônées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, dont les sièges sont situés dans la capitale fédérale américaine. Surtout, elle laisse un peu plus le champ libre aux propositions de modification en profondeur de l'architecture du système financier international.

Les scénarios à venir sont tous issus du constat de l'inadéquation croissante entre des institutions issues de l'après-guerre et la nouvelle donne née de la mondialisation, avec l'apparition de puissances économiques dans les pays autrefois dominés: Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud. En 1944, il s'agissait d'épargner aux économies dominantes, américaine et européenne, les crises macroéconomiques antérieures qui avaient pour partie conduit à la guerre, et de reconstruire celles qui en avaient été les victimes. Une architecture qui avait été étendue aux autres régions du monde au fur et à mesure des décolonisations et des péripéties de la guerre froide: les banques de développement régionales, voire sous-régionales, sont alors apparues.

Accords bilatéraux

Mais les crises monétaires d'Asie et d'Amérique latine, entre 1997 et 2001, la persistance du sous-développement et de la pauvreté dans le monde ont montré à la fois l'inefficacité des outils multilatéraux existants et la nécessité de créer de nouveaux mécanismes faisant leur place aux besoins des économies émergentes. Celles-ci ont accumulé depuis des moyens financiers colossaux (1200 milliards $US de réserves en devises détenues par la Banque centrale chinoise, 1200 par les autres pays asiatiques hors Japon, 700 milliards par les pays pétroliers — Golfe, Russie — et le Brésil) qui leur donnent, sur le papier, les moyens de prévenir et gérer les crises et de financer leur développement, voire celui de leurs voisins plus pauvres.

Toute la question est de savoir quel usage sera fait d'une telle masse financière. Met-elle les économies émergentes à l'abri des chocs financiers du passé au point de les inciter à se replier sur des politiques nationales de maximisation de leurs avantages qui laisseraient à découvert les économies plus vulnérables? Cette première hypothèse semble être confirmée par la multiplication des accords bilatéraux entre la Chine et des États africains et latino-américains — prêts contre énergie et matières premières.

Mais les contre-exemples abondent. La Chine et l'Inde participent ainsi au mécanisme de Chiangmai, créé en 2000 avec le soutien de la Banque asiatique de développement (BAsD), qui permet aux banques centrales asiatiques de disposer de 80 milliards $US pouvant basculer instantanément sur le compte d'un État menacé par une crise financière. Un modèle de «petit FMI» qui pourrait inspirer d'autres banques régionales, comme la future Banque du Sud en Amérique latine.

Les institutions régionales, plus proches du terrain et autonomes vis-à-vis des institutions de Washington, pourraient être — c'est la deuxième hypothèse — un vecteur des financements venus des pays émergents. Déjà, les encours des institutions sous-régionales continuent d'augmenter, au moment où ceux de la Banque mondiale diminuent fortement. En gonflant leurs emprunts à la BAsD, par exemple, la Chine (d'un milliard en 2003 à 1,5 en 2006) et l'Inde (d'un à 1,7 milliard, 2,5 milliards en 2009) sont devenues, via leurs remboursements, les principaux trésoriers de l'institution, dont elles ne détiennent chacune que 6 % du capital, contre 17 % respectivement aux États-Unis, au Japon et aux pays européens. Il faudra, à ce rythme, recapitaliser la Banque dans cinq ou six ans: les pays émergents pourraient alors exiger une part bien plus importante.

La troisième possibilité est de voir les pays émergents profiter de la crise de gouvernance qui secoue les institutions internationales pour venir financièrement à leur rescousse, en échange d'un accès aux organes de décision plus large que celui qui leur est timidement offert. Car le besoin d'instruments de taille mondiale pourrait à nouveau se faire sentir: l'ampleur des déficits américains et du différentiel de croissance entre blocs économiques crée des déséquilibres qui pourraient déboucher sur une bonne vieille crise monétaire traditionnelle; les nouveaux maux qui pèsent sur les pays du Sud — environnement, pandémies — appellent aussi des réponses globales. Les savoir-faire accumulés par les institutions de Washington pourraient se révéler aussi décisifs que les milliards des pays émergents.
 
 
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