OMC: la France accuse Mandelson d'avoir outrepassé son mandat à Davos
Photo : Agence France-Presse
Le ministre français de l’Agriculture, Dominique Bussereau. «C’était mon devoir de dire: halte au feu!»
Bruxelles — La France a douché hier les espoirs d'une relance des négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en accusant le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, d'avoir outrepassé son mandat sur la réduction des droits agricoles la semaine dernière à Davos, en Suisse.
«Il a eu pour le moins un comportement agité à Davos [...] sans que les États soient au courant», a déclaré le ministre français de l'Agriculture, Dominique Bussereau, après un débat sur ce dossier avec ses homologues de l'UE à Bruxelles.
«En termes de respect du mandat, c'est une méthode tout à fait inacceptable», a-t-il ajouté en citant des «papiers» que le commissaire britannique aurait fait circuler à Davos et dont il a obtenu copie. «C'était mon devoir de dire: halte au feu!».
Les principaux acteurs du commerce mondial se sont engagés au Forum économique de Davos à tout faire pour parvenir rapidement à un accord sur la libéralisation des échanges dans le cadre du cycle de Doha, pour lequel les négociations ont été suspendues en juillet dernier faute d'accord entre les «géants».
La commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, a tenté de rassurer le ministre français en l'assurant que les fuites qui avaient pu avoir lieu dans la presse et qui parlaient de nouvelles concessions de la Commission dans le domaine des concessions agricoles étaient erronées.
«Ces articles sont sans fondement», a-t-elle expliqué en répétant que l'Union européenne ne bougerait pas, notamment en termes d'ouverture des marchés, sans un mouvement des États-Unis sur la réduction des subventions aux agriculteurs.
Divergences à la Commission
Cette ligne a d'ailleurs été appuyée hier par l'immense majorité des ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept.
Selon des témoins, l'échange entre Bussereau et Fischer Boel a été «très vif», la commissaire interrompant même le ministre pour lui dire qu'elle n'appréciait guère d'être indirectement accusée de cacher la position réelle de la Commission.
Mais des sources de l'exécutif européen ne font pas mystère des tensions qui existent au sein de l'institution sur ce dossier, Mandelson étant prêt à faire des concessions qui sont rejetées par la direction générale de l'agriculture. «Quels que soient les chiffres qu'il a mis sur la table, ils n'engagent que lui», a expliqué un responsable.
Bussereau a d'ailleurs enfoncé le clou: «Mme Fischer Boel n'était pas en cause dans tout cela. Elle ne prononce pas les mots que prononce M. Mandelson», a-t-il expliqué.
Tout accord devra être apprécié de manière globale, mais, dans l'état actuel du mandat de négociation de la Commision, l'UE a offert une réduction moyenne de 39 % de ses tarifs douaniers agricoles si ses produits sensibles sont protégés.
Or, selon Bussereau, Mandelson a proposé des réductions allant de 49 à 59 % de ces droits afin d'aller dans le sens des thèses du G-20, le puissant «lobby» constitué des 20 principaux pays émergents, comme le Brésil et l'Inde.
Fermeté électorale?
En échange, les pays émergents baisseraient leurs droits de douane pour les produits industriels importés.
Le ministre français a estimé que la revendication du G-20 entraînerait 500 000 pertes d'emplois dans le secteur agroalimentaire européen, une baisse de 25 % du revenu agricole.
Il a démenti que la position française soit due à la campagne en cours pour l'élection présidentielle.
«C'est une fermeté qui dépasse les clivages politiques», a-t-il souligné en se disant très bien entouré.
L'espoir que le «cycle du développement» de Doha lancé en 2001 après les attentats anti-américains, avec pour objectif affiché de réduire la pauvreté dans le monde, se traduise dans la réalité risque donc d'être déçu.
Même si l'Allemagne, qui préside actuellement l'UE, souhaite un accord, elle ne devrait pas prendre le risque d'une crise avec son principal partenaire en période électorale.
Il faudrait en effet mettre la France en minorité au sein de l'UE, ce qui est théoriquement possible en matière commerciale mais politiquement extrêmement difficile.
George Bush — dont il reste d'ailleurs à démontrer qu'il est prêt à des concessions — perdra en outre en juin les pouvoirs spéciaux que lui a conférés le Congrès pour négocier des accords commerciaux, et les élections présidentielles de 2008 suivront.
