BCE: assurez vos arrières
BCE est notre seul conglomérat des télécommunications au pays. Notre seul conglomérat maintenant menacé de disparition alors qu'il est la cible de fonds vautours qui veulent le privatiser et, probablement, le démembrer.
Une entreprise vieille de 127 ans. Un monument dont les actions et les obligations — à cause du dividende élevé dans le premier cas, et de leur grande qualité dans le second cas (les obligations négociables de Bell Canada sont les titres de référence par excellence du secteur des affaires) — se retrouvent dans les portefeuilles de milliers d'investisseurs québécois et canadiens.
Depuis un mois environ, le cours de l'action de BCE a littéralement bondi, passant de 28 $ à un peu plus de 40 $ pour, à la clôture du vendredi 27 avril, se replier à 38,75 $. Devant une telle montée, nombreux sont les investisseurs à se demander quoi faire de leurs actions. Comme cet étudiant de ma classe Internet qui s'est interrogé la semaine dernière en ces termes:
Bonjour,
Ne devrions nous pas considérer un ordre de vente/stop à 35 $ pour BCE qui semble se replier quelque peu au cours des derniers jours? Certains analystes recommandent cette procédure afin de protéger nos gains récents et qui étaient attendus depuis plusieurs années.
Éric
Éric, comme certainement bien d'autres petits épargnants, se demande s'il ne devrait pas protéger les gains soudains de son placement. Pour ce faire, il propose un ordre de vente/stop (stop loss en anglais). Permettez-moi ici d'ouvrir une parenthèse sur ce point technique.
Le stop loss est un ordre donné au courtier de vendre automatiquement un titre spécifique lorsque son cours tombe à un niveau donné, ici 35 $. L'investisseur cherche par cet ordre à limiter ses pertes ou à préserver une part de ses gains advenant la dégringolade inattendue du titre. Cet ordre reste en vigueur tant et aussi longtemps qu'il n'est pas annulé par l'investisseur.
Si le cours de l'action tombe au prix limite, que vous soyez en congé ou non, le courtier exécutera l'ordre de vente. Il fera alors de son mieux pour vendre le titre au prix limite indiqué. Le hic: il fera de son mieux, mais il ne garantit pas la vente au prix limite indiqué. Tout dépendra des conditions de l'offre et de la demande prévalant au moment d'exécuter l'ordre stop loss. Lorsque le prix limite est atteint, le courtier procède automatiquement à la mise en vente du titre. Mais il le fait au prix du marché. Conséquence: si le cours se trouve en pleine débandade, en exécutant le stop loss, il se peut très bien que les actions soient vendues bien en deçà du prix limite indiqué. Chose qui devient fort probable dans le cas de titres sur lesquels sont émis plusieurs ordres stop loss. Donc, bien que cet ordre puisse limiter les dégâts, il ne constitue pas une protection parfaite contre toute chute du cours d'un titre. Il peut même exagérer le mouvement de panique au point que vos titres soient vendus passablement sous le prix limite indiqué. Pire. Le lendemain de la dégringolade, il se peut même que le cours de l'action remonte au-dessus du prix de vente réalisé la veille alors que les stop loss en vigueur auront tous été exécutés. Voilà pour l'essentiel ce qu'est un stop loss.
En posant cette question, Éric cherche simplement à protéger ses gains. Et, à mes yeux, la meilleure façon de le faire n'est pas le stop loss. L'avenue à considérer est la prise partielle de vos profits.
Comme vous le savez, deux groupes d'investisseurs, un premier formé autour du fonds privé américain Kohlberg Kravis Roberts & Co., l'autre autour de la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario, auraient pour intention d'acquérir BCE. Un troisième groupe formé des fonds privés américains Blackstone Group et Ceberus Capital pourrait également entrer dans la course.
Cet intérêt marqué pour BCE est confirmé par l'important volume de transactions enregistré sur ses actions au cours des dernières semaines. En toute probabilité, une offre d'acquisition que l'on dit autour de 40 $ l'action devrait d'ici peu être annoncée, offre visant à privatiser le conglomérat.
Cela dit, en toute probabilité ne signifie pas à coup sûr. Un os peut survenir. Comme une opposition possible des actuels détenteurs d'obligations de Bell Canada à une telle privatisation qui repose sur un fort endettement de l'entreprise. Ou encore parce que le prix de l'action a tellement grimpé que la privatisation n'est plus économiquement rentable comme l'a laissé entendre le président de la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario. Le gouvernement canadien peut aussi mettre son grain de sel dans l'engrenage de cette privatisation. Enfin, les acquéreurs potentiels attendront certainement un repli notable du titre avant de déposer une première offre.
Pour ces raisons, une prise partielle de vos profits (réduire du quart environ votre position pour le moment) est tout à fait indiqué, afin d'assurer vos arrières. Pour le reste, vous suivez la petite histoire. Bien que l'action se soit appréciée sensiblement en quelques semaines, elle s'échange à un multiple de 5,4 fois les fonds autogénérés, ce qui est encore abordable.
