Rentrer au boulot avec le sourire
Pour accroître le rendement, l'auteur et conférencier Jean-Luc Tremblay propose aux cadres sa formule magique: «créer du fun»!
Photo : Jacques Grenier
«On enseigne encore que les quatre fonctions de base, c’est “PODC”, soit planifier, organiser, diriger et contrôler. Ça, c’est la formule gagnante pour gérer la fabrication de “cannes de bines”, pas pour gérer des êtres humains.»
L'entrevue vient à peine de débuter que Jean-Luc Tremblay évoque ce qui, pour bien des gens, est d'une évidence totale et complète. «Il y a énormément de souffrance dans les organisations», laisse-t-il tomber. Bon nombre de travailleurs s'ennuient tellement au boulot qu'ils donneraient n'importe quoi pour pouvoir partir. Et lorsqu'ils le font, c'est, la plupart du temps, à cause du patron. Le remède? Faire en sorte qu'ils éprouvent du plaisir, dit-il.
Le constat tout simple que pose Jean-Luc Tremblay, sorte de Patch Adams de l'administration qui a publié au début de l'hiver La Performance par le plaisir, fait souvent frissonner cadres et dirigeants encroûtés dans leurs vieilles façons de faire. La solution qu'il propose est d'une limpidité sans équivoque: tout cadre doit s'efforcer de «créer du fun» autour de lui. En effet, un employé qui n'en a pas ne fonctionne pas. Point à la ligne.
«Observez la quantité de "burn-out" dans les organisations, c'est ahurissant. Les gens ne savent pas trop quoi faire, ils cherchent la formule miracle», dit M. Tremblay, qui donne une centaine de conférences par année. «Justement, ce matin, j'étais devant un groupe de concessionnaires de la région de Montréal.» Il y a déjà eu Hydro-Québec, IBM, le fabricant de meubles Teknion, les Ressorts Liberté... Et ainsi de suite, à longueur d'année.
L'expérience de Rouyn-Noranda
À 59 ans, Jean-Luc Tremblay est un cadre de carrière qui a surtout oeuvré dans le milieu de la santé à Québec et qui a fait parler de lui avec le Centre hospitalier de Rouyn-Noranda (CHRN), dont il était directeur général de 2002 jusqu'à récemment. Au moment d'en prendre les commandes, le CHRN était en «crise chronique», dit-il. «C'était un des pires établissements au Québec, il y avait une douleur incroyable. Le déficit était de trois millions et il y avait des pénuries de personnel dans presque tous les secteurs.» Au coeur du problème: le comportement négatif d'un petit groupe de médecins. «Il y a eu 17 directeurs des services professionnels en dix ans, cinq directeurs généraux en dix ans... Les autres médecins n'appréciaient pas trop.»
Au fil du temps, il met en place, avec le personnel, une série de mesures visant à améliorer le climat de travail. On ressuscite le comité social, on crée un comité de l'humour, on propose des concours de blagues, on invite des humoristes. L'expérience inusitée, qui fait des sceptiques au début, attire l'attention de l'équipe d'Enjeux, de Radio-Canada.
Or l'expérience donne des résultats. Une fois le redressement effectué, le CHRN commence à attirer des effectifs. M. Tremblay établit un lien direct entre cette pénurie régionale et celle que subiront plusieurs entreprises en milieu urbain au cours des prochaines années. Le récent rapport Jobboom sur les besoins criants pour des soudeurs et des usineurs l'a fait bondir. Les employeurs devront tout faire pour fidéliser ces futurs employés, sinon «ils vont frapper un mur».
Pour vérifier, coup de fil rapide dans une PME manufacturière de Montmagny qui éprouve déjà des problèmes de recrutement. «On a reçu M. Tremblay en décembre et les gens en parlent encore», dit le directeur des ressources humaines. La société a déjà intégré certains éléments de la méthode dans sa culture d'entreprise, notamment dans la façon de déterminer les problèmes et les comportements.