Le Congrès, qui est désormais à majorité démocrate, pourrait prolonger ce «fast-track», mais rien n'est sûr.
«Il a eu pour le moins un comportement agité à Davos [...] sans que les États soient au courant», a déclaré le ministre français de l'Agriculture, Dominique Bussereau, après un débat sur ce dossier avec ses homologues de l'UE à Bruxelles.
«En termes de respect du mandat, c'est une méthode tout à fait inacceptable», a-t-il ajouté en citant des «papiers» que le commissaire britannique aurait fait circuler à Davos et dont il a obtenu copie. «C'était mon devoir de dire: halte au feu!».
Les principaux acteurs du commerce mondial se sont engagés au Forum économique de Davos à tout faire pour parvenir rapidement à un accord sur la libéralisation des échanges dans le cadre du cycle de Doha, pour lequel les négociations ont été suspendues en juillet dernier faute d'accord entre les «géants».
La commissaire européenne à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel, a tenté de rassurer le ministre français en l'assurant que les fuites qui avaient pu avoir lieu dans la presse et qui parlaient de nouvelles concessions de la Commission dans le domaine des concessions agricoles étaient erronées.
«Ces articles sont sans fondement», a-t-elle expliqué en répétant que l'Union européenne ne bougerait pas, notamment en termes d'ouverture des marchés, sans un mouvement des États-Unis sur la réduction des subventions aux agriculteurs.
Divergences à la Commission
Cette ligne a d'ailleurs été appuyée hier par l'immense majorité des ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept.
Selon des témoins, l'échange entre Bussereau et Fischer Boel a été «très vif», la commissaire interrompant même le ministre pour lui dire qu'elle n'appréciait guère d'être indirectement accusée de cacher la position réelle de la Commission.
Mais des sources de l'exécutif européen ne font pas mystère des tensions qui existent au sein de l'institution sur ce dossier, Mandelson étant prêt à faire des concessions qui sont rejetées par la direction générale de l'agriculture. «Quels que soient les chiffres qu'il a mis sur la table, ils n'engagent que lui», a expliqué un responsable.
Bussereau a d'ailleurs enfoncé le clou: «Mme Fischer Boel n'était pas en cause dans tout cela. Elle ne prononce pas les mots que prononce M. Mandelson», a-t-il expliqué.
Tout accord devra être apprécié de manière globale, mais, dans l'état actuel du mandat de négociation de la Commision, l'UE a offert une réduction moyenne de 39 % de ses tarifs douaniers agricoles si ses produits sensibles sont protégés.
Or, selon Bussereau, Mandelson a proposé des réductions allant de 49 à 59 % de ces droits afin d'aller dans le sens des thèses du G-20, le puissant «lobby» constitué des 20 principaux pays émergents, comme le Brésil et l'Inde.
Fermeté électorale?
En échange, les pays émergents baisseraient leurs droits de douane pour les produits industriels importés.
Le ministre français a estimé que la revendication du G-20 entraînerait 500 000 pertes d'emplois dans le secteur agroalimentaire européen, une baisse de 25 % du revenu agricole.
Il a démenti que la position française soit due à la campagne en cours pour l'élection présidentielle.
«C'est une fermeté qui dépasse les clivages politiques», a-t-il souligné en se disant très bien entouré.
L'espoir que le «cycle du développement» de Doha lancé en 2001 après les attentats anti-américains, avec pour objectif affiché de réduire la pauvreté dans le monde, se traduise dans la réalité risque donc d'être déçu.
Même si l'Allemagne, qui préside actuellement l'UE, souhaite un accord, elle ne devrait pas prendre le risque d'une crise avec son principal partenaire en période électorale.
Il faudrait en effet mettre la France en minorité au sein de l'UE, ce qui est théoriquement possible en matière commerciale mais politiquement extrêmement difficile.
George Bush — dont il reste d'ailleurs à démontrer qu'il est prêt à des concessions — perdra en outre en juin les pouvoirs spéciaux que lui a conférés le Congrès pour négocier des accords commerciaux, et les élections présidentielles de 2008 suivront.
Le Congrès, qui est désormais à majorité démocrate, pourrait prolonger ce «fast-track», mais rien n'est sûr.
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