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La révolution Thomson

Sans cris, sans larmes, sans heurts, la compagnie torontoise Thomson vient de conclure l'acquisition de Reuters pour un montant excédant les 19 milliards de dollars. Menée rondement, cette opération contraste fortement avec ce qui se passe chez un des concurrents: Dow Jones. Principale actionnaire de cette entreprise, la famille Bancroft s'oppose, pour l'instant avec fermeté, à l'OPA hostile décidée par Rupert Murdoch, p.-d.g. de News Corp. Ici et là, on chuchote que les Bancroft envisagent avec effroi un mariage de l'austère Wall Street Journal, la marque de commerce par excellence du groupe Dow Jones, avec le roi de la presse de caniveau.

Si le duo réussit son examen de passage devant les autorités responsables, en Europe et aux États-Unis, de contrer toute confection de monopole, alors il sera presque à égalité avec le maître incontesté à ce jour de l'information financière qu'est Bloomberg. Fondée en 1991, autrement dit hier, la société Bloomberg a laissé sur le carreau les Dow Jones et consorts mais pas Thomson, qui se partageaient le très lucratif marché de la distribution d'information prisée à travers le monde par les agents, courtiers, avocats d'affaires et autres.

On l'a mentionné, Thomson a fait exception. En effet, l'achat de Reuters confirme, avec ampleur d'ailleurs, le bien-fondé de la stratégie arrêtée par Kenneth Thomson à la toute fin des années 80, comparativement aux stratégies que suivaient alors Reuters et que suivent encore les gestionnaires de Dow Jones. De quoi s'agit-il? Vendre les journaux, les imprimés, pour mieux proposer des produits à forte valeur ajoutée en empruntant les chemins ouverts et creusés par les nouvelles technologies.

Pour réaliser ce tournant, les patrons de l'époque ont vendu leurs quotidiens, dont le célèbre Times de Londres à Murdoch, le Jerusalem Post à Hollinger et le Globe and Mail à Bell Canada, avant de racheter ce dernier à rabais. Avec les sommes récoltées à la faveur de ces transactions, Thomson s'est ensuite appliqué à l'acquisition de banques de données très spécialisées. En clair, il a pris congé d'une activité parfois non exempte de spectaculaire pour mieux s'introduire dans un univers sévère mais ô combien rentable.

De sorte qu'aujourd'hui, Thomson occupe une place enviable pour tout ce qui a trait à la fourniture d'information dans les domaines du droit, de la fiscalité et de la santé, entre autres. Avec l'arrimage de Reuters, l'ensemble constitué sera un des trois principaux acteurs de ce secteur d'activité. Fait à noter, voire à retenir, sous la houlette de son p.-d.g., Tom Glocer, Reuters a subi une métamorphose qui présente bien des analogies avec celle de Thomson.

Premier patron de cette agence à ne pas sortir des rangs des journalistes, Glocer, un avocat spécialisé dans les fusions-acquisitions, a réduit à une peau de chagrin les revenus émanant de son activité de généraliste pour mieux se réorienter en direction de l'information financière. Cela étant, ce mariage annonce une série de bouleversements très profonds dans l'univers médiatique.
 
 
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