Chicago, le success story
Photo : Agence France-Presse
Les travaux de restauration ont été entrepris pour remettre en valeur la façade néogothique de l’église unie St. James.
Chicago — Les promeneurs du Millenium Park ne se lassaient pas, cet après-midi-là, de se mirer dans le haricot géant du sculpteur Anish Kapoor. Les courbes de chrome reflétaient, en arrière-plan, la silhouette gracieuse des gratte-ciel baignés de soleil et de ciel bleu. Chicago est le dernier success story des Américains.
Capitale économique d'un Midwest éprouvé par la crise profonde que traverse le secteur manufacturier américain, Chicago était au plus mal il y a une quinzaine d'années seulement. De nombreuses entreprises l'avaient déserté. Des édifices prestigieux ont vu leurs fenêtres placardées. Certains de ses quartiers étaient devenus le théâtre des pires tensions raciales au pays.
«Les gouvernements locaux ont investi beaucoup d'effort et d'argent pour revitaliser un à un les quartiers de la ville et des environs, dit David Roeder, reporter et chroniqueur économique au Chicago Sun Times. On voulait redonner le goût aux gens de venir s'y installer avec leurs familles. On s'est efforcé, par exemple, d'améliorer la qualité des écoles. On s'est aussi arrangé pour que les nouvelles infrastructures publiques, comme le stade ou les bibliothèques, soient construites dans les quartiers les plus défavorisés.»
La chance
«Le succès de Chicago tient, pour une bonne part, à la chance», précise d'emblée William Testa, vice-président et directeur des programmes de recherche à la Réserve fédérale de Chicago.
Comme c'est la plus grande ville de la région, dit-il, il est d'abord normal que Chicago attire plus facilement la main-d'oeuvre qualifiée, les immigrants et les étudiants.
Sa situation géographique, au centre du pays, sur les bords du lac Michigan et au coeur du grenier américain, est également un grand atout. Elle a fait de la ville, depuis longtemps, un centre de transit naturel pour les personnes et les marchandises. Même si la croissance économique américaine se concentre de plus en plus le long des côtes Est et Ouest du pays, cette situation géographique fait de la ville un endroit idéal pour les sièges sociaux de toutes ces organisations qui aspirent à une stature nationale et voudraient se placer à égale distance des deux pôles. C'est cette raison, dit-on, qui aurait récemment amené Boeing à y déménager son siège social, autrefois à Seattle. De mauvaises langues suspectent cependant Chicago d'avoir offert à la multinationale des incitatifs fiscaux qui l'auraient aussi aidée à prendre la bonne décision.
Le hasard a aussi fait que l'immense aéroport O'Hare ait été complété peu de temps avant que les compagnies aériennes ne changent de mode de fonctionnement et adoptent le concept de plaques tournantes qui allait instantanément faire de Chicago un carrefour du transport aérien. Il était également naturel que le secteur agricole y établisse son marché financier. Il aurait toutefois été plus difficile de prévoir que cela amènerait graduellement la Bourse de Chicago à développer le marché des options et, de là, à devenir graduellement la plus grande place financière du monde dans le secteur en pleine explosion des produits dérivés.
Il ne faut pas non plus tout enlever à Chicago. On n'y a pas qu'inventé l'industrie des congrès professionnels. On y a surtout investi dans toutes sortes de domaines qui font que la ville semble aujourd'hui taillée sur mesure pour se frotter à la mondialisation. Outre le patrimoine architectural et les récents efforts de revitalisation, on doit mentionner le nombre et la qualité exceptionnelle de ses hôpitaux et universités, ses superbes musées, ses innombrables salles de spectacles et restaurants.
Il n'est pas étonnant que le secteur qui connaît la plus forte croissance est celui des services à vocation mondiale dans les domaines des finances, du droit commercial, des sciences de la gestion, de la comptabilité, de la recherche et de l'enseignement, de l'architecture et du design. Des gens d'affaires de Chicago un peu trop enthousiastes ont même commencé à appeler la ville «le centre du monde». On voit partout des panneaux vantant sa candidature pour l'organisation des Jeux olympiques de 2016.
L'horizon s'obscurcit
La partie s'annonce pourtant loin d'être gagnée dans les prochaines années, avertit l'économiste William Testa. Chicago peut rêver autant qu'il le veut de s'élever dans le firmament mondial, son économie reste ancrée dans la réalité régionale, note-t-il.
Le mal énorme qu'ont les villes voisines, comme Detroit et Buffalo, à se trouver une vie après celle de leurs secteurs industriels traditionnels va continuer de peser lourdement sur les succès économiques de la région. Le défi apparaît encore plus grand lorsque l'on sort des villes et que l'on essaie de voir de quoi sera fait l'avenir économique d'un Midwest où se poursuit le déclin des secteurs agricole et manufacturier.