***
cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
Une entreprise vieille de 127 ans. Un monument dont les actions et les obligations — à cause du dividende élevé dans le premier cas, et de leur grande qualité dans le second cas (les obligations négociables de Bell Canada sont les titres de référence par excellence du secteur des affaires) — se retrouvent dans les portefeuilles de milliers d'investisseurs québécois et canadiens.
Depuis un mois environ, le cours de l'action de BCE a littéralement bondi, passant de 28 $ à un peu plus de 40 $ pour, à la clôture du vendredi 27 avril, se replier à 38,75 $. Devant une telle montée, nombreux sont les investisseurs à se demander quoi faire de leurs actions. Comme cet étudiant de ma classe Internet qui s'est interrogé la semaine dernière en ces termes:
Bonjour,
Ne devrions nous pas considérer un ordre de vente/stop à 35 $ pour BCE qui semble se replier quelque peu au cours des derniers jours? Certains analystes recommandent cette procédure afin de protéger nos gains récents et qui étaient attendus depuis plusieurs années.
Éric
Éric, comme certainement bien d'autres petits épargnants, se demande s'il ne devrait pas protéger les gains soudains de son placement. Pour ce faire, il propose un ordre de vente/stop (stop loss en anglais). Permettez-moi ici d'ouvrir une parenthèse sur ce point technique.
Le stop loss est un ordre donné au courtier de vendre automatiquement un titre spécifique lorsque son cours tombe à un niveau donné, ici 35 $. L'investisseur cherche par cet ordre à limiter ses pertes ou à préserver une part de ses gains advenant la dégringolade inattendue du titre. Cet ordre reste en vigueur tant et aussi longtemps qu'il n'est pas annulé par l'investisseur.
Si le cours de l'action tombe au prix limite, que vous soyez en congé ou non, le courtier exécutera l'ordre de vente. Il fera alors de son mieux pour vendre le titre au prix limite indiqué. Le hic: il fera de son mieux, mais il ne garantit pas la vente au prix limite indiqué. Tout dépendra des conditions de l'offre et de la demande prévalant au moment d'exécuter l'ordre stop loss. Lorsque le prix limite est atteint, le courtier procède automatiquement à la mise en vente du titre. Mais il le fait au prix du marché. Conséquence: si le cours se trouve en pleine débandade, en exécutant le stop loss, il se peut très bien que les actions soient vendues bien en deçà du prix limite indiqué. Chose qui devient fort probable dans le cas de titres sur lesquels sont émis plusieurs ordres stop loss. Donc, bien que cet ordre puisse limiter les dégâts, il ne constitue pas une protection parfaite contre toute chute du cours d'un titre. Il peut même exagérer le mouvement de panique au point que vos titres soient vendus passablement sous le prix limite indiqué. Pire. Le lendemain de la dégringolade, il se peut même que le cours de l'action remonte au-dessus du prix de vente réalisé la veille alors que les stop loss en vigueur auront tous été exécutés. Voilà pour l'essentiel ce qu'est un stop loss.
En posant cette question, Éric cherche simplement à protéger ses gains. Et, à mes yeux, la meilleure façon de le faire n'est pas le stop loss. L'avenue à considérer est la prise partielle de vos profits.
Comme vous le savez, deux groupes d'investisseurs, un premier formé autour du fonds privé américain Kohlberg Kravis Roberts & Co., l'autre autour de la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario, auraient pour intention d'acquérir BCE. Un troisième groupe formé des fonds privés américains Blackstone Group et Ceberus Capital pourrait également entrer dans la course.
Cet intérêt marqué pour BCE est confirmé par l'important volume de transactions enregistré sur ses actions au cours des dernières semaines. En toute probabilité, une offre d'acquisition que l'on dit autour de 40 $ l'action devrait d'ici peu être annoncée, offre visant à privatiser le conglomérat.
Cela dit, en toute probabilité ne signifie pas à coup sûr. Un os peut survenir. Comme une opposition possible des actuels détenteurs d'obligations de Bell Canada à une telle privatisation qui repose sur un fort endettement de l'entreprise. Ou encore parce que le prix de l'action a tellement grimpé que la privatisation n'est plus économiquement rentable comme l'a laissé entendre le président de la caisse de retraite des enseignants de l'Ontario. Le gouvernement canadien peut aussi mettre son grain de sel dans l'engrenage de cette privatisation. Enfin, les acquéreurs potentiels attendront certainement un repli notable du titre avant de déposer une première offre.
Pour ces raisons, une prise partielle de vos profits (réduire du quart environ votre position pour le moment) est tout à fait indiqué, afin d'assurer vos arrières. Pour le reste, vous suivez la petite histoire. Bien que l'action se soit appréciée sensiblement en quelques semaines, elle s'échange à un multiple de 5,4 fois les fonds autogénérés, ce qui est encore abordable.
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