Les gestionnaires doivent se renouveler, insiste M. Tremblay. «Le management est le seul domaine scientifique où il n'y a eu aucune évolution depuis 50 ans», dit Jean-Luc Tremblay. «On enseigne encore que les quatre fonctions de base, c'est "PODC", soit planifier, organiser, diriger et contrôler. Ça, c'est la formule gagnante pour gérer la fabrication de "cannes de bines", pas pour gérer des êtres humains.»
À ce chapitre, un bon professionnel ne fait pas nécessairement un bon patron, dit-il. «Et ce n'est pas parce que t'es boss que t'es un leader.» À ses yeux, la plus grosse erreur que peut commettre un cadre, d'ailleurs, c'est «de ne pas avoir la préoccupation de se faire aimer par son personnel».
Les constituants du plaisir
Cela étant, Jean-Luc Tremblay n'a rien inventé. Il s'agit d'abord et avant tout de bons principes de communication, de mobilisation et de rigueur. «C'est du gros bon sens», insiste-t-il. «Le seul mérite que j'ai eu, c'est que j'ai déterminé les "constituants" du plaisir, et j'ai transposé ça dans un mode administratif.» Parmi ces 12 constituants figurent notamment la sécurité, certaines valeurs, la résolution de problèmes, les attitudes, le choix des bonnes personnes et l'accessibilité de l'information.
Parfait, mais avez-vous déjà vu des cas-problèmes si graves que la situation vous paraissait irrécupérable? Que conseillez-vous? «Avant de commencer à parler de nos sentiments, de discuter de chakras et d'harmonie, je dis aux gens que la première chose à faire, c'est la réunion. Faites un ordre du jour et, parmi les points, abordez les irritants dans l'organisation. Vous verrez ce qui sort. Consulter, écouter et mobiliser les gens, on oublie ça. Mais c'est fondamental.»
Des comportements malsains? M. Tremblay les énumère en mode mitraillette. Un cas classique, dit-il, c'est de contourner les salutations d'usage avant même d'aborder un problème. «On devrait se dire "bonjour, comment ça va?", se sourire... Or, dans la plupart des organisations, on saute tout de suite au problème! "Heille, peux-tu me dire comment ça se fait que... " "Euh, bonjour... ? Comment s'est déroulé ton week-end?"»
Cela étant, même si le livre s'adresse surtout aux cadres, l'employé a lui aussi une responsabilité. «Les employés ont parfois tendance à attendre que quelque chose vienne d'en haut. Or il faut proposer des choses. Si, après avoir tout essayé, ça ne fonctionne pas, va-t'en! Mais essaie, au moins!»
Le constat tout simple que pose Jean-Luc Tremblay, sorte de Patch Adams de l'administration qui a publié au début de l'hiver La Performance par le plaisir, fait souvent frissonner cadres et dirigeants encroûtés dans leurs vieilles façons de faire. La solution qu'il propose est d'une limpidité sans équivoque: tout cadre doit s'efforcer de «créer du fun» autour de lui. En effet, un employé qui n'en a pas ne fonctionne pas. Point à la ligne.
«Observez la quantité de "burn-out" dans les organisations, c'est ahurissant. Les gens ne savent pas trop quoi faire, ils cherchent la formule miracle», dit M. Tremblay, qui donne une centaine de conférences par année. «Justement, ce matin, j'étais devant un groupe de concessionnaires de la région de Montréal.» Il y a déjà eu Hydro-Québec, IBM, le fabricant de meubles Teknion, les Ressorts Liberté... Et ainsi de suite, à longueur d'année.
L'expérience de Rouyn-Noranda
À 59 ans, Jean-Luc Tremblay est un cadre de carrière qui a surtout oeuvré dans le milieu de la santé à Québec et qui a fait parler de lui avec le Centre hospitalier de Rouyn-Noranda (CHRN), dont il était directeur général de 2002 jusqu'à récemment. Au moment d'en prendre les commandes, le CHRN était en «crise chronique», dit-il. «C'était un des pires établissements au Québec, il y avait une douleur incroyable. Le déficit était de trois millions et il y avait des pénuries de personnel dans presque tous les secteurs.» Au coeur du problème: le comportement négatif d'un petit groupe de médecins. «Il y a eu 17 directeurs des services professionnels en dix ans, cinq directeurs généraux en dix ans... Les autres médecins n'appréciaient pas trop.»
