La surprise du cuivre
L'une des grandes surprises en ce début d'année est la flambée des prix des métaux industriels, plus particulièrement celle du cuivre. Il y a deux semaines environ, le prix de la livre de cuivre a touché un sommet des 11 derniers mois à plus de 3,76 $US. Depuis le début de l'année, le prix du cuivre a bondi de 40 % environ.
Surprenante cette ascension du prix de ce métal, alors qu'au second semestre 2006, les mises en chantier américaines ont été charcutées de 500 000 unités. Ce n'est tout de même pas une petite baisse lorsque l'on sait que le Canada, au meilleur de sa forme, parvient à construire 220 000 unités par année. Une telle baisse aurait dû avoir un impact négatif sur le prix du cuivre, un métal hautement prisé par l'industrie de construction. Il n'en fut rien. Au contraire, le prix s'est littéralement envolé. Et, avec lui, le cours des actions des producteurs. C'est ainsi que l'action de Teck Cominco est passée en l'espace d'un mois et demi de 76 $ à 90,60 $ (sur une base non fractionnée: la compagnie a fractionné ses actions récemment à raison d'une ancienne action contre deux nouvelles). Teck Cominco est le plus important producteur de cuivre au pays.
Un autre producteur, américain cette fois-ci, la compagnie Southern Copper Corp. a vu le cours de son titre bondir de 63 $US à 84 $US. Comme on dit, ça swingue dans ce secteur des métaux de base.
Comment expliquer une telle ascension des cours des métaux et des actions de leurs producteurs alors que l'économie américaine accuse de sérieux ratés?
Un premier facteur très important: la forte croissance des économies en dehors des États-Unis. On a toujours dit que, lorsque l'économie américaine éternue, les autres économies attrapent le rhume, voire une pneumonie. Plus maintenant, semble-t-il. En dépit du fort ralentissement de la croissance au sud de notre frontière (le PIB n'a crû que de 1,3 % au premier trimestre), la croissance mondiale se poursuit de plus belle, tirée qu'elle l'est par une Chine fort dynamique. Le pays de Confucius a enregistré à son premier trimestre une croissance de 11 % sur une base annuelle de son PIB. Une telle performance de l'Asie combinée à un regain de vie de l'Europe fait que la croissance mondiale frôlera la barre de 5 % en 2007 et que l'économie américaine n'y contribuera qu'à hauteur de 8,6 %. Le gros de la croissance mondiale proviendra à plus de 50 % de l'Asie. Un constat s'impose: le poids de l'économie américaine dans la croissance mondiale est pour une rare fois marginalisé. Son influence aussi. On le constate par exemple avec les résultats de Carterpillar, le géant américain de la machinerie pour la construction lourde, qui a dévoilé des profits plus élevés que prévu à son premier trimestre. La raison: la très forte demande à l'étranger a plus que compensé le ressac de la demande intérieure.
Un second facteur expliquant la montée des prix des métaux de base: l'économie américaine n'est pas en récession. Certes, ralentissement il y a. En particulier, dans le secteur résidentiel. Les ventes de maisons neuves reculent, les prix aussi. Le nombre de maisons invendues a littéralement explosé. Mais des poches de plus fortes activités se manifestent ailleurs dans l'économie. Comme on l'a vu il y a deux semaines, alors que l'activité industrielle mesurée par l'indice de l'Institut de la chaîne d'approvisionnement a pris du galon en passant en avril de 50,9 % à 54,7 %. Aussi, la demande industrielle pour le cuivre s'est sensiblement raffermie en mars et avril comme quoi, l'économie américaine n'est pas morte.
Autre facteur: la production plafonnée du cuivre. Longtemps, le prix du cuivre s'est tenu à des niveaux à peine suffisants pour couvrir les coûts de production. Cette faiblesse chronique des prix des métaux de base a freiné sérieusement les investissements des producteurs dans la modernisation de leurs équipements. La vétusté des concasseurs et autres équipements se traduit aujourd'hui par des temps d'arrêt fréquents et prolongés. L'offre peine ainsi à suivre la demande.
Un quatrième facteur expliquant la montée du prix du cuivre: ce grand souci justifié des pays producteurs de prendre en main leurs ressources naturelles. Le plus bel exemple en la matière étant le Venezuela. Son président, Hugo Chavez, a récemment nationalisé une bonne partie des gisements de pétrole lourd localisés dans la ceinture d'Orinoco. Orinoco est l'équivalent des sables bitumineux en Alberta, mais avec des réserves probables encore plus élevées. Le président de la Bolivie marche aussi dans les traces d'Hugo Chavez alors qu'il a nationalisé plusieurs puits de pétrole. Cette tendance s'étendra bientôt aux mines, ce qui freine déjà les investissements destinés à leur développement dans ces pays.
Enfin, comme dernier facteur alimentant la montée du prix du cuivre, il y a les grèves. La montée vertigineuse du prix du cuivre crée des tensions entre patrons qui s'enrichissent à satiété et les employés qui veulent leur part du pactole. C'est ce qui arrive au Pérou où les travailleurs miniers ont déclenché une grève générale.
Tout se conjugue donc pour plafonner la production mondiale de cuivre. Et, l'envolée du prix du cuivre montre combien l'influence de l'économie américaine sur la croissance mondiale a diminué au cours des dernières années. Seule une importante récession au pays de l'oncle Sam pourrait véritablement freiner la marche de l'économie mondiale, entraînant avec elle un sérieux repli des prix des denrées.
