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Fonds d'investissement: Un secteur trop chaud

Les fonds de fiducies de revenu: voilà une catégorie de fonds qui a traversé haut la main la tempête boursière et qui, inévitablement, attire l'attention d'un grand nombre d'investisseurs. Plusieurs facteurs ont contribué à l'essor des fonds de fiducies de revenu depuis les trois dernières années. On peut noter, entre autres, l'impact favorable des taux d'intérêt bas. Avec les taux historiquement peu élevés que rapportent les obligations, beaucoup d'investisseurs ont vu dans ces produits une source alternative de revenu. L'augmentation du prix des ressources énergétiques est un autre élément non négligeable qui a contribué à la croissance de ce secteur. Ajoutons à ces deux facteurs le déclin des marchés boursiers, et vous obtenez une combinaison plus que favorable à la croissance des fiducies de revenu. Mais ce fameux mélange va-t-il persister?

Le produit

En quoi consiste la fiducie de revenu? Grosso modo, il s'agit d'une structure particulière que se donne une entreprise et qui fait en sorte que les flux de revenus sont presque entièrement distribués aux détenteurs. La raison qui incite certaines entreprises à devenir des fiducies, et non pas des entreprises publiques, a trait à leur perspective limitée de croissance future. La plupart du temps, les entreprises qui veulent devenir des fiducies de revenu ont des possibilités restreintes de croissance à long terme. Leurs dirigeants ne voient aucun avantage notable à rechercher de la croissance dans un environnement où il n'y en a pas. On peut se permettre de dire de ces entreprises qu'elles sont «mortes». Un investisseur qui acquiert ce genre de produit doit donc le faire presque exclusivement dans une perspective de revenu et mettre de côté ses visées de croissance.

Au Canada, l'actif des fiducies de revenu est évalué à plus de 30 milliards, ce qui équivaut à près du double de celui des actions privilégiées. Malgré le fait que l'actif soit en pleine expansion, avec des lancements records de nouvelles émissions, il s'agit d'un marché beaucoup plus restreint que celui des actions et, conséquemment, moins suivi par les analystes et les gestionnaires. De plus, on constate la présence d'un nombre limité de recherches portant sur le secteur des fiducies de revenu: c'est là un des principaux aspects négatifs de cette catégorie d'actif.

La situation

En ce qui concerne les fonds communs de placement voués à ce secteur, il en existe près de trente, et leur actif combiné s'élève à environ 4,9 milliards. L'actif de certains fonds de fiducies de revenu est en hausse de plus 400 % par rapport à l'année dernière, et le plus gros fonds de cette catégorie atteint près de 1,1 milliard. Des entrées aussi massives, voilà de quoi inquiéter. En observant un tel engouement des investisseurs, j'ai une vague impression de déjà-vu qui rappelle la montée en flèche de l'actif de certaines catégories de fonds, il y a de ça quelques années. La technologie, ça vous dit quelque chose?

Il ne faut surtout pas considérer les parts de fiducies comme étant des titres semblables aux obligations, même si plusieurs semblent le croire. La confusion vient peut-être du fait que ce sont deux produits qui procurent un revenu. Ne l'oublions pas, la volatilité rattachée aux parts de fiducies de revenu se rapproche plutôt de celle des actions.

Soulignons toutefois l'impact fiscal limité d'une distribution provenant d'un fonds de fiducies de revenu. La fiducie permet notamment à ses détenteurs d'éviter la double imposition des revenus. Aussi, en suivant la logique, à savoir qu'il est toujours dans l'intérêt des investisseurs de repousser le plus loin possible l'imposition, les fiducies de revenu constituent un produit fiscalement avantageux car elles peuvent procurer des distributions sous forme de retour de capital. Il s'agit d'un atout important si vous désirez détenir ce produit à l'extérieur d'un REER.

Il y a des avantages fiscaux notables, certes, mais mon inquiétude persiste — d'ailleurs, plusieurs gestionnaires craignent la direction future de ce secteur. Un des gestionnaires les plus prudents actuellement par rapport à ce secteur est Barry Morrison qui a la responsabilité du fonds Talvest revenu élevé Millenium. Selon ce spécialiste, la possibilité d'une correction de ce secteur est bien réelle. Qu'un gestionnaire souligne son inquiétude, c'est plutôt rare!

Il ne faut pas se procurer ces produits en ayant en tête qu'ils reproduiront les mêmes performances qu'au cours des trois dernières années, et il faut sérieusement envisager une correction importante. En 1998, certains de ces produits avaient connu des baisses dramatiques de plus de 20 %! Actuellement, je déconseille tout simplement l'achat d'un tel produit.

questions@avantages.com

Michel Marcoux est président d'Avantages Services Financiers inc., une société indépendante spécialisée dans le courtage de fonds communs de placement.
 
 
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