Au fil du temps, il met en place, avec le personnel, une série de mesures visant à améliorer le climat de travail. On ressuscite le comité social, on crée un comité de l'humour, on propose des concours de blagues, on invite des humoristes. L'expérience inusitée, qui fait des sceptiques au début, attire l'attention de l'équipe d'Enjeux, de Radio-Canada.
Or l'expérience donne des résultats. Une fois le redressement effectué, le CHRN commence à attirer des effectifs. M. Tremblay établit un lien direct entre cette pénurie régionale et celle que subiront plusieurs entreprises en milieu urbain au cours des prochaines années. Le récent rapport Jobboom sur les besoins criants pour des soudeurs et des usineurs l'a fait bondir. Les employeurs devront tout faire pour fidéliser ces futurs employés, sinon «ils vont frapper un mur».
Pour vérifier, coup de fil rapide dans une PME manufacturière de Montmagny qui éprouve déjà des problèmes de recrutement. «On a reçu M. Tremblay en décembre et les gens en parlent encore», dit le directeur des ressources humaines. La société a déjà intégré certains éléments de la méthode dans sa culture d'entreprise, notamment dans la façon de déterminer les problèmes et les comportements.
Les gestionnaires doivent se renouveler, insiste M. Tremblay. «Le management est le seul domaine scientifique où il n'y a eu aucune évolution depuis 50 ans», dit Jean-Luc Tremblay. «On enseigne encore que les quatre fonctions de base, c'est "PODC", soit planifier, organiser, diriger et contrôler. Ça, c'est la formule gagnante pour gérer la fabrication de "cannes de bines", pas pour gérer des êtres humains.»
À ce chapitre, un bon professionnel ne fait pas nécessairement un bon patron, dit-il. «Et ce n'est pas parce que t'es boss que t'es un leader.» À ses yeux, la plus grosse erreur que peut commettre un cadre, d'ailleurs, c'est «de ne pas avoir la préoccupation de se faire aimer par son personnel».
Les constituants du plaisir
Cela étant, Jean-Luc Tremblay n'a rien inventé. Il s'agit d'abord et avant tout de bons principes de communication, de mobilisation et de rigueur. «C'est du gros bon sens», insiste-t-il. «Le seul mérite que j'ai eu, c'est que j'ai déterminé les "constituants" du plaisir, et j'ai transposé ça dans un mode administratif.» Parmi ces 12 constituants figurent notamment la sécurité, certaines valeurs, la résolution de problèmes, les attitudes, le choix des bonnes personnes et l'accessibilité de l'information.
Parfait, mais avez-vous déjà vu des cas-problèmes si graves que la situation vous paraissait irrécupérable? Que conseillez-vous? «Avant de commencer à parler de nos sentiments, de discuter de chakras et d'harmonie, je dis aux gens que la première chose à faire, c'est la réunion. Faites un ordre du jour et, parmi les points, abordez les irritants dans l'organisation. Vous verrez ce qui sort. Consulter, écouter et mobiliser les gens, on oublie ça. Mais c'est fondamental.»
Des comportements malsains? M. Tremblay les énumère en mode mitraillette. Un cas classique, dit-il, c'est de contourner les salutations d'usage avant même d'aborder un problème. «On devrait se dire "bonjour, comment ça va?", se sourire... Or, dans la plupart des organisations, on saute tout de suite au problème! "Heille, peux-tu me dire comment ça se fait que... " "Euh, bonjour... ? Comment s'est déroulé ton week-end?"»
Cela étant, même si le livre s'adresse surtout aux cadres, l'employé a lui aussi une responsabilité. «Les employés ont parfois tendance à attendre que quelque chose vienne d'en haut. Or il faut proposer des choses. Si, après avoir tout essayé, ça ne fonctionne pas, va-t'en! Mais essaie, au moins!»
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