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cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
Surprenante cette ascension du prix de ce métal, alors qu'au second semestre 2006, les mises en chantier américaines ont été charcutées de 500 000 unités. Ce n'est tout de même pas une petite baisse lorsque l'on sait que le Canada, au meilleur de sa forme, parvient à construire 220 000 unités par année. Une telle baisse aurait dû avoir un impact négatif sur le prix du cuivre, un métal hautement prisé par l'industrie de construction. Il n'en fut rien. Au contraire, le prix s'est littéralement envolé. Et, avec lui, le cours des actions des producteurs. C'est ainsi que l'action de Teck Cominco est passée en l'espace d'un mois et demi de 76 $ à 90,60 $ (sur une base non fractionnée: la compagnie a fractionné ses actions récemment à raison d'une ancienne action contre deux nouvelles). Teck Cominco est le plus important producteur de cuivre au pays.
Un autre producteur, américain cette fois-ci, la compagnie Southern Copper Corp. a vu le cours de son titre bondir de 63 $US à 84 $US. Comme on dit, ça swingue dans ce secteur des métaux de base.
Comment expliquer une telle ascension des cours des métaux et des actions de leurs producteurs alors que l'économie américaine accuse de sérieux ratés?
Un premier facteur très important: la forte croissance des économies en dehors des États-Unis. On a toujours dit que, lorsque l'économie américaine éternue, les autres économies attrapent le rhume, voire une pneumonie. Plus maintenant, semble-t-il. En dépit du fort ralentissement de la croissance au sud de notre frontière (le PIB n'a crû que de 1,3 % au premier trimestre), la croissance mondiale se poursuit de plus belle, tirée qu'elle l'est par une Chine fort dynamique. Le pays de Confucius a enregistré à son premier trimestre une croissance de 11 % sur une base annuelle de son PIB. Une telle performance de l'Asie combinée à un regain de vie de l'Europe fait que la croissance mondiale frôlera la barre de 5 % en 2007 et que l'économie américaine n'y contribuera qu'à hauteur de 8,6 %. Le gros de la croissance mondiale proviendra à plus de 50 % de l'Asie. Un constat s'impose: le poids de l'économie américaine dans la croissance mondiale est pour une rare fois marginalisé. Son influence aussi. On le constate par exemple avec les résultats de Carterpillar, le géant américain de la machinerie pour la construction lourde, qui a dévoilé des profits plus élevés que prévu à son premier trimestre. La raison: la très forte demande à l'étranger a plus que compensé le ressac de la demande intérieure.
Un second facteur expliquant la montée des prix des métaux de base: l'économie américaine n'est pas en récession. Certes, ralentissement il y a. En particulier, dans le secteur résidentiel. Les ventes de maisons neuves reculent, les prix aussi. Le nombre de maisons invendues a littéralement explosé. Mais des poches de plus fortes activités se manifestent ailleurs dans l'économie. Comme on l'a vu il y a deux semaines, alors que l'activité industrielle mesurée par l'indice de l'Institut de la chaîne d'approvisionnement a pris du galon en passant en avril de 50,9 % à 54,7 %. Aussi, la demande industrielle pour le cuivre s'est sensiblement raffermie en mars et avril comme quoi, l'économie américaine n'est pas morte.
Autre facteur: la production plafonnée du cuivre. Longtemps, le prix du cuivre s'est tenu à des niveaux à peine suffisants pour couvrir les coûts de production. Cette faiblesse chronique des prix des métaux de base a freiné sérieusement les investissements des producteurs dans la modernisation de leurs équipements. La vétusté des concasseurs et autres équipements se traduit aujourd'hui par des temps d'arrêt fréquents et prolongés. L'offre peine ainsi à suivre la demande.
Un quatrième facteur expliquant la montée du prix du cuivre: ce grand souci justifié des pays producteurs de prendre en main leurs ressources naturelles. Le plus bel exemple en la matière étant le Venezuela. Son président, Hugo Chavez, a récemment nationalisé une bonne partie des gisements de pétrole lourd localisés dans la ceinture d'Orinoco. Orinoco est l'équivalent des sables bitumineux en Alberta, mais avec des réserves probables encore plus élevées. Le président de la Bolivie marche aussi dans les traces d'Hugo Chavez alors qu'il a nationalisé plusieurs puits de pétrole. Cette tendance s'étendra bientôt aux mines, ce qui freine déjà les investissements destinés à leur développement dans ces pays.
Enfin, comme dernier facteur alimentant la montée du prix du cuivre, il y a les grèves. La montée vertigineuse du prix du cuivre crée des tensions entre patrons qui s'enrichissent à satiété et les employés qui veulent leur part du pactole. C'est ce qui arrive au Pérou où les travailleurs miniers ont déclenché une grève générale.
Tout se conjugue donc pour plafonner la production mondiale de cuivre. Et, l'envolée du prix du cuivre montre combien l'influence de l'économie américaine sur la croissance mondiale a diminué au cours des dernières années. Seule une importante récession au pays de l'oncle Sam pourrait véritablement freiner la marche de l'économie mondiale, entraînant avec elle un sérieux repli des prix des denrées.
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