«On verra bien ce qui arrivera dans l'avenir, dit le banquier. Mais on doit admettre que Chicago a plutôt bien joué ses cartes ces dernières années.»
Le Devoir
Lundi: St. Louis
Capitale économique d'un Midwest éprouvé par la crise profonde que traverse le secteur manufacturier américain, Chicago était au plus mal il y a une quinzaine d'années seulement. De nombreuses entreprises l'avaient déserté. Des édifices prestigieux ont vu leurs fenêtres placardées. Certains de ses quartiers étaient devenus le théâtre des pires tensions raciales au pays.
«Les gouvernements locaux ont investi beaucoup d'effort et d'argent pour revitaliser un à un les quartiers de la ville et des environs, dit David Roeder, reporter et chroniqueur économique au Chicago Sun Times. On voulait redonner le goût aux gens de venir s'y installer avec leurs familles. On s'est efforcé, par exemple, d'améliorer la qualité des écoles. On s'est aussi arrangé pour que les nouvelles infrastructures publiques, comme le stade ou les bibliothèques, soient construites dans les quartiers les plus défavorisés.»
La chance
«Le succès de Chicago tient, pour une bonne part, à la chance», précise d'emblée William Testa, vice-président et directeur des programmes de recherche à la Réserve fédérale de Chicago.
Comme c'est la plus grande ville de la région, dit-il, il est d'abord normal que Chicago attire plus facilement la main-d'oeuvre qualifiée, les immigrants et les étudiants.
Sa situation géographique, au centre du pays, sur les bords du lac Michigan et au coeur du grenier américain, est également un grand atout. Elle a fait de la ville, depuis longtemps, un centre de transit naturel pour les personnes et les marchandises. Même si la croissance économique américaine se concentre de plus en plus le long des côtes Est et Ouest du pays, cette situation géographique fait de la ville un endroit idéal pour les sièges sociaux de toutes ces organisations qui aspirent à une stature nationale et voudraient se placer à égale distance des deux pôles. C'est cette raison, dit-on, qui aurait récemment amené Boeing à y déménager son siège social, autrefois à Seattle. De mauvaises langues suspectent cependant Chicago d'avoir offert à la multinationale des incitatifs fiscaux qui l'auraient aussi aidée à prendre la bonne décision.
Le hasard a aussi fait que l'immense aéroport O'Hare ait été complété peu de temps avant que les compagnies aériennes ne changent de mode de fonctionnement et adoptent le concept de plaques tournantes qui allait instantanément faire de Chicago un carrefour du transport aérien. Il était également naturel que le secteur agricole y établisse son marché financier. Il aurait toutefois été plus difficile de prévoir que cela amènerait graduellement la Bourse de Chicago à développer le marché des options et, de là, à devenir graduellement la plus grande place financière du monde dans le secteur en pleine explosion des produits dérivés.
Il ne faut pas non plus tout enlever à Chicago. On n'y a pas qu'inventé l'industrie des congrès professionnels. On y a surtout investi dans toutes sortes de domaines qui font que la ville semble aujourd'hui taillée sur mesure pour se frotter à la mondialisation. Outre le patrimoine architectural et les récents efforts de revitalisation, on doit mentionner le nombre et la qualité exceptionnelle de ses hôpitaux et universités, ses superbes musées, ses innombrables salles de spectacles et restaurants.
Il n'est pas étonnant que le secteur qui connaît la plus forte croissance est celui des services à vocation mondiale dans les domaines des finances, du droit commercial, des sciences de la gestion, de la comptabilité, de la recherche et de l'enseignement, de l'architecture et du design. Des gens d'affaires de Chicago un peu trop enthousiastes ont même commencé à appeler la ville «le centre du monde». On voit partout des panneaux vantant sa candidature pour l'organisation des Jeux olympiques de 2016.
L'horizon s'obscurcit
La partie s'annonce pourtant loin d'être gagnée dans les prochaines années, avertit l'économiste William Testa. Chicago peut rêver autant qu'il le veut de s'élever dans le firmament mondial, son économie reste ancrée dans la réalité régionale, note-t-il.
Le mal énorme qu'ont les villes voisines, comme Detroit et Buffalo, à se trouver une vie après celle de leurs secteurs industriels traditionnels va continuer de peser lourdement sur les succès économiques de la région. Le défi apparaît encore plus grand lorsque l'on sort des villes et que l'on essaie de voir de quoi sera fait l'avenir économique d'un Midwest où se poursuit le déclin des secteurs agricole et manufacturier.
«On verra bien ce qui arrivera dans l'avenir, dit le banquier. Mais on doit admettre que Chicago a plutôt bien joué ses cartes ces dernières années.»
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